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Triolet

Une «laboutik» d’antan portée par les Cheng Hum Yuen

25 avril 2026, 15:30

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Une «laboutik» d’antan portée par les Cheng Hum Yuen

■ Carol et son épouse gèrent la boutique Cheng Hum Yuen. ? Sumeet Mudhoo.

Sur la route Royale de Triolet, difficile de passer devant la boutique Cheng Hum Yuen sans s’y arrêter. Plus qu’un simple commerce de proximité, ce lieu incarne une tranche de vie, portée par la convivialité et l’amabilité de la famille Cheng Hum Yuen. Ici, les passants s’arrêtent autant pour faire une course que pour échanger quelques mots, perpétuant un esprit de quartier devenu rare.

Dès les premières heures de la matinée, la boutique s’anime. Entre les parents pressés venant acheter une friandise pour leurs enfants avant l’école et les habitués qui s’arrêtent pour prendre leur journal, notamment l’express, le va-et-vient ne cesse jamais vraiment. Derrière le comptoir, Carol accueille chacun avec le sourire. «Cela fait plus de 40 ans que je travaille ici. J’ai suivi les traces de mon père», confie-t-il.

Autrefois, la boutique bénéficiait d’une clientèle encore plus nombreuse, à une époque où les supermarchés n’avaient pas encore conquis toutes les régions. «Les gens venaient prendre leurs commissions avec leur carnet laboutik. Ils notaient ce dont ils avaient besoin dedans et réglaient à la fin du mois», se souvient-il. Une pratique aujourd’hui disparue. «Nous ne faisons plus de crédit. Et même si certains disent que les boutiques sont plus chères, ils reviennent souvent vers nous quand les temps deviennent difficiles.»

Mais au-delà de son activité commerciale, Cheng Hum Yuen raconte une histoire familiale marquée par l’exil et la transmission. Les parents de Carol, originaires de Chine, ont ouvert ce commerce dans les années 1940, avec l’espoir de le transmettre à leurs enfants. «Depuis le collège, j’aidais mon père. Mes frères ont choisi d’autres voies. Alors j’ai repris la boutique après son décès», explique-t-il avec émotion.

Aujourd’hui, cette tradition est menacée. Ses deux filles ont pris des chemins différents, l’une travaillant à l’étranger, l’autre dans un autre secteur. «Il faudra trouver quelqu’un de responsable pour reprendre ou louer le bâtiment», dit-il, conscient que la continuité n’est pas garantie.

Comme beaucoup de petits commerces, la boutique subit aussi les effets du numérique. Les ventes de journaux ont chuté. «Il n’y a plus que les habitués. Les jeunes ne prennent plus le temps de lire comme avant», observe-t-il. Pourtant, certains rendez-vous continuent d’animer les lieux. Avec l’ouverture de la saison hippique, les passionnés se retrouvent pour discuter des pronostics. «Les magazines hippiques et de football marchent toujours. Les grands événements attirent encore.»

À Triolet, la boutique Cheng Hum Yuen reste ainsi un repère, un lieu où se croisent souvenirs, échanges et fragments de vie.

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