Publicité

Dossier Chagos

Reprise des débats le 23 février, défi ouvert de Malé

15 février 2026, 07:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Reprise des débats le 23 février, défi ouvert de Malé

Le dossier Chagos connaît un nouveau rebondissement. Le conseil des ministres du vendredi 13 février souligne que les débats sur le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill devraient reprendre à la Chambre des Lords lundi 23 février 2026. Le gouvernement affirme suivre «de près» l’évolution du processus parlementaire britannique, alors que le projet de loi, pièce maîtresse de l’accord entre Londres et Maurice sur l’avenir de l’archipel, demeure enlisé à Westminster.

En même temps, une délégation de haut niveau des États-Unis est attendue à Maurice les 24 et 25 février pour des discussions autour d’un projet d’Accord de partenariat sécuritaire États-Unis–Maurice et d’un renforcement de la coopération dans l’océan Indien occidental. À Londres, le gouvernement britannique a confirmé que le texte ne serait pas réinscrit à l’ordre du jour avant la pause parlementaire de février. Les whips gouvernementaux ont décidé de ne pas ramener le projet devant les Lords avant la suspension des travaux, repoussant toute nouvelle étape au-delà du 23 février.

Ce report constitue un revers supplémentaire pour le Premier ministre britannique Sir Keir Starmer, dont l’accord sur l’avenir des Chagos fait déjà l’objet de critiques. Plus tôt dans la semaine, des spéculations avaient émergé à Westminster après l’apparition d’un créneau inattendu dans les travaux des Lords et l’imposition d’un «three-line whip» aux pairs travaillistes – signal d’une mobilisation maximale pour un vote crucial. Certains y voyaient la préparation d’un retour accéléré du texte afin de sécuriser la ratification.

Donald Trump ravive la controverse

La polémique a été amplifiée par une déclaration de Donald Trump sur Truth Social. L’ancien président américain a évoqué des «discussions très productives» avec Keir Starmer sur Diego Garcia, qualifiant l’île de site d’«importance majeure pour la sécurité nationale des États-Unis». S’il dit comprendre que l’accord conclu par Londres serait «selon beaucoup, le meilleur possible», il a aussi lancé un avertissement ferme : si le bail venait à s’effondrer ou si les forces américaines étaient menacées, il se réserverait «le droit de sécuriser et de renforcer militairement la présence américaine». Il a ajouté qu’il ne permettrait jamais que la présence américaine soit compromise par de «fausses allégations ou absurdités environnementales».

Ces propos ne constituent pas un soutien explicite au règlement global de la question des Chagos, mais ils soulignent la détermination de Washington à préserver un accès sans entrave à la base de Diego Garcia. Cette posture accroît la pression sur Londres, alors que le processus parlementaire reste bloqué. Du côté mauricien, le Cabinet affirme suivre attentivement l’évolution des débats britanniques.

***** 

Maldives : volte-face de Muizzu et nouvelle tension régionale

Le 2 février 2026, le président maldivien Mohamed Muizzu a déclaré devant son Parlement que les Maldives ne reconnaîtraient plus la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos et intégreraient les zones maritimes chevauchantes dans leur zone économique exclusive (ZEE). Cette position marque un revirement par rapport à la politique de l’ancien président Ibrahim Solih et semble ignorer le règlement de délimitation maritime rendu en 2023 par le Tribunal international du droit de la mer (TIDM). Londres a rapidement réagi en affirmant que la question de souveraineté sur les Chagos relevait exclusivement des relations entre le Royaume-Uni et Maurice. Le Foreign Office a rappelé que «diverses juridictions et institutions ont clairement établi que la question de souveraineté concerne le Royaume-Uni et Maurice». Il a également insisté sur le fait que le traité concernant Diego Garcia comporte des «dispositions de sécurité robustes» destinées à protéger la base militaire «pour les générations à venir». La prise de position de Malé complique davantage l’équation stratégique régionale, notamment pour l’Inde, tout en ravivant les tensions diplomatiques dans l’océan Indien.

***** 

Quatre mois sans décision : le recours judiciaire chagossien toujours gelé

Près de quatre mois après une audience urgente devant la Haute Cour de Londres, les représentants chagossiens Louis Misley Mandarin et Louis Michel Mandarin attendent toujours une décision sur leur demande de judicial review. Introduit le 24 juin 2025, le recours conteste des décisions et omissions du Foreign, Commonwealth and Development Office concernant Diego Garcia et l’avenir des Chagos. La Haute Cour avait reconnu l’urgence du dossier dans les 48 heures suivant son dépôt. L’audience orale s’est tenue le 28 octobre 2025 et le jugement avait été annoncé «prochainement». Il n’a toujours pas été rendu.

La question à ce stade n’est pas de trancher le fond du litige, mais de déterminer si la demande est recevable – un seuil juridique généralement considéré comme peu élevé. Or, sans décision, l’affaire ne peut progresser vers une audience complète ni faire l’objet d’un appel. Entre-temps, les discussions parlementaires sur Diego Garcia ont continué, la souveraineté demeure débattue et, en décembre 2025, la communauté chagossienne a annoncé la création d’un «gouvernement en exil», invoquant l’urgence de la représentation politique. «Justice retardée, justice refusée», a déclaré Misley Mandarin, estimant que les Chagossiens ne peuvent rester indéfiniment dans l’incertitude alors que des décisions majeures sont prises concernant leur terre natale.

Publicité