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Affaire Li Hai

Soupçons de détournements, bataille judiciaire et craintes de fuite

16 décembre 2025, 12:00

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Soupçons de détournements, bataille judiciaire et craintes de fuite

L’enquête ouverte à Maurice contre Li Hai, Chinois provisoirement inculpé pour blanchiment d’argent par la Financial Crimes Commission (FCC), s’inscrit dans un contentieux bien plus large, aux ramifications transfrontalières. Deux investisseurs chinois, Hu Qinfen et Wang Junliang, affirment être engagés depuis plus de six ans dans une bataille judiciaire pour récupérer des fonds qu’ils estiment avoir été détournés dans le cadre d’un projet d’investissement à Maurice.

Selon leur déclaration rendue publique, le différend trouve son origine en 2014, autour du Yihai Garden Project et de la société Yihai International Investment Management Co. Ltd, enregistrée aux îles Vierges britanniques mais opérant à Maurice. Les deux investisseurs soutiennent avoir assuré l’intégralité du financement, à hauteur de 86,05 millions de yuans chinois. Une assemblée des actionnaires tenue le 12 août 2015 aurait formellement établi la structure de l’actionnariat : 32 % pour Hu Qinfen, 28 % pour Wang Junliang et 40 % pour Li Hai, présenté comme fondateur et dirigeant central du projet.

À partir de 2016, Li Hai aurait, selon les plaignants, retardé de manière répétée l’enregistrement officiel des transferts d’actions, invoquant divers obstacles administratifs et politiques. Wang Junliang se serait rendu à six reprises à Maurice afin de tenter de résoudre la situation, sans succès. Face à l’impasse, une action judiciaire a été engagée en Chine. En décembre 2019, le tribunal intermédiaire n°1 de Shanghai a homologué un accord de médiation dans lequel Li Hai s’engageait à finaliser le transfert des actions dans un délai de 30 jours. Engagement qui, selon les plaignants, n’a jamais été respecté, malgré une ordonnance d’exécution émise en mai 2020.

Les autorités judiciaires chinoises auraient, depuis, pris plusieurs mesures coercitives à son encontre, dont une décision d’exécution, une interdiction de sortie du territoire et des restrictions de consommation. Toutefois, les investigations menées en Chine n’auraient permis d’identifier aucun bien saisissable, Li Hai ne disposant ni de biens immobiliers, ni de véhicules, ni de comptes bancaires exécutables sur place. Installé à Maurice depuis plusieurs années, il aurait ainsi échappé à l’exécution effective des décisions chinoises.

Parallèlement, les plaignants affirment avoir rassemblé une chaîne d’éléments mettant en cause Li Hai pour plusieurs infractions présumées : fraude, blanchiment d’argent, fausse déclaration de capital, détournement de fonds sociaux et abus de fonctions. Ils soutiennent notamment que des fonds de la société auraient été utilisés à des fins personnelles, y compris pour l’acquisition de biens à l’étranger et le remboursement de dettes privées et que des augmentations de capital annoncées n’auraient jamais correspondu à de réels apports.

Ces accusations trouvent un écho particulier à Maurice. La FCC soupçonne Li Hai d’avoir, en novembre 2014, fait transférer environ Rs 280 millions depuis le compte d’une société domiciliée à Port-Louis vers un compte personnel à Hong Kong. Les fonds sont suspectés de constituer, en tout ou en partie, le produit d’activités criminelles. Arrêté le 3 décembre, Li Hai a été libéré sous caution, avant d’obtenir, le 12 décembre, une autorisation judiciaire de voyager aux États-Unis pour raisons médicales, avec obligation de retour en janvier 2026.

Ce déplacement suscite de vives inquiétudes chez les plaignants, qui redoutent un scénario de fuite similaire à un précédent survenu en Chine. Ils appellent les autorités mauriciennes et chinoises à activer pleinement les mécanismes d’entraide judiciaire et d’extradition existants afin d’éviter toute disparition du suspect et de préserver les chances de récupération des fonds.

Li Hai bénéficie de la présomption d’innocence. Mais l’accumulation des procédures civiles et pénales, sur fond de coopération judiciaire internationale, fait de cette affaire un test majeur pour la lutte contre la criminalité financière transfrontalière.

Yihai : «La SIC doit Rs 45 millions»

Yihai Investment Ltd (YIL) rappelle qu’en 2014, Yihai International Investment Management (YIIM) a remporté, sous le gouvernement de Navinchandra Ramgoolam, un appel d’offres public pour l’acquisition et le développement du site de Domaine Les Pailles en vue d’un projet de Smart City. En septembre 2015, Yihai Investment Ltd a été constituée à Maurice sous la forme d’une coentreprise entre YIIM et la State Investment Corporation (SIC). Selon l’accord d’actionnaires, la SIC devait apporter les terrains, tandis que YIIM assurait l’apport en capital, la structure actionnariale prévoyant une participation de 70 % pour YIIM et 30 % pour l’État.

YIL souligne que la société a fait l’objet d’une enquête de l’ICAC entre fin 2015 et juillet 2017, avant d’être blanchie. Le bureau du Directeur des poursuites publiques aurait conclu qu’«aucune autre action» n’était requise. Le certificat Smart City n’a toutefois été délivré qu’en octobre 2019, cinq ans après l’appel d’offres initial.

Les premiers travaux auraient débuté en février 2019 avec la construction de quatre villas, avant d’être interrompus par la pandémie de Covid-19. En 2021, un nouveau plan d’affaires, élaboré par Deloitte, pour tenir compte du contexte post-pandémique, aurait été présenté, suivi du lancement de la construction d’un immeuble d’appartements. En 2022, quatre villas et un bloc d’appartements auraient été achevés, mais la commercialisation des unités resterait bloquée par une injonction judiciaire émanant de la SIC, toujours en vigueur.

La société affirme quel a SIC lui devrait environ Rs 45 millions au titre d’un prêt ayant servi à financer Domaine Les Pailles Ltd, une filiale de la SIC. Malgré ces difficultés, YIIM indique avoir multiplié les tentatives de dialogue et proposé plusieurs pistes de règlement afin de normaliser la gouvernance et relancer le projet, sans succès à ce jour. Yihai Investment Ltd réaffirme enfin son engagement envers Maurice et dit rester convaincue du potentiel du projet, présenté comme créateur d’emplois et de valeur économique à long terme pour le pays.

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