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Michel Vaillant
VOILÀ un héros comme on n?en fait plus : jeune et bien fait de sa personne, fort, courageux, avec un sang-froid à toute épreuve, au c?ur généreux et toujours prêt à voler au secours de la veuve et de l?orphelin, etc. Jusque-là cela n?a rien d?exceptionnel, puisque l?on pourrait dire la même chose de plus ou moins n?importe quel personnage de film d?action de deuxième plan. Que diantre a ce héros de si extraordinaire, alors ? D?abord le fait que sa jeunesse ne l?empêche pas d?avoir aujourd?hui quarante-sept ans, ensuite sa grande sagesse et sa capacité d?écouter ses aînés, son sens de la famille, de l?honneur, sa fidélité à la parole donnée. C?est aussi un héros chaste (enfin, presque), qui ne boit pas et ne fume pas non plus, qualités auxquelles il conviendrait d?ajouter une modestie à toute épreuve.
Quiconque n?aurait pas fait attention au titre, plus haut pourrait s?imaginer qu?il s?agirait de Bayard ou d?Ivanhoé. En fait, ce héros appartient bel et bien à cette ligue-là ; il ne lui manque que l?armure, c?est un de ces c?urs vaillants auxquels rien n?est impossible.
Les héros d?aujourd?hui sont faits pour donner à réfléchir aux aînés ; Michel Vaillant est de ces héros d?autrefois, créés pour inspirer la jeunesse. Il est né en 1957, sous la plume ou le pinceau (en ces temps anciens, on demandait toujours aux dessinateurs de BD s?ils préféraient travailler à la plume ou au pinceau) de Jean Graton qui dessinait pour une revue belge de bandes dessinées destinée aux Jeunesses catholiques : le journal de Tintin. Ce qui explique le côté aseptisé tant du personnage que des récits de ses aventures dans la BD. Ce n?était d?ailleurs pas pour le personnage ou pour les récits que les gamins petits ou grands lisaient et lisent toujours les aventures de Michel Vaillant. Comme pour démontrer ce point, Michel Vaillant, film de Louis-Pascal Couvelaire s?est ? très librement ? inspiré de deux aventures sorties en BD : Le 13 est au Départ et Le Fantôme des 24 heures.
Madame Élizabeth Vaillant fait un horrible cauchemar dans lequel son fils Michel meurt aux 24 heures du Mans en entrant en collision avec une voiture Leader qui porte le numéro 13. Son mari et son fils la rassurent en lui expliquant que les Leader, grandes rivales des Vaillant ne participent plus aux 24 heures depuis des années et qu?il n?y a jamais de numéro 13 aux 24 heures. Seulement, l?équipe Vaillant apprend quelque temps après que les Leader sont de nouveau dans la compétition, que c?est la propre fille de leur rival qui dirigera l?équipe Leader et que la voiture alignée par ces derniers portera le numéro 13. Ils découvrent aussi, suite au décès d?un des leurs, que leurs adversaires ne reculeront devant aucun coup bas?
Cette histoire ne vaut pas une bille de roulement, même pas un boulon. Il y aura un mort, des perfidies et des actes de félonie, mais on n?y croira pas une seconde. Pas plus qu?on ne croira aux personnages, soit caricaturaux dans le cas des méchants, soit sans relief dans le cas des bons. Le personnage de Michel Vaillant (Sagamore Stévenin) lui-même a toutes les qualités citées plus haut et pour les besoins de la modernité (celle de l?époque que nous vivons, comme le disait quelqu?un à la radio) il affiche quelques tendances ?New Age?, mais il ne présente aucun intérêt hors celui d?avoir la tête de l?emploi.
A plein régime
On se rappellera que dans la BD aussi, les méchants étaient caricaturaux; par exemple, l?américain Bob Cramer que l?on retrouve dans le film avec la même sale tête (celle de François Levantal). On se rappellera aussi que dans la BD, le héros n?a aucune particularité en dehors de ses belles qualités si ce n?est qu?il est dessiné avec une tête de héros.
Autre lien de parenté non pas avec la BD originale, mais avec l?univers de la BD de cette génération : le chef des méchants, Ruth Wong (Lisa Barbuscia)) est une femme ; comme Lady X, celle qui faisait toujours la nique au Colonel Buck Danny de US Air Force. C?était dans le Journal de Spirou autre publication pour les Jeunesses catholiques.
Cela dit, on ne lisait pas ? on ne lit toujours pas ? les aventures de Michel Vaillant pour les personnages ou pour l?histoire mais pour retrouver l?univers de la course automobile : les rallyes, les Grand Prix et surtout les 24 Heures, sur le circuit comme dans les coulisses. C?est donc pour ces mêmes raisons qu?on ira voir Michel Vaillant le film, produit et co-écrit par Luc Besson, même si Louis-Pascal Couvelaire en est le réalisateur. Ce dernier, venu de la publicité, n?a à son actif que Sueurs, un film d?aventures jugé ambitieux par certains critiques et prétentieux par d?autres). On peut ne voir en lui qu?un simple exécutant ?se fondant dans l?esprit d?une maison? comme le dit un critique, mais comme il s?agit de la maison Besson, cet exécutant est nécessairement des plus habiles ; plus habile en tout cas, que certains réalisateurs ?inspirés?.
