Publicité

La leçon de danse d?Anne-Marie Porras

14 mars 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

DANS cette salle aux murs recouverts de miroirs et garnis de barres qui servent de point d?appui, les danseurs et danseuses, en maillot ou collant, pas encore accomplis, certes, s?assouplissaient et exécutaient, en petits groupes et à tour de rôle, une série de mouvements en amplitude sous le regard attentif d?Anne-Marie Porras, la chorégraphe qui réglait leurs pas et qui établissait le temps.

Invitée par le Centre Culturel Charles Baudelaire à animer un stage de danse moderne, Anne-Marie Porras ne pouvait s?empêcher d?exprimer sa joie d?avoir rencontré pour la deuxième fois (la première en 1994) nos danseurs locaux. ?Que de volonté! Que d?envie!?, s?exclamait-elle. Nul doute, elle s?était laissée elle-même gagner par cette fièvre qui animait les danseurs durant les séances d?apprentissage et de créations qui ont duré du 8 au 11 mars, au David Academy of Dancing, à Phoenix. ?Les danseurs mauriciens ont de l?énergie à revendre, ils sont capables de bouger pendant trois heures d?affilée. En plus, ils ont de la chaleur en eux?, avait encore noté la professeur.

Si la chaleur qui les animait est un phénomène typique des îles, l?élan qui motivait les garçons et qui transparaissait dans leur supériorité numérique avait quelque peu surpris la chorégraphe. ?Maurice est le seul pays où j?ai vu autant de garçons motivés par la danse. Ils étaient plus nombreux que les filles,? affirmait-elle. Ils démontraient également un certain talent acrobatique avec fierté. Cependant, garçons ou filles, aucun de ceux qui étaient là n?était vraiment débutant. Certains étaient bien armés, d?autres affichaient une légère expérience. Ce qui ne facilitait pas la tâche . ?Il y avait deux niveaux et ce n?était pas évident de gérer le travail, car à certains moments, il fallait recommencer là où c?était déjà acquis pour d?autres,? constatait Anne-Marie Porras dès le premier jour ? jour consacré essentiellement à instaurer le contact.

Ce premier contact lui avait permis de comprendre qu?elle se trouvait en face des danseurs qui avaient l?habitude d?un cadre hôtelier où la danse est d?abord divertissement. ?Cela ne devait pas être marrant pour eux de danser pendant que les autres dînaient?, expliquait-elle. Elle en avait vite déduit qu?il y avait un travail psychologique à faire. Aussi avait-elle constaté que ces danseurs avaient pris l?habitude de voir le public en face, et pas de lui tourner le dos. C?était un aspect qu?il fallait bien travailler.

Comme toujours, c?était à la professeur de s?adapter pour ramener les élèves. Mais heureusement qu?ils apprenaient vite. ?Certains allaient même un peu trop vite, dans le sens où ils improvisaient, voire personnalisaient.? Il fallait éduquer leur attention, leur apprendre à contrôler les gestes et les harmoniser dans un travail collectif. Bien sûr, en quatre jours, elle ne pouvait pas tout faire. Alors, elle avait choisi ?de leur donner des pistes à exploiter, en travaillant sur des acquis, et sur des thèmes?. En fin de compte, la recherche entre les mouvements et le rythme musical avait fini par afficher une fluidité de gestes cohérents dans lesquels transparaissait l?émotion des danseurs.

Au bout de ces quatre jours d?entraînement, tantôt épuisant tantôt distrayant, ces danseurs locaux ont, selon les propos concluants de la chorégraphe, acquis les ingrédients nécessaires pour réussir dans la danse moderne. Ils s?étaient tous livrés à un rude travail qui demandait une volonté d?acier et ont maintenant le mérite d?un bon repos, même si le plus dur reste à venir.

En attendant, au-delà du simple fait d?avoir donné des cours, ce qui compte pour Anne-Marie Porras, c?est ce sentiment de partage, ce don de soi qu?elle a expérimenté devant ces danseurs et bien entendu cette amitié qui s?est développée entre elle et ses élèves et qu?elle emportera avec elle, pas dans ses valises, mais dans le coin le plus secret de son c?ur en attendant une prochaine visite?

PORTRAIT

?La danse, c?est ma vie?

  • Professeur de danse à Epse Danse de Montpellier, A.-M. Porras est connue surtout pour sa chorégraphie réalisée pour le film ?Les uns les autres? de Claude Lelouch. Elle a commencé à s?exercer à cette discipline dès l?âge de quatre ans avant de décider, vingt ans plus tard, d?embrasser la carrière de chorégraphe professionnelle. Aujourd?hui, évoluant dans l?univers de la Danse Jazz, elle enseigne la danse moderne sur une base classique en France, en Afrique, dans les Caraïbes et dans l?Océan indien et dirige une compagnie de Danse Jazz subventionnée par le ministère de la Culture.

Sa formation, elle l?a faite dans des écoles qui s?inspirent des grands comme Alvin Ailey, Martha Graham et Merce Cunningham. Son talent, elle l?a acquis en travaillant auprès de géants du métier comme l?Américain Walter Nicks et les Allemands Ingeborg Liptay et Jörg Tanner. C?est en 1979 qu?elle offre au Conservatoire de Maurice Béjart sa première création, ?Turn on to Mangione?, réalisée avec la collaboration de Richard Jones. En 1983, elle signe ?Voyages? pour le Focus on Jazz de Montréal et deux ans plus tard ?Transit? pour le festival de Montpellier Danse.

Les années qui suivent donneront à son répertoire une couleur personnelle. Car, c?est à sa propre compagnie qu?elle se consacre dorénavant. On verra alors surgir, dès le début des années quatre-vingt-dix, à travers une série de titres à thèmes universels, les empreintes d?un dévouement passionnel pour un métier qui lui tient tant à c?ur. ?Sensations de chaud après la pluie? (1992), ?Mouvance sur terre de ciel? (1993), ?Histoire de rien? (1994), ?Fils du vent? (1995), ?Nomades? (1997), ?Femmes derrière le soleil? (2000) et ?Paroles d?anges? (2002).

Dans l?expression corporelle, elle trouve un cheminement de vie, une harmonie. ?Il y a un passage de l?esprit au corps et du corps à l?esprit. Plus qu?une passion, la danse c?est ma vie?, confirme-t-elle.

Publicité