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La dérogation sur les matières premières a défavorisé Maurice

16 mars 2004, 20:00

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<B>Paul Ryberg, vous revenez d?une conférence et d?une exposition sur l?industrie textile qui se sont tenues en Afrique du Sud la semaine dernière. Qu?est-ce qui ressort de cette manifestation ? </B>

Tout d?abord cette conférence a été un succès du point de vue de l?affluence. Elle a réuni environ 250 délégués représentant les acheteurs américains et les producteurs de textile de l?Afrique sub-saharienne.

Le fait marquant de la conférence a été l?initiative prise par Cess Johnson, le président de l?American Textile Manufacturers Institute (ATMI), d?écrire au directeur de l?Organisation mondiale du commerce, Supachai Panitchpakdi, pour lui demander une extension de l?accord multi-fibre.

En arrivant à la conférence, Cess Johnson avait les signatures des producteurs des Etats-Unis, de la Turquie et du Mexique. En expliquant les motivations de son initiative il a finalement obtenu la signature des producteurs de 14 autres pays, y compris celle de la Mauritius Export Processing Zone Association (Mepza).

<B>Lors de cette conférence justement, Jayen Cuttaree, le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, a estimé qu?il y avait de minces chances que l?AGOA III soit voté. Partagez-vous cet avis ? </B>

Je suis d?un optimisme prudent et je pense que le projet de loi sera voté. Le problème est de savoir quand ? Les projets de loi concernant le commerce ne sont jamais votés en isolation. Ils sont toujours rattachés à un package de projets de loi. L?AGOA I et l?AGOA II ont été votés dans des ensemble de projets de loi omnibus.

Dans le contexte actuel, il n?y aura pas de projets de loi omnibus portant sur le commerce en raison des élections présidentielles. John Kerry, le candidat probable des démocrates est un libéral convaincu qui est pour le libre-échange. John Edwards qui est également en lice est plus protectionniste. Aussi, pour ne pas perdre les votes des syndicats et des travailleurs, Kerry doit se rapprocher de la position d?Edwards.

De plus, John Kerry qui est le candidat de facto des démocrates devra ? même s?il est un libéral convaincu ? se différencier du président sortant Georges Bush qui est aussi un libéral.

Les questions commerciales sont délicates et sensibles dans la conjoncture. Il n?y aura pas de vote du Congrès sur un package commercial cette année.

<B>Donc l?AGOA III ne sera pas voté cette année?</B>

Ce n?est pas ce que j?ai dit. L?AGOA est un projet de loi qui ne rencontre pas d?opposition. L?extension de l?AGOA bénéficie d?un large soutien. Le problème est qu?il est difficile de le faire adopter de manière traditionnelle. Je reste convaincu qu?il sera voté à un moment ou à un autre avant le 30 septembre. Il y a effectivement un certain nombre de projets de loi qui attendent d?être votés et il faudra choisir celui qui est le plus approprié pour y rattacher l?AGOA III. Nous ne prévoyons pas d?opposition à une tentative de rattacher l?AGOA III à n?importe quel projet de loi.

Il y a par exemple une loi qui vise à corriger les abattements fiscaux dont bénéficient les filiales des compagnies américaines à l?étranger. L?Union européenne a contesté ce traitement et les Etats-Unis doivent rectifier le tir. On pourrait rattacher l?AGOA III à ce texte qui devrait avancer rapidement au Congrès. En fait, on est soumis à l?agenda du Congrès.

<B>L?AGOA III comprend aussi une extension de la dérogation concernant les ?third country fabrics?. Est-ce vraiment ce que nous voulons ? </B>

Maurice est effectivement confronté à un dilemme. Ce que nous souhaitons réellement c?est qu?il y ait un level playing field. Lorsque l?AGOA avait été voté la première fois, Maurice ne rencontrait pas de compétition de la part des pays les moins avancés (PMA) de la région.

Puis il y a eu la dérogation permettant aux PMA d?importer leurs matières premières de pays tiers et de bénéficier quand même d?un accès en hors taxes sur le marché américain. L?idée était que cela encouragerait les investissements et le développement de l?industrie textile dans ces pays. Tant mieux pour eux.

Le problème est que finalement cela a créé de la compétition pour l?industrie textile-habillement de Maurice. Cette compétition n?existait pas auparavant. Nous ne sommes pas contre la compétition, mais le problème est que la concurrence est inégale car Maurice ne bénéficie pas de cette dérogation sur les matières premières. Cela a contribué aux difficultés de l?industrie textile mauricienne.

Nous ne souhaitons pas voler le business des PMA mais nous ne voulons pas qu?on déshabille Pierre pour habiller Paul. Soit Maurice bénéficie elle aussi de cette dérogation, soit on l?élimine, mais il faut qu?il y ait un level playing field.

Il y a un autre facteur à prendre en considération : l?élimination des restrictions de quotas sur la Chine à partir de 2005. Le risque réel est que cela affecte sévèrement les PMA. Pour mitiger cet impact la solution est effectivement de renouveler la dérogation sur l?importation des matières premières. C?est l?option qui nous semble la plus acceptable.

