Publicité
Maurice dépassée par ses voisins sur le marché américain
Par
Partager cet article
Maurice dépassée par ses voisins sur le marché américain
<B>LE </B> constat est amer. L?Africa Growth and Opportunity Act (AGOA) a davantage profité à nos voisins africains qu?à l?industrie locale de textile-habillement. En termes de volume exporté sur le marché américain, Maurice se classe à la sixième place derrière le Lesotho, le Kenya, l?Afrique du Sud, le Swaziland et Madagascar.
En 2003 Maurice a exporté pour 45 millions de mètres carrés de vêtement (square metre equivalent ? sme). Le Lesotho en a exporté 103 millions de mètres carrés, l?Afrique du Sud 70 millions, le Kenya 52 millions, le Swaziland 49 millions et Madagascar 45,6 millions.
Après le déclin de son industrie textile en 2002 à la suite de la crise politique qui l?a paralysée, la Grande île s?est reprise rapidement et son volume d?exportations vers les Etats-Unis a dépassé celui de Maurice en décembre 2003. Le Swaziland a, lui, dépassé Maurice depuis septembre de l?année dernière.
Néanmoins, en termes de valeur, Maurice reste solidement accroché à sa deuxième place. Le fait que moins de vêtements génèrent plus de recettes démontre que Maurice évolue dans une catégorie de produits à plus forte valeur ajoutée que nos voisins. La sophistication de notre industrie minimise le désavantage compétitif du pays par rapport aux pays voisins où les salaires sont plus bas.
Dérogation
Il est aussi réconfortant de noter que Maurice occupe cette deuxième place bien que 70 % de nos exportations de vêtements soient frappés de droits de douane. L?industrie locale est donc compétitive malgré un désavantage de départ de 18 %.
Pourtant, cela ne doit pas occulter le fait que l?émergence et la forte croissance d?une industrie textile dans la région ont aussi en partie été à notre détriment. Paul Ryberg, président de la Mauritius-US Business Association (MUSBA) le reconnaît. ?L?AGOA a dans un certain sens désavantagé Maurice?, dit-il dans le cadre d?une interview à l?express.
L?AGOA reste globalement une bonne chose pour la région sub-saharienne. Toutefois, la dérogation accordée aux pays les moins avancés leur permettant d?importer leurs matières premières hors de la région et d?obtenir tout de même un accès duty free sur le marché américain a faussé la donne.
Maurice qui ne bénéficie pas de cette dérogation se retrouve désavantagée par rapport à ses voisins. Entre 1999 et 2003, les exportations du Lesotho ont enregistré une croissance de 325 %. Durant la même période les exportations mauriciennes n?ont augmenté que de 21 %.
L?AGOA et la dérogation sur les matières premières ont favorisé l?émergence d?une concurrence dans la région et surtout dans des pays où les salaires sont plus bas, analyse Paul Ryberg.
?L?AGOA a contribué aux difficultés de l?industrie du textile-habillement?, poursuit-il. Nos concurrents africains ont aussi contribué aux pertes d?emplois dans ce secteur.
Une lueur d?espoir
Paul Ryberg met aussi le doigt sur un autre phénomène préoccupant : les exportations de vêtements de Maurice sur le marché américain sont en baisse. Entre mars et décembre 2003 une réduction de 12 % a été notée. La principale raison à cela est la fermeture des usines qui exportaient justement sur le marché américain.
Il est à craindre que ce phénomène persiste et s?accentue avec le départ prévisible des groupes de textile hongkongais qui représentent 50 % des exportations de vêtements de Maurice vers les Etats-Unis.
Dans la conjoncture, le passage de l?AGOA III représente une lueur d?espoir. Tandis que le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Jayen Cuttaree, estime que les chances sont minces, Paul Ryberg se dit prudemment optimiste.
L?AGOA III comprend une extension de la dérogation sur l?importation des matières premières qui expire le 30 septembre. Même s?il est effectivement prolongé, il reste à savoir si Maurice pourra cette fois en bénéficier. Paul Ryberg soutient que ce ne serait que justice afin d?établir un vrai ?level playing field? entre Maurice et ses voisins du continent.
Cette question et le futur de l?AGOA seront d?ailleurs parmi les sujets à l?agenda de l?assemblée générale annuelle de la MUSBA qui se tiendra demain à la Plantation House à partir de 10 h 30.
Publicité
Publicité
Les plus récents