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La noyade du petit Wazir montre les lacunes sur nos plages

15 mars 2004, 20:00

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DEPUIS la disparition tragique du petit Wazir, samedi, à la plage de Le Goulet, la famille Bhuttoo ne veut plus entendre parler de cet endroit. Ce sentiment est partagé par Iqbal Fatgarrally et ses fils, qui ont pu malgré tout éviter le pire. Trente-six heures après le drame, l?heure est au bilan, et les lacunes des services de secours sont mises en relief. Pour que d?autres n?y laissent pas la vie.

?Pou moi linn fini ale. Se pou lezot ki mo pé pensé?, explique Makbool Bhuttoo, père de Wazir Mohamed Yassin, qui allait fêter ses dix ans le 23 mars. Makbool Bhuttoo est un exemple de courage. Au lendemain de la mise en terre de son benjamin, ce technicien du Centre de recherches d?Albion accueille, affable, les visiteurs dans sa maison, rue La Paix, à Port-Louis. Il a les traits tirés en raison de ses nuits d?insomnie, mais ses yeux sont secs. ?L?islam nous demande d?avoir le sabar, la patience. Seki Allah décidé, se sa. Li ki donné, li ki prend.?

Voici presque trois mois, ses deux fils, Ashraf Ali, 13 ans et Wazir, commencent leurs cours de natation avec trois moniteurs du Mouvement social à Le Goulet. C?est un des souhaits de Wazir, qui adore également la pêche. Makbool Bhuttoo n?est pas inquiet. Il a lui-même appris à nager dans cette mer. De plus, il a confiance dans cette organisation non gouvernementale dont le bureau est à deux pas de chez lui. Il confie donc ses fils à Iqbal Fatgarrally, un ami, qui les emmène, chaque semaine, avec ses propres fils.

Entraînés par les vagues

Samedi dernier, les petits nageurs ne dérogent pas à leurs habitudes. Iqbal Fatgarrally embarque à bord de son van ses fils Ridwaan, neuf ans, et Iklass, dix ans, avant de récupérer les garçons Bhuttoo et d?autres habitués.

Ce jour-là, au lieu de se tremper les pieds comme à l?accoutumée, Iqbal Fatgarrally, qui n?est pas un nageur confirmé, décide de prendre un bain. La mer d?huile le rassure. Il suit ses fils. ?Mes fils ont d?abord joué au ballon sur la plage avant de marcher dans l?eau qui leur arrivait à mi-jambes.?

Dans l?eau se trouvent aussi Wazir et Ashraf. Le premier a fait de rapides progrès et ne craint pas de s?aventurer plus loin. L?eau lui arrive au buste et il se retourne vers son frère. ?Wazir a levé les bras et m?a dit de le suivre. C?est alors que dans son dos, j?ai aperçu une immense vague se lever. Je l?ai averti mais il n?a même pas eu le temps de se retourner et il a été happé?, raconte Ashraf, les yeux encore exorbités par l?horreur.

Au même moment, Iqbal Fatgarrally et ses fils sont entraînés par la lame de fond. ?J?ai lutté pour me maintenir à flot et j?ai vu Ridwaan attraper la main de son frère.? Le père réussit à se rapprocher de ses garçons et à les pousser vers la surface. Puis il aperçoit Wazir qui lutte pour sa vie. Mais un instant plus tard, il perd l?enfant de vue. ?Tout cela s?est déroulé en une fraction de seconde?, soupire-t-il.

Le petit Iklass est récupéré par un garde-côte. Un moniteur ramène Iqbal, qui tient Ridwaan entre les bras. Ce dernier est conduit à l?hôpital SSRN et placé en soins intensifs. Depuis hier matin, il se rétablit.

Bashir Edahtally, le beau-frère de Makbool Bhuttoo, qui somnolait sur la plage, avertit ce dernier de la disparition de Wazir. Makbool Bhuttoo pense immédiatement aux secours et à l?hélicoptère de la police.

Pour accélérer les choses, il fait jouer ses contacts et téléphone à son ami Abdullah Hossen, adjoint au maire de Port-Louis. Bien que pris dans l?inauguration du complexe abritant le Centre culturel islamique, le politicien lui promet de joindre le commissaire de police au plus vite.

Trois heures plus tard, l?hélicoptère survole le lieu du drame. ?J?aurais compris si l?hélicoptère était arrivé dans l?heure qui suit, mais pas trois heures après. C?est aberrant.?

Les recherches se poursuivent jusqu?à la nuit tombée, mais le corps de Wazir est introuvable. Commence alors une attente agonisante pour les Bhuttoo. A 5 h 30 dimanche, Makbool Bhuttoo reçoit un appel d?un garde-côte qui l?informe que le cadavre de Wazir a été retrouvé. A 8 h 30, la police confirme. ?Je suppose que c?est à cause du fait que j?ai un ami chez les garde-côtes que j?ai été prévenu aussi vite. La police a pris trois heures pour me l?annoncer.?

Autre lenteur déplorée : le temps pris par les policiers pour acheminer le cadavre de Wazir de l?hôpital SSRN à celui de Victoria, Candos, où l?autopsie allait être effectuée par le Dr Satish Boolell. ?On m?a dit que le transport était pris avec un suicide à Gris-Gris. Heureusement que le Dr Boolell a fait vite et que j?ai pu récupérer rapidement le corps de mon enfant.?

Makbool Bhuttoo reconnaît que les gardes-côtes ont fait de leur mieux, mais il pense qu?il faudrait leur donner plus de moyens. ?Ils auraient dû être dans leur pneumatique à deux pas des baigneurs pour parer à toute éventualité. Tout comme il serait souhaitable que des hommes soient postés en haut de miradors installés sur la plage et qu?ils surveillent la mer avec des jumelles, comme le font les gardes-côtes australiens. Tout cela ne devrait pas coûter bien cher. Bien moins que Rs 10 millions assurément??

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