Publicité

Une troupe au chevet du « Malade imaginaire »

13 mars 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?Atelier Pierre Poivre ne chôme guère en ces jours de fête nationale et d?indépendance. à son agenda, figurent notamment une mise en scène de la nouvelle de Loga Virahsawmy Lasam enterdit (nouvelle parue dans le recueil Zistoires fer per de la Collection Maurice) à l?intention des élèves de la Mental Health Association de Stanley et sa participation, le 14 mars de 9 heures à 15 h 30, au Centre d?accueil Saint-Michel de Pont-Praslin (derrière l?école R.C.A. de la Plaine Saint-Cloud), à une rencontre interculturelle, sur le thème du « Mauricianisme chez Marcel Cabon ». L?Atelier Pierre Poivre interprétera, à cette occasion, le poème Kélibé Kéliba et des extraits de Nasmaté et de Malika et le mendiant.

Samedi prochain, un festival de théâtre à l?intention des enfants et des jeunes aura lieu dans les théâtres municipaux de Port-Louis et de Rose-Hill. L?Atelier Pierre Poivre jouera de nouveau Lasam enterdit de Loga Virahsawmy au théâtre de Rose-Hill à 13 heures. Au même endroit, le collège Lorette de Mahébourg présentera un sketch intitulé Répéteuses, le collège du Bocage Born in Mauritius, l?Alliance française de Mahébourg Amou-reuse et ça va et Playgroup The Coral et Ton Dodo. Au même moment, mais au théâtre de Port-Louis, la Mauritius Mental Health Association présentera Cyclone, Terre de Paix Victoire révoltante, le collège Lorette de Port-Louis Ballerina et Abaim Ti-Zan gâteau canette. La troupe Favory racontera des histoires en divers endroits autour du théâtre de Port-Louis. Le collège Lorette de Rose-Hill clôturera le Festival Teat pou Zenfants, en présentant, à 20 heures, au théâtre de Port-Louis, La Belle au Bois Dormant.

Ces nombreuses activités n?empêchent curieusement pas l?Atelier Pierre Poivre, que dirige le dévoué Rowin Narraidoo, de présenter Le Malade imaginaire de Molière à l?intention d?un public majoritairement scolaire. Ce choix est en grande partie guidé par la présence de ce chef-d??uvre d?art dramatique au programme de littérature française de cette année pour le School Certificate et le Higher School Certificate de l?université de Cambridge. Mais cela ne veut pas dire que la mise en scène de Rowin Naraidoo se pliera en tout point aux exigences scolaires des examinateurs. Comme les représentations seront suivies de séances de réflexion entre les acteurs et le public, on peut prévoir de fructueux débats entre les partisans d?une lecture scolaire du Malade imaginaire et ceux qui estiment que la pérennité de cette pièce passe par son adaptation tant dans le temps que dans l?espace.

L?Atelier Pierre Poivre demeure fidèle à ses propres exigences de perfection dans l?interprétation de toutes pièces faisant partie de son répertoire. Tout commence par un choix laborieux des comédiens. L?étape suivante consiste en une série de lectures scéniques à haute voix de la pièce par les interprètes. Ces derniers parviennent graduellement à une meilleure perception de l?ensemble de la pièce et de l?apport de chaque personnage. Ces lectures sont suivies de réflexions, de discussions et d?échange qui les obligent à affiner encore leur rôle et à entrer davantage dans la perspective voulue par l?auteur pour comprendre la portée exacte de sa pièce. Cette fidélité à la pensée initiale de l?auteur ne les empêche pas de pousser plus loin leurs recherches et de se demander comment l?auteur aurait souhaité interpeller le public contemporain convié à voir jouer son Malade imaginaire.

Ainsi dans sa version 2004, l?Atelier Pierre Poivre compte mettre l?accent sur le conflit de générations, sur l?autorité parentale et familiale dans ce qu?elle peut avoir d?abusif et d?arbitraire aux dépens des enfants, devant sacrifier leurs sentiments et leurs émotions les plus chers sur l?autel des intérêts parentaux, intérêts souvent sordides et illogiques quand ils ne sont pas carrément stupides. On pourrait presque parler ici de prostitution infantile au bénéfice du géniteur, souvent avec la complicité de la génitrice. à croire que les enfants viennent au monde dans l?unique but d?assurer un jour le bonheur de leurs parents. C?est ce monde à l?envers que Le Malade imaginaire de Rowin Narraidoo veut remettre à sa place.

Cette pièce se veut aussi la revanche de la vérité et de la sincérité sur un chapelet de mensonges et d?hypocrisies. Elle permet la confrontation des idéaux d?une jeunesse encore pleine de fraîcheur et une société vieillie avant l?heure et déjà engluée dans toutes sortes de combines et autres magouilles.

Les costumes sont créés par les acteurs eux-mêmes. Ils ne sont pas d?époque. Au contraire, ils participent à la mise à jour de cette pièce et à sa mauricianisation.

Il appartiendra ensuite à chaque spectateur de prolonger, à titre personnel, sa réflexion et de se demander comment il se situe dans notre monde, qui n?est pas moins baroque que celui de Molière, au point que de nombreuses personnalités, dites intelligentes et professionnelles, courent cependant derrière de faux diplômes, des décorations achetées et perdant de ce fait toute valeur, de pseudo titres, de faux trophées. Notre monde n?est pas plus sage que celui de Molière et nous céderons facilement au désespoir le plus complet s?il nous fallait prendre conscience de tous les abaissements auxquels certains d?entre nous peuvent se laisser aller pour décrocher de vulgaires pacotilles. Tout cela serait risible s?il n?exigeait pas également le sacrifice des désirs les plus chers et les plus légitimes de jeunes, réclamant seulement le droit de pouvoir rêver à un monde plus respectueux de la vérité et des vraies valeurs.

Rowin Narraidoo a la chance de pouvoir compter sur le professionnalisme d?un ancien élève de Denis Julien, Balmick Hurree, pour moderniser et mauricianiser notre Argon 2004. Lui donneront la réplique Linda Prayag (Béline), Émilie Huët (Toinette), Émilie Pascal (Angélique), Denis Randamy (Cléante), Elvin Ramnauth (Béralde), Natacha Soulange (Louison), Naveen Ratty (Monsieur Diafoirus), Alessandro Chiara (Thomas Diafoirus), Jason Latreille (Monsieur Fleurant), Yannick Marie (Monsieur Purgon), Joël Latreille (le notaire). La régie est assurée par Jany Jhungroo. L?Atelier Pierre Poivre jouera Le Malade imaginaire en matinée (10 heures) et à 13 heures, du lundi 16 mars au vendredi 19 mars, au Plaza. La soirée de gala aura lieu le jeudi 18 mars à 20 heures. Le billet d?entrée coûtera Rs 60 pour les matinées scolaires et Rs 100 pour la soirée de gala.

Avis à ceux qui ont l?énergie nécessaire pour se soumettre au jugement implacable de Molière sur nos faits et gestes mais aussi sur nos lâchetés et sur l?effritement de nos idéaux. Notre présence témoignera notre reconnaissance à l?égard du dévouement de l?Atelier Pierre Poivre afin que ne s?étiole pas l?intérêt des Mauriciens pour l?art dramatique.

Cette pièce se veut être la revanche de la vérité et la sincérité sur le mensonge et l?hypocrisie.

Publicité