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«Public Accounts Committee»
Rs 213 millions de médicaments périmés
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«Public Accounts Committee»
Rs 213 millions de médicaments périmés
En sus des entrepôts délabrés, la gestion des stocks repose sur des registres manuscrits et la mémoire des employés.
Des entrepôts envahis par les rats, des médicaments périssables stockés sans électricité ni climatisation, des travailleurs sans équipement de protection dans des bâtiments en ruine – tout cela pour des stocks pharmaceutiques évalués à Rs 1,8 milliard. Le rapport spécial du Public Accounts Committee (PAC), publié le 27 avril, dresse un tableau accablant de la Central Supplies Division (CSD) du ministère de la Santé.
L’express en décortique les révélations. Imaginez une salle sans lumière, sans climatisation, avec des racines de banian qui percent les murs et des morceaux de plafond qui tombent au sol pendant votre visite. Ce n’est pas une scène de film d’horreur – c’est la réalité quotidienne de la CSD du ministère de la Santé, telle que découverte par les membres du PAC lors de leur site visits en septembre et octobre 2025. En effet, la CSD gère cinq entrepôts à Maurice : quatre à Plaine-Lauzun et un à New-Grove. Constituant la colonne vertébrale de la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique publique, ils reçoivent, stockent et distribuent médicaments, vaccins, et fournitures médicales à l’ensemble des institutions de santé publique du pays.
Entrepôts sans électricité, avec des rats
Au moins trois des entrepôts de Plaine-Lauzun n’avaient «aucune installation électrique». Pas d’électricité, pas de climatisation, pas de ventilation adéquate. Des médicaments sensibles – dont des formulations pédiatriques comme le paracétamol pour nourrissons – étaient entreposés dans des conditions de chaleur et d’humidité dépassant largement les seuils recommandés par les fabricants. La raison ? L’Electrical Services Division (ESD) aurait refusé d’autoriser leur électrification au motif que les bâtiments étaient «condamnés». Or, toujours selon le rapport, il s’avère que l’ESD «occupait le premier étage de l’un de ces mêmes bâtiments», avec éclairage et climatisation en plein fonctionnement. Pendant ce temps, le rez-de-chaussée, occupé par la CSD pour stocker des médicaments destinés aux patients, restait plongé dans l’obscurité.
Autre fait notable : le ministère de la Santé s’est révélé incapable de produire le moindre document prouvant qu’il avait formulé une demande d’installation électrique, ni que les bâtiments avaient bien été formellement condamnés. Ce n’est qu’après les visites du PAC que des démarches ont finalement été initiées.
Parmi les révélations les plus alarmantes du rapport figure l’infestation par les rongeurs. Sur les cinq entrepôts de la CSD, «quatre sont touchés» par ce problème. Le plus gravement affecté est la section C à Plaine-Lauzun, où sont stockés fluides pour IV, sirops, solvants et fournitures médicales liquides. Lors de la visite de septembre 2025, le PAC a observé des entrées visibles pour les nuisibles – trous et ouvertures dans les murs dégradés – et les officiers ont confirmé que des rats endommagent régulièrement les emballages et boîtes contenant médicaments et fluides. La section C est également dépourvue d’électricité, obligeant les travailleurs à recourir à des éclairages de fortune.
Le rapport précise également qu’au moment de sa rédaction, le pays faisait face à «une épidémie significative de leptospirose» – maladie potentiellement fatale associée aux rongeurs – avec une quinzaine de cas signalés et quatre décès. Stocker des médicaments destinés aux patients du service public dans des entrepôts infestés de rats dans ce contexte n’est pas seulement une défaillance administrative : c’est, selon le PAC, «une préoccupation sérieuse et immédiate de santé publique».
Les chiffres financiers sont vertigineux. Selon les rapports de l’Audit des années 2021 à 2024, les stocks pharmaceutiques de la CSD au 30 juin 2023 étaient évalués à Rs 1,8 milliard, pour des dépenses en médicaments, drogues et vaccins de Rs 1,4 milliard pour le seul exercice 2023- 24 et Rs 213 millions de produits médicaux ont été enregistrés comme périmés dans le système électronique de gestion des stocks pour la période janvier 2020-août 2023. À cela s’ajoutent Rs 83,3 millions de loyers, sécurité et nettoyage sur trois exercices financiers – conséquence directe de l’absence d’un entrepôt centralisé – ainsi que Rs 28,6 millions supplémentaires en frais de stockage et de surestaries, faute d’une capacité d’entreposage suffisante. À eux seuls, les manquements de la CSD coûtent des centaines de millions de roupies au contribuable mauricien, avant même que l’on commence à comptabiliser les médicaments détériorés ou rendus inefficaces par des conditions de stockage inadéquates.
À New-Grove, le PAC a observé une situation particulière : des lots de médicaments périmés – certains depuis janvier 2025 – occupaient les salles climatisées de l’entrepôt, tandis que des produits sensibles (solutions de dialyse, fluides IV, fournitures chirurgicales) continuaient à être stockés dans les entrepôts dégradés et infestés de rats de Plaine-Lauzun. L’espace climatisé de New-Grove fonctionnait, «bien en dessous de sa capacité», alors que le ministère invoquait régulièrement le manque d’espace comme principale difficulté opérationnelle.
