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Un Mauricien dans l?univers soyeux de Smalto
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Un Mauricien dans l?univers soyeux de Smalto
Lumière tamisée, canapés en cuir, murs lambrissés, miroirs. Chez Francesco Smalto, une des maisons de couture les plus réputées de Paris située près des Champs-Élysées, on sait comment mettre en valeur les costumes. Rangés par dizaines sur des tringles en bois, ces vêtements sont coupés dans des étoffes précieuses : laine, cachemire, soie?
Ici pas de musique en sourdine, la maison préfère l?atmosphère feutrée. C?est là qu?évolue Ramesh Dagah, originaire de Forest-Side, depuis maintenant 25 ans. Habillé d?un costume bleu marine à la coupe impeccable, ce dernier pourrait passer pour un des clients fortunés de la maison. Seuls, le centimètre qu?il porte autour du cou et la boîte à épingles qu?il garde à portée de main trahissent sa profession. Son métier consiste à faire des essayages sur les clients dont la plupart dépensent sans compter.
« J?étais nul à l?école? »
Un costume prêt-à-porter chez Smalto peut coûter jusqu?à 2 000 euros. Et ce n?est pas le prix le plus élevé. Les vêtements coupés sur mesure sont deux fois, trois fois, voire cinq fois plus chers. « Tout dépend de l?envie du client. » Pour le créateur de mode street wear Mohamed Dia, la maison a tissé une étoffe spéciale qui coûte plusieurs milliers d?euros. Sur les fines rayures du tissu, on distingue les mots Promise of victory, le titre de son autobiographie?
« Le nom Smalto est associé à l?élégance et à la distinction », affirme Ramesh Dagah. Il a effectué les essayages de nombreuses vedettes du showbiz et du ballon rond : Zinedine Zidane, Marcel Desailly, le chanteur de rap MC Solaar, le comédien Jamel Debouze, ou encore Hassan II, l?ancien roi du Maroc. Parfois il se déplace pour certains clients importants, allant faire les essayages dans leurs palais ou dans un hôtel cinq-étoiles à Genève comme ce fut le cas pour l?acteur britannique Roger Moore. Le fait de côtoyer ces personnes de la jet-set ne lui fait ni chaud ni froid. « Ce sont des personnes sympathiques, des clients comme d?autres », glisse-t-il, sans émotion.
Ramesh Dagah est du genre modeste. Donc difficile de lui tirer les vers du nez. Mais il ne trompe pas son monde. Dans l?atelier de retouche situé au sous-sol, les ouvriers disent l?apprécier pour ses qualités professionnelles et sa discrétion. « C?est une personne très organisée. Il dirige l?atelier de retouches d?une main de maître. Je peux vous dire que tout le monde ici l?aime beaucoup », assure Linda Cazivassito, l?une des ouvrières. Noémie Matin, sa collègue, se souvient des débuts de Ramesh Dagah. « Il a débuté comme retoucheur, puis a vite gravi les échelons, grâce à son sérieux et à son savoir-faire. »
Rien de tout cela ne serait arrivé si son père n?avait insisté pour qu?il aille apprendre le métier de tailleur. « J?étais nul à l?école et mon père ne savait plus quoi faire de moi. Finalement il a décidé de m?envoyer chez un tailleur pour que je puisse faire quelque chose de ma vie », se souvient-il. En 1966, Ramesh a treize ans et c?est la mort dans l?âme qu?il va à Curepipe chez Ton Bal, un tailleur connu de la ville. L?adolescent fera tous les travaux ingrats, du balayage de l?atelier à la récupération du charbon de bois pour le fer à repasser, avant de pouvoir toucher à un tissu. Il fera sa première boutonnière deux ans plus tard, puis il commencera à faire les ourlets des pantalons. Petit à petit, il prend goût au métier et à l?âge de 20 ans, il maîtrise enfin la coupe et la couture.
Connaître d?autres horizons
Cependant son travail ne le comble pas. Il voudrait connaître d?autres horizons et c?est là que lui vient l?idée de partir en France. « Ene camarade ti aller. Lerla moi aussi mo fine suive. » Durant les trois premières années, il survivra grâce à des petits boulots. « C?était assez dur car j?ai dû attendre un an avant d?être régularisé. Certains patrons en profitaient pour me payer des miettes », confie-t-il.
La chance lui sourit bientôt. À 25 ans, il intègre la maison de couture Smalto où il fera carrière, améliorera sa technique et appréciera la grande utilisation du travail manuel dans la doublure des vêtements et la couture. Pour lui la vie a été plutôt généreuse. « Mo pas regrette narien. Si mo ti al l?école, ki mo ti pou été dans Maurice ? » Avec sa femme et ses deux enfants, il coule des jours heureux à Paris. Et quand compte-t-il rentrer à Maurice ? « L?avenir le dira. Pour le moment, on n?y pense pas vraiment. »
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