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Semi-dictature
Les querelles inépuisables, à la MBC, entre la direction et la présidence du conseil d?administration, suivent en général le même schéma. La crise est programmée dès le départ. Pour sortir de l?impasse, le pouvoir limoge ou pousse à la démission ceux qu?il a nommés. Les deux hommes actuellement aux commandes de la station nationale, Torriden Chellapermal et Nassir Ramtoola, n?échappent pas à ce cycle immuable.
Le dysfonctionnement est organique. Il trouve son origine dans les structures de gestion de la MBC, telles qu?elles sont prévues par le ?MBC Act?. Sans doute, le gouvernement a-t-il fait ce même constat car il a commandé, à l?ancien chef juge Victor Glover, un ravalement de ce texte de loi. Une nouvelle délimitation des pouvoirs est nécessaire pour éviter l?existence de directions parallèles à la MBC.
La station nationale a trop souffert de la confusion des rôles. Même si la loi stipule que c?est le directeur général qui est responsable du ?control and management of the day to day business of the Corporation?, il s?est trouvé des présidents qui interviennent directement auprès des employés de la corporation. La nouvelle loi doit dire explicitement si de telles ingérences sont admissibles.
Toutefois, une clarification sur le plan légal ne réglera pas l?autre problème, d?ordre politique celui-là, qui entrave également la bonne marche de l?institution. Le directeur général de la MBC est confronté quotidiennement dans l?exercice de ses fonctions aux agissements des groupes de pression de tous acabits. Des sociétés dites socio-religieuses exercent, soit directement soit par ministres interposés, des lobbies qui l?empêchent de remplir la tâche pour laquelle il est nommé.
Torriden Chellapermal, tout comme Hootesh Ramburn avant lui, a essayé de bloquer les velléités de ces petits potentats qui veulent usurper les pouvoirs du directeur général de la MBC. Il découvre aujourd?hui que le prix à payer pour une telle audace est lourd. Il est considéré comme ?dangereux?.
Les rapports entre le directeur général de la MBC et certains ministres se sont brouillés, semble-t-il, depuis que ces derniers ont réalisé que Torriden Chellapermal ne convenait pas à leur stratégie clientéliste. De même, son prédécesseur avait connu la disgrâce à partir du moment où il avait refusé de modifier la grille de programmes et d?accommoder à l?antenne des dignitaires religieux exigeant le prime time. Sommes-nous dans un régime de semi-dictature imposée par les dirigeants de ces sociétés ambivalentes ?
Le pouvoir de la télévision a toujours fait peur aux gouvernants. Ils veulent y placer des hommes sûrs. Divers régimes ont cédé à la tentation de caser des hommes du sérail à la tête de la station d?Etat. Cette précaution n?est pas, pour autant, une garantie de la domestication de l?institution. Encore faut-il que ceux qui sont nommés acceptent sans états d?âme de se soumettre à la tutelle des dirigeants politiques.
Dans le cas de Torriden Chellapermal, en dépit de sa proximité avec l?ancien Premier ministre, chacun reconnaît qu?il a eu une gestion équilibrée. Cela était particulièrement remarqué lors de la campagne électorale à Piton-Rivière-du-Rempart. Il a démontré que la neutralité de l?information était possible dans les médias d?Etat. Cette avancée est compromise avec la menace qui pèse sur lui.
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