La CSD dispose théoriquement d’un Electronic Inventory Management System (EIMS), pour le suivi en temps réel des stocks par code-barres. Or, l’EIMS est «totalement inopérant» : absence d’électricité et de connectivité réseau, impossibilité d’installer des terminaux informatiques dans des bâtiments officiellement condamnés. Résultat : la gestion des stocks repose sur des registres manuscrits et la mémoire des employés. Les photos annexées au rapport sont édifiantes – on y voit un cahier à lignes rempli à la main, daté de septembre-octobre 2025, listant des médicaments comme l’aspirine, l’acide ascorbique ou la cyclosporine, avec des croix indiquant les ruptures de stock. Alors que le projet eHealth aspire à numériser l’ensemble du système de santé, cette situation pose des interrogations sur la capacité des autorités à réaliser une telle ambition.
Absence de sécurité
Le tableau sécuritaire est tout aussi préoccupant. Malgré la valeur considérable des stocks – incluant des substances contrôlées comme la méthadone à l’entrepôt principal de Plaine-Lauzun – «aucune sentinelle policière» n’était postée pendant les heures de travail et «aucune caméra CCTV» installée dans les zones de stockage. Des barils d’alcool hautement inflammable – pour désinfecter les équipements – étaient stockés à l’extérieur, «sous le soleil direct» et sans signalisation «Défense de fumer». L’alcool était transvasé manuellement dans des contenants plus petits, entraînant des déversements fréquents créant un risque d’incendie majeur. Aucun certificat d’incendie n’existe pour les entrepôts de Plaine-Lauzun. Aucun système de sprinklers, de bouche d’incendie ou d’alarme relié aux pompiers.
À la section C, un employé était affecté à des tâches dans un environnement d’«effondrement avancé» : morceaux de plafond tombant pendant la visite ; poussière de ciment et moisissures en suspension dans l’air ; odeur nauséabonde de réactifs concentrés fuyant de récipients contenant des fluides de dialyse. Cet employé avait «déjà été hospitalisé» à cause de ses conditions de travail et aucune mesure corrective significative n’avait été prise : aucun masque, gant ou équipement de protection.
La solution est connue depuis longtemps. La construction d’un entrepôt centralisé et moderne est envisagée depuis… 2009. Dix-sept ans plus tard, aucune mise en œuvre concrète. Le coût estimé a entre-temps explosé : d’environ Rs 60 millions à l’origine, il atteint désormais «Rs 2,2 milliards», selon les estimations de 2023. Comble de la situation : à ce jour, le ministère de la Santé n’a même pas identifié de site définitif pour cette infrastructure, pourtant qualifiée de «priorité urgente et absolue» par le PAC.
Le PAC recommande donc la création immédiate d’un «High-Level Steering Committee» regroupant les ministères de la Santé, des Finances, du Logement et des Infrastructures, avec un mandat clair pour accélérer le projet dans des délais définis. En attendant, une série de mesures d’urgence est prescrite : électrification immédiate des entrepôts, réhabilitation des infrastructures, fermeture de la section C de Plaine-Lauzun, déploiement de personnels et d’équipements de manutention, instauration d’une surveillance armée et de CCTV, et la mise en place d’une filière dédiée d’incinération des déchets pharmaceutiques. Le PAC conclut son rapport: «Aucune personne ne devrait être contrainte de travailler dans des conditions présentant de tels risques sérieux pour sa santé et sa sécurité.»
Adrien Duval parle de plusieurs préoccupations sérieuses
Adrien Duval, chairperson du PAC, explique que sous le Standing Order 70(14)(b), un special report peut être présenté à l’Assemblée nationale avant même le rapport final, afin d’attirer l’attention sur des questions urgentes relevant du mandat du PAC : «Le PAC a relevé plusieurs préoccupations sérieuses concernant notamment les conditions d’entreposage, la gestion des stocks, la sécurité, l’état des infrastructures et la conservation des médicaments et produits médicaux destinés aux patients du service public.»
Le ministre Bachoo : «Nous n’avons rien à voir avec cela»
«Le rapport concerne la période 2021- 2024. Nous n’avons rien à voir avec cela. Le rapport du PAC, juste après 2014, ne mentionnait rien de cela, ce qui signifie que les dégradations concernent la période des dix dernières années, où il n’y a eu aucun investissement ou maintenance.» Pour la responsabilité du gouvernement actuel, il explique : «Lorsque nous avons pris le pouvoir, nous étions déjà asphyxiés par presque Rs 2 milliards de dettes à gauche et à droite. Notre priorité était de mettre de l’ordre dans les finances et de s’occuper de l’aspect preventive and curative.» Pour se défaire des médicaments périmés de plus de Rs 200 millions, il précise : «Il y a un protocole au ministère de l’Environnement à suivre.»
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