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Rétrospective 2025
Saisies record, profits amputés… et la drogue toujours omniprésente
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Rétrospective 2025
Saisies record, profits amputés… et la drogue toujours omniprésente
L’année 2025 restera significative dans la lutte contre le trafic de drogue à Maurice. Jamais auparavant les autorités n’avaient intercepté autant de stupéfiants, jamais les valeurs marchandes n’avaient atteint de tels sommets et jamais l’appareil de l’État n’avait déployé une riposte aussi visible. Mais elle a aussi exposé un paradoxe troublant : malgré ces coups de filet spectaculaires, la drogue continue de circuler abondamment dans les rues.
Dès les premiers mois de l’année, la pression monte. En mars 2025, deux ressortissants américains, arrivés de Dubaï, sont arrêtés à l’aéroport sir Seewoosagur Ramgoolam avec 48,35 kilos de cannabis dissimulés dans leurs bagages, qui se chiffrent à plusieurs dizaines de millions de roupies. L’enquête confirme l’existence de filières organisées, capables de recruter des passeurs étrangers et d’acheminer des cargaisons volumineuses vers l’île. Le cap est franchi le 29 mai quand une opération conjointe menée par la Mauritius Revenue Authority (MRA) et l’Anti-Drug and Smuggling Unit aboutit à l’arrestation de huit passagers étrangers arrivés à bord d’un vol Emirates en provenance de Dubaï. Les fouilles révèlent 210,74 kilos de cannabis soigneusement conditionnés dans plusieurs valises. Valeur marchande estimée : Rs 252,8 millions. Certaines valises sont équipées de traceurs électroniques, témoignant d’un trafic structuré, planifié et financé à l’international.
L’élan ne faiblit pas. En juin, six Britanniques et un Roumain sont interceptés à leur arrivée d’un vol en provenance de Londres. Ils transportent 161 kilos de cannabis, d’une valeur estimée à Rs 195 millions. En l’espace de quatre mois, plus de 420 kilos de cannabis sont saisis à l’aéroport, un volume qui dépasse à lui seul les totaux annuels de plusieurs exercices précédents. Maurice n’est plus seulement une destination finale, mais aussi un hub logistique convoité.
De l’aéroport à la haute mer, puis à l’argent du trafic
C’est toutefois en novembre que l’année bascule définitivement dans l’exceptionnel. Le 9 novembre, les autorités mauriciennes interceptent 433,10 kilos de cocaïne à bord du cargo grec MV Alpha Bravery, redirigé vers Port-Louis. La drogue est dissimulée dans la salle des machines. Sa valeur marchande est estimée à plus de Rs 6,5 milliards. Il s’agit de la plus importante saisie de cocaïne jamais enregistrée à Maurice et de l’une des plus significatives dans toute la région de l’océan Indien. L’opération est déclenchée après l’alerte donnée par un officier du navire, inquiet des conséquences d’une découverte dans un autre port international. La réaction des autorités est immédiate : police, National Coast Guard, douanes et partenaires étrangers coordonnent l’intervention. Cette saisie confirme une réalité stratégique inquiétante : les routes maritimes reliant l’Amérique latine à l’Asie passent désormais par les eaux mauriciennes, faisant de l’île un point de transit à haut risque.
Parallèlement aux stupéfiants, en 2025, la Financial Crimes Commission (FCC) intensifie ses enquêtes financières et ses saisies d’avoirs. Le 5 août, une vaste opération menée conjointement avec la police, la MRA et le bureau du Directeur des poursuites publiques conduit à la saisie de plus de 22 véhicules de luxe ainsi que deux bateaux de plaisance et Rs 2,25 millions en liquide. En septembre, la FCC frappe un autre symbole fort. Dans une enquête portant sur l’enrichissement jugé disproportionné de l’homme d’affaires Wendip Appaya, elle saisit trois voitures de luxe d’une valeur cumulée estimée à Rs 79 millions. L’objectif affiché est clair : remonter les circuits financiers, tarir les sources de blanchiment et démontrer que le trafic ne se combat pas uniquement par des arrestations, mais aussi par la confiscation systématique des gains.
Pourtant, malgré ces chiffres spectaculaires, la drogue reste omniprésente sur le terrain. Dans de nombreux quartiers, les consommateurs témoignent d’une disponibilité constante des substances à des prix qui n’ont pas significativement augmenté. Plus grave encore, les overdoses continuent de faire des victimes, dans une relative invisibilité. Depuis 2022, les autorités ne publient plus de statistiques officielles sur les décès par overdose. Cette année-là, 44 décès avaient été recensés. Les organisations non gouvernementales spécialisées estiment aujourd’hui ce chiffre largement sous-évalué. Selon leurs observations de terrain, le nombre réel d’overdoses annuelles frôlerait désormais les centaines. Une hécatombe silencieuse, absente des bilans officiels, mais bien réelle dans les hôpitaux, les morgues et les familles endeuillées.
À la clôture de 2025, le bilan est donc contrasté. D’un côté, une année record en matière de saisies, marquée par des coups de filet historiques et une offensive assumée contre les avoirs criminels. De l’autre, une réalité sociale persistante : la consommation continue, les overdoses se multiplient et les chiffres manquent pour en mesurer pleinement l’ampleur.
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