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Les condamnés demandent la réouverture de l?affaire

18 mars 2004, 20:00

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IL Y A cinq ans, à quelques semaines près, L?Amicale de Port-Louis brûlait, faisant sept morts. La justice a déjà désigné les coupables. Mais ceux-ci ont demandé hier la réouverture de l?affaire. Ils disent être en mesure de démontrer que l?unique témoins a menti à la cour. Si cela s?avère, ils pourront demander leur libération. Les frères Sheik Imran et Khaleeloodeen Sumodhee ont été condamnés à perpétuité, sur la base du témoignage de Mohamed Azad Thupsee. Celui-ci, unique témoin oculaire cité par la police, affirme les avoir vus en train de mettre le feu à la maison de jeu.

Seulement voilà : Thupsee a changé son témoignage à au moins trois reprises. Tantôt, il dit avoir cédé à la pression et à la brutalité policière. Tantôt, c?est la famille Sumodhee qui l?aurait séquestré et obligé à innocenter leurs parents. Les condamnés disent enfin être en mesure de démontrer qu?en réalité, Thupsee a été dès le départ une marionnette aux mains de la police.

Selon les Sumodhee, la police aurait utilisé Thupsee pour les incriminer. Le témoin accuse les frères Sumodhee dans une déclaration faite à la police dans le cadre de l?enquête sur le crime de L?Amicale. Peu après, il serait venu confier à leur famille qu?ils sont innocents et que la police l?a forcé à les incriminer. La famille Sumodhee l?aurait emmené voir un homme de loi qui l?invite à venir jurer un affidavit en cour. Thupsee aurait sollicité l?aide de la famille pour esquiver la police jusqu?à ce qu?il puisse accomplir cette formalité. Celle-ci le loge à Grand-Baie et à Albion. Mais le témoin a fini par se faire cueillir par la police, qui l?aurait forcé à accuser la famille Sumodhee de l?avoir séquestré. Un procès est même intenté à celle-ci.

Pris de remords, Thupsee serait revenu sur ses dires, notamment devant le magistrat Nicolas Bellepeau, qui présidait l?enquête préliminaire sur l?incendie. Il affirme que les Sumodhee sont innocents et qu?il a été forcé à jeter le blâme de l?incendie sur eux. Il avoue aussi ne pas avoir été séquestré quand le procès y ayant trait est pris devant la cour intermédiaire.

Mais Thupsee se serait fait prendre de nouveau dans les filets de la police. Et cela, jusqu?à être poursuivi pour parjure et être menacé de 15 ans de prison. Entre-temps, les frères Sumodhee sont traduits aux assises. Le témoin revient sur sa version originale. Il dit avoir menti durant l?enquête préliminaire parce que les Sumodhee l?avaient séquestré et intimidé. Les accusés sont condamnés. Une semaine plus tard, le Directeur des poursuites publiques retire le procès intenté aux Sumodhee pour séquestration de témoins. Pour eux, cela démontre que Thupsee n?a jamais été séquestré et, de fait, celui-ci a menti une fois de plus devant les jurés ?pour sauver sa propre peau?.

La famille Sumodhee dit détenir une autre preuve que Thupsee a menti. C?est un enregistrement d?un appel téléphonique que lui aurait fait le témoin récemment de sa résidence sous surveillance policière. Il y reconnaîtrait avoir menti à cause de la pression policière pour incriminer les frères Sumodhee et reprocherait à cette famille de ne pas l?avoir soutenu financièrement.

Une équipe de sept avocats, menée par Me Raymond D?Unienville, QC, et instruite par Me Sivakumaren Mardemootoo, a pris l?affaire en main. L?appel interjeté en Cour suprême sera entendu lundi prochain par le chef juge Ariranga Pillay.

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