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Questions à...
Shyam Thanoo l «Eau : le soutien de la population est très important»
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Questions à...
Shyam Thanoo l «Eau : le soutien de la population est très important»
Shyam Thanoo, «General Manager» de la CWA.
Les réservoirs affichent actuellement des niveaux particulièrement bas. Quelle est la gravité de la situation à ce stade ?
La gravité de la situation se situe principalement au niveau de la consommation actuelle. Si nous maintenons le régime de consommation actuel, d’ici deux mois, les niveaux de Mare-aux-Vacoas et de La Nicolière pourraient descendre sous la barre des 20 %. À ce stade, nous ne pourrons plus soutirer de l’eau normalement pour la traiter. Il s’agira davantage d’un mélange d’eau et de boue.
Pour La Nicolière, la situation est particulièrement préoccupante. Nous avons observé une baisse de 3 % du niveau du réservoir en une seule journée. Lorsque le niveau est inférieur à 50 %, une baisse de 3 % représente une diminution très rapide des réserves disponibles. Si cette tendance se poursuit, la situation deviendra extrêmement critique en quelques jours. La Nicolière bénéficie également de l’apport du réservoir de Midlands, grâce à un système permettant de transférer de l’eau vers elle. Mais si la consommation reste au même niveau, il y a un risque que La Nicolière et Midlands atteignent également des niveaux très bas dans les deux à trois prochains mois. Nous sommes actuellement dans la période la plus sèche de l’année. Depuis janvier, les apports en eau sont passés en dessous de la moyenne annuelle. Selon les prévisions météorologiques, la situation risque de rester très difficile dans les prochains mois. Depuis environ un mois, nous avons modifié le régime de distribution lié à Mare-aux-Vacoas afin de mieux gérer la situation et tenter de tenir jusqu’à novembre ou décembre.
Quelle est la situation au niveau des nappes phréatiques ?
Aujourd’hui, les nappes phréatiques contribuent à environ 55 % de la demande en eau du pays. Toutefois, elles enregistrent également un déficit d’environ 30 %. Il faut comprendre que cette baisse vient s’ajouter à la diminution des ressources en eau de surface. Avec 30 % de moins au niveau des nappes phréatiques, nous devons mettre en place des mesures permettant au pays de gérer la situation jusqu’à la fin de l’année. Si aucune action n’est prise, la situation pourrait devenir extrêmement difficile.
Quelles mesures sont envisagées pour faire face à cette situation ?
Nous étudions actuellement plusieurs scénarios afin de gérer au mieux la situation. Parmi les options analysées figurent des restrictions, notamment une éventuelle réduction de la distribution d’eau dans le nord ainsi que dans d’autres régions.
La situation est particulièrement sensible dans le nord, car La Nicolière approvisionne également des agriculteurs qui puisent dans le réservoir pour leurs cultures, notamment la canne à sucre et les légumes. Il faut donc trouver un équilibre entre la nécessité de préserver l’eau potable et l’objectif d’assurer une certaine autonomie alimentaire. Nous allons discuter de ces différents scénarios la semaine prochaine avec le ministère. Des mesures pourraient éventuellement être annoncées au public par la suite. Un autre aspect important concerne les usages non essentiels d’eau, comme le lavage des véhicules, des maisons ou le remplissage des piscines. Nous étudions sérieusement ces éléments afin de sensibiliser davantage la population.
La gestion de cette crise repose sur une responsabilité collective : les autorités, notamment la CWA, la Water Resources Commission et le ministère, doivent agir, mais la population doit également contribuer en réduisant sa consommation.
Concernant les rivières, nous disposons de systèmes de filtration. Toutefois, lorsque les niveaux baissent fortement, l’apport des rivières devient également limité. Avec très peu d’eau disponible, nous risquons d’avoir davantage de boue et de matières qui compliquent le traitement.
Quel bilan faites-vous des nouveaux horaires de distribution d’eau mis en place notamment dans les régions de Vacoas, Curepipe et Saint-Pierre ?
Lorsque nous regardons l’évolution du niveau de Mare-aux-Vacoas, la tendance actuelle n’est plus la même qu’il y a deux ou trois mois. Le régime de distribution mis en place nous permet de mieux gérer la situation. À ce stade, le bilan est satisfaisant pour la CWA. Nous avons également mis à disposition des camions-citernes afin de répondre à certains besoins ponctuels.
Le soutien de la population est très encourageant. Les consommateurs ont fait des efforts pour réduire leur consommation d’eau. Le système de distribution du matin et du soir dans les zones desservies par Mareaux-Vacoas fonctionne correctement. Il y a eu quelques difficultés au début de la mise en place du dispositif, mais aujourd’hui la situation est maîtrisée. Cela concerne environ 150 000 consommateurs dans les régions alimentées par Mare-aux-Vacoas. Dans le nord, ce sont environ 95 000 consommateurs, auxquels s’ajoutent les besoins des agriculteurs.
Quelle est la situation pour le secteur hôtelier ?
À ce stade, nous n’avons pas rencontré de difficultés majeures avec les hôtels. Ils disposent généralement de capacités de stockage adéquates et certains établissements disposent également de systèmes de dessalement. La situation est davantage surveillée dans le nord, mais nous avons déjà géré ce type de situation auparavant et nous pensons pouvoir continuer à le faire.
Concernant les nappes phréatiques, plusieurs compagnies privées puisent actuellement de l’eau souterraine. Si la situation devient extrêmement critique, nous pourrions leur demander de contribuer davantage, notamment en réduisant temporairement leurs prélèvements ou, si nécessaire, en injectant une partie de cette eau dans le réseau public. L’objectif est que tous les acteurs participent à l’effort collectif : secteur public, secteur privé et consommateurs.
La réduction des pertes d’eau reste également un enjeu majeur. Où en est la CWA sur ce dossier ?
La question des pertes d’eau reste effectivement un défi important. Le taux de nonrevenue water dépasse actuellement 60 %, principalement en raison des fuites sur le réseau. Un projet important avance actuellement avec le remplacement de conduites dans le cadre d’une ligne de crédit indienne. Il prévoit notamment le remplacement de 115 km de tuyaux de gros diamètre. Si tout se déroule comme prévu, la première phase devrait débuter en septembre. Cette première étape concernera quatre régions du pays.
Nous travaillons également à améliorer notre système de détection des fuites. Nous bénéficions notamment de l’appui de l’Agence française de développement et d’une expertise indienne utilisant des technologies avancées, notamment l’intelligence artificielle et les drones. Un projet pilote concentré dans le nord devrait démarrer prochainement. Parallèlement, nous étudions d’autres solutions, dont le dessalement de l’eau, qui fait actuellement l’objet d’une étude de faisabilité. Il faut avancer sur plusieurs horizons : des projets à court, moyen et long terme.
Quel message souhaitez-vous adresser à la population ?
Maurice est une zone soumise au stress hydrique et les effets du changement climatique se font déjà sentir. Nous observons également des changements dans les régimes de pluie : récemment, l’est du pays a reçu beaucoup de précipitations alors que le plateau central n’a enregistré que très peu de pluie.
Le message principal est celui de la responsabilité. La population doit gérer sa consommation à son niveau, tout comme les autorités doivent continuer à agir de leur côté afin que le pays puisse traverser cette période difficile. Il faut éviter tout gaspillage. Lorsqu’il y a des épisodes de pluie, il faut essayer de récupérer l’eau autant que possible pour l’arrosage ou le lavage des véhicules. La CWA dispose également de camions-citernes pour accompagner la population lorsque cela est nécessaire.
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