<B> Le renouvellement de cette dérogation remet en cause notre stratégie de développer des filatures?</B>

Le renouvellement de la dérogation est une solution à court terme. Je pense que si l?on obtient effectivement un prolongement ce ne sera pas pour plus de trois ans. La stratégie à long terme reste le développement d?une industrie textile-habillement verticalement intégrée. Toutes les études et analyses démontrent que seules les industries et entreprises verticalement intégrées vont pouvoir survivre.

La dérogation ne sera que temporaire. La motivation pour investir dans des filatures reste donc intacte. Cela prend du temps pour concevoir un projet de filature et le mener à terme. Trois ans c?est peu finalement. Lorsque l?extension de la dérogation sera terminée il faudra qu?il y ait à Maurice plusieurs filatures pour que le pays soit auto-suffisant en matières premières.

<B> Quelles sont les chances que la dérogation sur les matières premières soit étendue à Maurice en cas de renouvellement ? </B>

C?est une tâche difficile. Lorsque la délégation du Congrès était à Maurice en janvier 2003 pour le forum de l?AGOA, elle a vu une industrie textile à son sommet. Les sénateurs américains ont le souvenir d?une industrie bien développée et sophistiquée. Ils n?ont pas vu les fermetures d?usine que le pays a connues depuis.

A Washington Maurice est perçue comme le modèle à suivre pour les pays de la région. Le succès mauricien dans le textile et sa contribution au développement du pays a été un des arguments utilisés pour faire adopter l?AGOA.

Ce sera difficile pour ceux qui ont soutenu l?AGOA de venir dire maintenant que leur modèle est en difficulté et qu?il a besoin d?aide.

L?AGOA a contribué aux problèmes de l?industrie textile-habillement. Ce n?est pas le seul facteur mais il y a contribué. Auparavant il n?y avait pas d?industrie de confection en Afrique et il n?y avait pas de compétiteur dans les pays voisins. L?AGOA a créé cette compétition. Il a favorisé l?émergence de pays où les salaires sont plus bas et où le coût des intrants est aussi moins élevé grâce à la dérogation sur l?importation des matières premières.

Dans une certaine mesure, l?AGOA a désavantagé Maurice par rapport aux PMA de la région. Il faut avouer à contrec?ur que l?AGOA a contribué aux pertes d?emplois.

<B> Maurice a été dépassée par tous les pays voisins?</B>

En termes de mètres carrés de vêtements exportés sur le marché américain Maurice arrive en sixième position derrière le Lesotho, le Kenya, l?Afrique du Sud, le Swaziland et Madagascar. La Grande île nous a dépassés l?année dernière. En termes de valeur, toutefois, Maurice est toujours à la deuxième place et devance largement les autres pays.

Depuis mars 2003 nous assistons mois après mois à un déclin constant des exportations vers le marché américain. Cela est dû aux fermetures des usines exportant sur le marché américain. Entre mars et décembre 2003 il y a eu une réduction de 12 % des exportations vers les Etats-Unis.

<B> A cette conférence en Afrique du Sud il a aussi beaucoup été question de la menace chinoise. La grande crainte est que la Chine élimine les producteurs textiles d?Afrique?</B>

Je ne pense pas qu?ils seront tous éliminés comme vous dites. C?est vrai qu?ils vont souffrir et qu?il y aura de la casse. Mais les industries et les entreprises qui sont verticalement intégrées seront mois atteintes. Celles qui ont des niches à haute valeur ajoutée survivront.

Par contre, les entreprises engagées dans la production de masse de produits basiques en coton seront affectées. Ce n?est pas le cas de Maurice. Un des moyens de minimiser l?impact de la Chine est de renouveler la dérogation sur l?importation des matières premières.

<B>Qu?arrivera-t-il si la dérogation n?est pas prolongée et qu?elle expire comme prévu le 30 septembre 2004 ?</B>

Les douanes américaines vont commencer à appliquer les droits de douane. Ensuite, si la prolongation est obtenue après cette date, il y a une possibilité de remboursement à titre rétroactif. Nous ne nous battons pas contre l?application des droits de douane, nous nous battons contre la perte de commandes. La perte de commandes est une menace sérieuse.

Pour Maurice, l?application de droits de douane n?est pas un vrai problème : 70 % de nos exportations de vêtements sont assujettis aux droits de douane car ils sont confectionnés avec des matières premières importées hors de la région. Seulement 30 % de nos produits bénéficient d?un accès hors taxes. Pour les PMA, par contre, c?est pratiquement la totalité de leurs exportations qui entrent en hors taxes.

<B> Les Etats-Unis tentent d?obliger la Chine à laisser flotter sa monnaie. Est-ce un discours purement électoral à cause de l?impact des exportations chinoises sur l?emploi où est-ce que Washington est vraiment déterminé à juguler l?invasion des produits chinois ? </B>

Je pense qu?il y a une prise de conscience croissante que la Chine n?a pas honoré les engagements pris pour adhérer à l?Organisation mondiale du commerce (OMC). La hausse drastique des exportations chinoises suscite de plus en plus d?appels pour demander à la Chine de respecter ses engagements. L?administration américaine prend ce dossier à c?ur.

<I>?Je reste convaincu que l?AGOA III sera voté à un momen ou à un autre avant le 30 septembre.?</I>

Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN

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