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L?après-Aristide reste tendu

13 mars 2004, 20:00

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L?avocat français du président haïtien déchu Jean-Bertrand Aristide, Me Gilbert Collard, va porter plainte contre l?ambassadeur de France en Haïti pour enlèvement.

Haïti s?est doté mardi 9 mars d?un nouveau premier ministre, Gérard Latortue, dont la tâche s?annonce particulièrement ardue dans un climat persistant de tension, en dépit d?une présence accrue de troupes étrangères.

Âgé de 69 ans, M. Latortue est un avocat et économiste qui, après ses études en France et en Haïti, a effectué la majeure partie de sa carrière à l?Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi).

Son expérience de la politique haïtienne est en revanche très limitée. Il a occupé le poste de ministre des affaires étrangères sous la présidence de Leslie Manigat et a quitté Haïti lors du coup d?État militaire de 1988. Opposant d?Aristide, il a vécu en exil à Boca Raton, en Floride, où il travaillait comme consultant et animait deux fois par semaine une émission sur une chaîne de la diaspora haïtienne à Miami.

Sa nomination a été officialisée par le président par intérim Boniface Alexandre, qui a succédé à Jean-Bertrand Aristide, exilé en Centrafrique depuis le 1er mars.

Présence accrue des forces internationals M. Latortue a été choisi par le Comité des sages, un organisme récemment créé de sept membres représentatifs de la diversité de la société haïtienne. Le nouveau Premier ministre doit former un gouvernement d?ici peu avec l?aide du Comité des sages.

Sa nomination intervient alors que la force internationale a encore accru sa présence dans le pays avec l?arrivée, mardi, de 194 nouveaux militaires chiliens, qui sont désormais 328 aux côtés de 1 600 Américains, 600 Français et une centaine de Canadiens.

À Port-au-Prince, pour la deuxième fois en deux jours, des marines ont ouvert le feu, tuant lundi soir un chauffeur de taxi de 31 ans. L?armée américaine a mis en cause les « intentions hostiles » apparentes du conducteur, qui n?était pas armé. En signe de protestation, des habitants ont érigé des barricades de pneus enflammés.

Dans la même zone proche de l?aéroport, cible de multiples pillages depuis plusieurs jours, une personne a été tuée mardi par balle, a constaté un journaliste de l?AFP.

Dans un communiqué, l?Union africaine a estimé que le départ du pouvoir du président déchu Jean-Bertrand Aristide était « anticonstitutionnel ». Cela « constitue un dangereux précédent pour toute personne élue en bonne et due forme », précise le texte.

M. Aristide « n?a pas été forcé à partir, il n?a pas été enlevé », a rétorqué le secrétaire d?état américain, Colin Powell. « Il était avec ses gens, ses gardes du corps, qui lui ont dit qu?il était temps de partir. Il a acquiescé, écrit sa lettre de démission, et est parti. »

Il y a bien eu « démission formelle » d?Aristide et « sa lettre de démission a été actée », a renchéri le ministère français des affaires étrangères, en réponse à Aristide qui affirme être toujours le « président élu » de Haïti.

Pour le secrétaire général de l?ONU, Kofi Annan, il n?y a pas eu de « coup d?État » en Haïti. Lors d?un discours devant le Parlement canadien, M. Annan a plaidé pour « un engagement à long terme » de la communauté internationale. Une première équipe de l?ONU était attendue mercredi en Haïti pour préparer la mission des Casques bleus qui succéderont d?ici à juin à la coalition militaire ad hoc déployée aujourd?hui en Haïti.

L?avocat français de Jean-Bertrand Aristide a néanmoins indiqué qu?il allait porter plainte contre l?ambassadeur de France en Haïti pour enlèvement.

L?ONU a lancé un appel urgent pour réunir 35 millions de dollars pour ce pays de 8,3 millions d?habitants. « Pour éviter plus de souffrances, les donateurs doivent répondre rapidement », souligne un communiqué. En raison de l?insécurité, les trois quarts du pays restent toutefois inaccessibles aux organisations humanitaires. « Il n?y a pas de signe de désastre humanitaire. Il y a suffisamment de nourriture dans le pays », a estimé de son côté le secrétaire à la défense américain, Donald Rumsfeld.

q 2003 Le Monde ? AFP et Reuters

Distribué par The New York

Times Syndicate

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