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La capture de l’État : Le guichet qui ne ferme jamais

16 septembre 2026, 10:00

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«L’alternance électorale ne suffit pas à endiguer la capture de l’État – elle peut, au contraire, aggraver les distorsions.»

In Political Uncertainty, Market Structure and the Forms of State Capture (2020), de Nathan Canen, Rafael Ch et Leonard Wantchekon (éminent économiste politique à l’Université de Princeton, d’origine béninoise)

• Nommer la distorsion: La capture de l’État

La première partie de cette série s’arrêtait sur un constat. Des gouvernements se succèdent sans que le mandat ne se traduise en résultat. Un écart sépare les attentes du peuple et la capacité de l’État, et il ne se referme jamais. L’explication conventionnelle de la corruption, même dysfonctionnelle, ne suffit pas. Les économistes Canen et Wantchekon proposent une nouvelle grille de lecture. Elle explique le sous-développement à travers un mécanisme institutionnel.

Quand les incitations des dirigeants détournent le pouvoir vers des intérêts particuliers, la distorsion politique naît. La capture de l’État en est la forme la plus précise, et la plus étudiée. Des groupes proches du pouvoir orientent les décisions publiques à leur avantage. L’État devient un guichet pour le clan. On y achète des faveurs, des contrats, des exemptions, des nominations favorables. Le clan s’enrichit. Le reste en pâtit. Le pays, lui, perd le plus gros. La capture de l’État dépasse la corruption : c’est un choix presque machiavélique. Ce cadre dépasse la morale individuelle. Le mécanisme est institutionnel.

• La capture en pratique : Le guichet de l’État

Wantchekon et ses coauteurs distinguent deux voies d’accès à ce guichet. La capture directe cible l’administration elle-même : un captateur place ou influence des bureaucrates. La capture indirecte passe par les élus : un captateur finance des campagnes ou négocie des faveurs législatives. Le choix entre ces deux voies dépend de l’incertitude politique.

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• Patrimonialisme : Quand le pouvoir est le captateur

Mais la classe politique elle-même peut jouer ce rôle de captateur. Wantchekon documente ce cas au Bénin, sous le terme «patrimonialisme». Le cas le plus net reste l’accession de Patrice Talon à la présidence. Un oligarque du coton y est devenu chef de l’État. Le pouvoir politique devient alors l’agent de la capture, non plus seulement sa cible.

Cette logique a été étudiée et formalisée. L’arbitrage entre acheter et devenir n’est pas une question de tempérament. C’est un calcul de fiabilité institutionnelle. Face à un État capturé par ses propres dirigeants, il n’y a plus d’arbitre du tout. Il ne reste que des clans qui se disputent la mainmise du guichet. Nul besoin de faire un dessin pour illustrer la capture de l’État dans notre cas : MIC, SBM, Betamax et CT Power en représentent les fleurons.

• La capture : La démocratie en pantomime

Un système capturé par ceux-là mêmes qui devraient le gouverner se paie cher en croissance équitable, durable et développement. L’électeur vote pour le changement. Il choisit un nouveau visage. Puis il découvre que le guichet a seulement changé de tenancier.

Ce n’est plus, à ce stade, une question de démocratie dysfonctionnelle. C’est une question de Guignol. Le castelet ne change jamais. Les costumes changent, certes, mais le bâton continue de taper sur la même marionnette : le peuple.

Le tenancier du guichet fonctionne comme un marchand d’orviétan qui connaît la formule de son remède. Il n’y a aucun principe actif, seulement l’ivresse de la promesse. Populisme, clientélisme et dépenses sociales généreuses financées par la dette : le mélange est administré à chaque scrutin comme une nouvelle tournée. C’est cette ivresse, plus que l’ignorance, qui empêche l’électeur de reconnaître le placebo. Le remède le plus puissamment dosé, le 60-0 de 2024, n’a produit aucun effet. C’est la preuve clinique la plus nette qu’il n’y avait jamais eu de principe actif. NaVIN ou PraVINd, c’est le même VIN bouchonné, on dirait. Après deux ans, même l’étiquette sur la bouteille se ressemble. La capture de l’État perdure. Pire, elle s’en trouve même renforcée. La troisième partie de cette série cherche le traitement ailleurs que dans l’isoloir et le scrutin.

• Ecouter sur YouTube : Qu’est-ce qu’on attend ? de Suprême NTM, un des groupes fondateurs du rap français.

«Mais qu’est-ce, mais qu’est-ce qu’on attend pour… Qu’on nous prenne un peu plus… un peu plus au sérieux»

Jaya Advisory done tab Source : Jaya Advisory

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