Publicité
Rodrigues
Susan Auguste : «Nous sommes très fiers de nos anciens élèves»
Par
Partager cet article
Rodrigues
Susan Auguste : «Nous sommes très fiers de nos anciens élèves»
Directrice volontaire du Gonzague Pierre Louis Special Learning Centre, Susan Auguste a dédié la majeure partie de sa carrière à l’enseignement des enfants porteurs d’un handicap. Grâce à une campagne Small Step Matters, une partie essentielle des frais de fonctionnement sera couverte pour un an. Un soulagement.
?Comment est née votre vocation pour l’enseignement spécialisé ?
Après mes études en Écosse pour devenir institutrice d’école primaire, je me suis engagée au sein du Volunteer Missionary Movement. J’ai travaillé au Rodrigues College, pour deux contrats. Entre-temps, j’ai rencontré mon mari à Rodrigues. Puis, Paul Draper, de Craft Aid Rodrigues (aujourd’hui Care Co), m’a proposé de rejoindre un projet financé par une institution française, Enfance et Partage, en faveur des enfants handicapés. Une école précisément.
?Vous avez accepté immédiatement ce défi ?
J’ai écrit une lettre à ma mère en Écosse et, par un concours de circonstances, le jour où elle a réceptionné ma lettre, elle a reçu la visite d’un ami dont la sœur travaillait à The Scottish Association for the Deaf. Grâce à elle, j’ai été mise en contact avec le Dr Morag Clark, une Écossaise investie dans plusieurs pays du monde, notamment pour la transmission de la méthode Auditory Oral.
?En quoi cette méthode consistet-elle ?
Déjà, le principe de base, c’est qu’une personne qui peut entendre (avec une audition résiduelle) peut parler grâce aux bons appareillages. Avec cette technique, l’instituteur enseigne avec un casque et un micro. Sa voix amplifiée est envoyée à travers un casque porté par l’enfant, qui est en mesure d’entendre aussi sa propre voix amplifiée, car il porte lui aussi un micro.
?Comment votre école s’est-elle développée au fil des années, au niveau des effectifs ?
Nous avons ouvert avec trois enfants en 1994, puis 12 élèves, tous sourds, pour passer à 15. Quinze élèves nés en 1986, une année où avait sévi à Rodrigues une épidémie de rubéole maternelle. Donc, c’était la maladie contractée par les mères pendant leur grossesse qui avait atteint l’audition de ces enfants. Aujourd’hui, l’école compte 50 élèves, mais pas tous sourds. Et nous suivons 12 élèves supplémentaires pour leurs tests d’audition, notamment. Ces 12 élèves sont intégrés dans des écoles primaires ou au collège.
?Donc, parmi vos 50 élèves, une diversité de handicaps ?
Oui, je précise que nous scolarisons les enfants en situation de handicap dès 3 ans, car l’éducation pré-primaire est déterminante pour la suite de leur scolarité. Au sein de notre effectif total, nous accueillons des élèves atteints d’autisme, du syndrome de Down, d’hyperactivité avec déficit de l’attention, de cécité… Et nous sommes très fiers de nos anciens élèves : un est policier, une est assistant teacher dans une école RCA… Nous avons plusieurs élèves qui avaient passé le CPE chez nous, qui ont rejoint le collège pour briller en Form 5 et Form 6.
?Où se situent les plus grosses difficultés ?
Nous avons réussi à professionnaliser notre équipe d’enseignants grâce à la formation du Mauritius Institute of Education à distance et à l’aide d’un tuteur pour la pratique. Cinq employés suivent actuellement le cursus avec de très bonnes chances de réussite en novembre. Pour le poste de directeur, nous n’avons pas encore pu faire le recrutement adéquat. C’est compliqué, car le salaire proposé n’est pas assez attractif. Et cela requiert quand même la compréhension d’une grande variété de handicaps.
?Un mot sur les salaires et le financement des frais de fonctionnement ?
Nous sommes soulagés qu’un donateur ait été convaincu par le bien-fondé de la campagne menée par Small Step Matters pour soutenir l’association au niveau des salaires. L’aide de l’Assemblée de Rodrigues ne couvre pas ces salaires à 100 %. Or, nous devons respecter le règlement du National Remuneration Board, c’est-à-dire Rs 27 000 mensuellement pour un enseignant spécialisé et 12 000 roupies pour un directeur d’école spécialisée. Apparemment, l’ancien board de la Special Needs Education Authority (SENA) avait oublié la revalorisation salariale de ce poste de directeur…
?La SENA ne finance pas votre école ?
En mai 2024, les représentants du SENA avaient promis de financer notre école. Mais nous n’avons pas reçu cet argent. Et depuis les élections générales mauriciennes, le board des directeurs de la SENA, dissous, n’a pas été renouvelé… Nous attendons la visite des représentants de la SENA à Rodrigues avec impatience pour en savoir davantage.
?Qu’est-ce que cela a changé pour votre école d’être financée par l’Assemblée de Rodrigues ?
Nous devrions accepter tous les enfants adressés, car refusés par les autres écoles, quels que soient le type de handicap avéré ou les traumas. Mais, en l’absence de fonds suffisants pour respecter le ratio de 1 enseignant pour 7 élèves, nous avions été contraints de refuser quelques admissions. J’insiste donc : l’aide apportée par la campagne Small Step Matters est un soutien considérable pour la continuité du droit à l’éducation. Et un véritable soulagement !

Paul Draper, nouvel ambassadeur de Hidden Disabilities Sunflower
Dans le secteur du plaidoyer pour les personnes en situation de handicap, Paul Draper est une figure de proue respectée. Le président du Gonzague Pierre Louis Special Needs Learning Centre et de Care Co Rodrigues a malheureusement lui-même été touché ces dernières années par une maladie invalidante.
«Pendant le confinement dû au Covid, je me suis rendu compte que ma vue baissait de manière considérable. Une dégradation progressive due à une maladie oculaire dégénérative. Malgré les soins reçus, j’ai perdu l’usage d’un œil», confie Paul Draper. Handicap qui ne l’empêche toutefois pas de travailler sur son ordinateur tous les jours, notamment pour soutenir la rédaction des projets de l’école spécialisée de Camp du Roi, ou de rédiger la newsletter des associations qu’il préside, adressée à leurs généreux donateurs.
Début juillet, lors de la mission de Small Step Matters à Rodrigues, Paul Draper a eu connaissance des services délivrés par le réseau international Hidden Disabilities Sunflower. Convaincu du bien-fondé de cette institution représentée à Maurice par Nadjah Abbasakoor, Paul Draper est devenu le premier ambassadeur rodriguais du réseau ! Une mission qui lui tient déjà bien à cœur, notamment lorsqu’il voyage sur les différentes compagnies aériennes pour se faire soigner à l’étranger.
«J’ai beaucoup de chance que ma famille, mes neveux et mes nièces soutiennent financièrement mes soins en Angleterre. Lorsque je voyage, je peux apprécier les avantages offerts aux porteurs du lanyard Hidden Disabilities Sunflower, comme la file prioritaire à l’aéroport de Heathrow. J’espère que cette file prioritaire existera bientôt également à l’aéroport de Plaine Corail et de Plaisance !», plaide Paul Draper. Le message est passé.
Publicité
Publicité
Les plus récents