Les images des 24 Heures en sont la meilleure illustration : les voitures, l?ambiance sur la piste et dans les ?stands? et bien sûr la course en elle-même. Autant de séquences qui sont chargées de tension et fortes en humanité, aussi. Il faut dire que pour les séquences de la course, il y a eu deux Vaillantes (voitures aux couleurs de la maison Vaillant) qui ont réellement couru dans les 24 Heures. C?est dire les moyens mis en place par la production.
On reconnaît pourtant la griffe ?bessonienne? dans ce film ; ceci dès le début, avant même la fin du générique. Il faut aussi supposer que c?est au producteur que l?on doit cette approche privilégiant l?ambiance, les images et les scènes d?action plus que l?histoire elle-même ou les personnages. Superbes images de rallye dans des paysages canadiens enneigés avec un passage sur la glace d?un lac gelé; images de bolides lancés moteur à plein régime avec un accompagnement d?effets sonores ; la course et surtout le duel entre les deux voitures vécus ?de l?intérieur?, pour ainsi dire, comme si on y était; séquence de l?accident sur le circuit du Mans, etc. C?est le style Besson si souvent décrié, parfois à juste titre, mais qui cette fois (pour une fois, diront certains) s?avère être des plus appropriés. Luc Besson a parfaitement saisi ce qui fait l?essentiel de l?univers recréé par Jean et Philippe Graton et il est possible que même ses habituels détracteurs pour cette fois, s?en laisseront conter.
Quel dommage que Luc Besson ne se soit pas plutôt intéressé à Tanguy et Laverdure.
Vraie course pour images d?exception
?L?un des éléments forts du projet était notre possible participation aux 24 Heures du Mans, raconte Pierre-Ange Le Pogam, producteur de Michel Vaillant. ?Même si le scénario ne reposait pas essentiellement sur cette course, nous avons tout de suite senti ce que le film avait à y gagner en authenticité et en puissance. L?idée de pouvoir intégrer l?action de ?Michel Vaillant? à un événement aussi important collait parfaitement avec l?esprit Vaillant et avec notre volonté de proposer quelque chose de plus au public.?
Le Mans est une course mythique. S?y associer portait le projet encore un cran au-dessus. La production a donc imaginé une course à l?intérieur de la course, où la Vaillante et les Leader s?affronteraient. ?C?était un pari fou? Si l?enjeu était séduisant pour nous?, poursuit le producteur, ?il n?allait pas sans quelques gros obstacles à surmonter. L?Automobile Club de l?Ouest a bien accueilli notre demande de participation, mais il était clair dès le départ que nous devions remplir les mêmes conditions que les autres concurrents? Cela signifiait s?inscrire, équiper deux écuries puisque nous voulions mettre en scène les Vaillante et les Leader pendant la course, mais aussi réussir les épreuves de qualification !?
L?équipe a donc pris le pari de s?engager sur la course tout en sachant qu?elle conditionnerait un élément essentiel du film. ?La pression était double, mais l?excitation aussi ! A l?hiver 2001, nous avons commencé l?écriture et cherché une écurie capable de jouer le jeu avec nous. Nous avons trouvé les DAMS. Par chance, ils n?avaient aucun engagement. Avec eux, il a fallu nous procurer des prototypes de 700 à 750 CV, disponibles, sans aucun enjeu sportif dans l?année, ayant les qualités spécifiques pour être sélectionnés au Mans, capables de réaliser les mêmes temps que les meilleurs bolides participant à la course? Bref, monter une écurie. Les DAMS nous ont apporté tout leur savoir-faire mécanique et logistique. Ils nous ont guidés pour la préparation concrète de l?épreuve.?
Suivant les deux projets simultanés qui s?imbriquaient, l?équipe de production devait, d?une part, penser aux voitures, les équiper aux normes, les décorer pour le film, leur ajouter des caméras de cinéma, mais il fallait aussi mener l?entraînement des pilotes et faire les essais en course. ?Nous nous sommes rapidement retrouvés en mars pour les qualifications au Mans. La course était planifiée les 15 et 16 juin 2002.? Pas question d?être en retard. Il fallait avoir les acteurs, le plan de tournage, les éléments de décors, les costumes? ?Nous avons vécu alors une première course contre la montre. Pendant que les pilotes et les mécaniciens se préparaient pour la course, Louis-Pascal, les comédiens, les équipes de déco et des costumes se préparaient pour le film. Le moins que l?on puisse dire, c?est que c?était intense ! Tout le monde donnait son maximum avec l?idée d?être prêts pour ce rendez-vous unique.?
?Une fois que nous avons été qualifiés, nous avons tous ressenti un grand bonheur et? une pression d?un nouveau type ! Nous avions gagné le droit de placer nos voitures sur la grille de départ, mais le plus dur restait à faire : elles devaient tenir !? Tous les membres de l?équipe DAMS, ingénieurs, mécanos, pilotes, qui participeraient au Mans devaient être au top niveau pour égaler les participants réels, tout en se consacrant aussi aux nécessités du tournage. Il faillait capter de vraies ambiances pour le film : les entrées et sorties de stand, les passages sur la piste, l?enthousiasme des dizaines de milliers de spectateurs. ?Il ne faut pas oublier une chose, souligne le producteur : nous n?étions pas là pour filmer une course, mais pour filmer une histoire qui se déroule en partie pendant cette course. Les images de Louis-Pascal devaient impérativement servir l?intrigue et les relations entre les protagonistes, le tout à plus de 330 à l?heure !?
(Dossier de presse)
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