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Un vaste chantier à déblayer avant la prochaine évaluation mutuelle de l’ESAAMLG
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Un vaste chantier à déblayer avant la prochaine évaluation mutuelle de l’ESAAMLG
Les pouvoirs publics et les experts du monde de la finance évoquent souvent le risque que Moody’s enlève son statut d’Investment grade à Maurice si on n’arrive pas à redresser les finances publiques. Pourtant, il y a un danger encore plus grand, c’est qu’à l’avenir, le pays puisse se retrouver à nouveau sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI).
La participation de la ministre des Services financiers à la 26e réunion de l’ESAAMLG (Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group), qui s’est tenue à Kigali du 3 au 5 septembre, nous rappelle que la machinerie est déjà en branle concernant la prochaine évaluation mutuelle du pays et que nous devons préparer cet exercice avec le plus grand sérieux.
Comme l’a rappelé Jyoti Jeetun, la mission est double. Il s’agit d’abord de mieux comprendre et d’anticiper les nouveaux risques liés à la criminalité financière, notamment ceux associés à l’utilisation de l’intelligence artificielle et aux cryptoactifs. Dans le même temps, nous devons renforcer notre mécanisme de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prolifération d’armes.
S’il est vrai que dans le sillage de son introduction sur la liste noire de l’Union européenne en octobre 2020, Maurice avait réussi un véritable tour de force en adoptant dans un délai extrêmement réduit le plan d’action du GAFI et que depuis mars 2022, nous sommes l’un des rares pays au monde à être pleinement conformes à toutes les recommandations de cet organisme intergouvernemental, il est tout aussi important de faire ressortir que rien n’est acquis et qu’on doit envoyer le bon signal à la communauté internationale par rapport à notre capacité de lutter efficacement contre les crimes financiers.
Cela permettra de consolider l’image de Maurice comme un centre financier international adoptant les meilleures pratiques en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. C’est une condition sine qua non si l’on veut continuer à attirer massivement les capitaux étrangers et maintenir notre compétitivité vis-à-vis de juridictions concurrentes comme Singapour, Dubaï, Casablanca et de centres financiers émergents, à l’instar de Kigali, des Seychelles et GIFT City.
Cela dit, la partie est très loin d’être gagnée. Ces deux dernières années, l’image du pays a été écornée par de nombreux scandales ayant des ramifications politico-financières. L’arrestation du magnat malgache Mamy Ravatomanga qui entretient des liens d’affaires et bancaires avec Maurice depuis trois décennies, l’incarcération de Gulshan Govind, l’époux de l’ex-junior minister, Véronique Leu-Govind, impliqué dans une sinistre affaire de trafic de cannabis sur l’axe MauriceRéunion, l’affaire des valises appartenant l’ancien Premier ministre, Pravind Jugnauth, contenant des produits de luxe et des devises étrangères évalués à Rs 114 millions et l’affaire du contrat de produits pétroliers de Rs 30 milliards alloué à Mercantile and Maritime Group sont quelquesunes de ces affaires hautement médiatisées qui pourrissent notre réputation.
Il y a beaucoup de perceptions à corriger avant le début du processus d’évaluation de l’ESAAML qui devrait se dérouler entre mars et août 2027, selon le calendrier prévisionnel. L’une de ces perceptions est que le risque politique est monté crescendo dans le pays.
Dans les prochains mois, il s’agira d’abattre un travail titanesque.
La Financial Crimes Commission (FCC) présente pour le moment un bilan de prime abord correct. En début de mois, son directeur général, Sanjay Dawoodarry, a indiqué que la Commission enquête sur pas moins de 1 794 affaires impliquant des actifs évalués à Rs 55 milliards et a procédé jusqu’ici à 166 arrestations, dont 44 liées à des affaires de drogue.
Or, la crédibilité de FCC est ces jours-ci entachée suivant l’éclatement de l’affaire Steven Moothoocurpen qui a révélé que des documents confidentiels ont atterri sur le portable de ce trafiquant de drogue présumé.
Limitée juridiquement et structurellement dans sa capacité de mener des investigations de haut vol, la FCC est appelée à disparaître dans les mois à venir pour céder la place à National Crime Agency, qui sera mieux équipée pour enquêter sur les crimes financiers, la cybercriminalité, ainsi que le crime organisé. Outre le National Agency Bill, qui donnera force de loi à la nouvelle structure, huit autres textes de loi seront adoptés à l’Assemblée nationale, qui reprendra ses travaux le 20 octobre.
Parallèlement, Maurice doit démontrer auprès de l’ESAAMLG qu’il est bien armé pour lutter frontalement contre les délits financiers liés à l’intelligence artificielle et aux crypto-monnaies.
D’après les dernières données de la FCC, pas moins de 83 enquêtes de nature numérique sont en cours. La question se pose : a-t-on les compétences et l’expertise pour enquêter sur ces affaires, a priori, complexes ? Dans son dernier rapport sur la fraude financière, Interpol ne manquait d’ailleurs pas de faire ressortir que certains criminels se tournent de plus en plus vers la fraude assistée par l’intelligence artificielle qui est 4,5 fois plus rentable que la fraude traditionnelle.
Ce sont de nouveaux défis auxquels il faudra se préparer. Le temps ne joue pas forcément en notre faveur.
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