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Vieillir dignement

Repenser la place des personnes très âgées dans notre société

7 février 2026, 14:00

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Repenser la place des personnes très âgées dans notre société

■ Thérèse Claire Rose en compagnie de la ministre Arianne Navarre-Marie, a soufflé ses 100 bougies, le 29 janvier dernier.

La disparition d’Olivette Labonne, doyenne des Mauriciens à 110 ans, le 31 janvier, ramène au premier plan une question sensible : quelle place accorde-t-on aux personnes très âgées dans la société d’aujourd’hui ? Au-delà de l’émotion légitime suscitée par ce décès, il convient d’examiner les dimensions humaines, sociales et politiques liées au vieillissement extrême.

D’après les chiffres officiels, à décembre 2025, la République de Maurice comptait 213 centenaires, dont 203 à Maurice et 10 à Rodrigues. Pour le mois de janvier, quatre nouveaux centenaires ont rejoint la liste, Marie Irène Domah, née de 6 janvier 1926, Marie Suzanne Etiennette, née le 11 janvier 1926, Beebee Momeen Azmutally, née le 27 janvier 1926 et Thérèse Claire Rose, née le 29 janvier 1926.

Au 11 décembre 2021, la République comptait 177 centenaires. En janvier 2022, ils étaient 174 à Maurice et Rodrigues. À la mi-2023, la République de Maurice recensait plus de 170 centenaires, dont une grande majorité de femmes.

En 2021, une personne qui soufflait ses 100 bougies recevait un chèque de Rs 21 836. Aujourd’hui, cette somme est de Rs 26 203. En 2021, la pension mensuelle accordée aux centenaires était de Rs 21 710. En 2026, cette pension est de Rs 28 735 pour ceux et celles âgées de 100 et plus. De plus, parmi les autres aides financières offertes aux centenaires, il y a un Carer’s Allowance (sujet à un test médical) de Rs 3 500 par mois, une subvention pour l’achat de médicaments de Rs 1 459 et un CSG Retirement Benefit de Rs 2 500. Les personnes âgées bénéficient aussi d’une visite médicale gratuite à domicile et d’après les chiffres du ministère, une personne centenaire coûte à l’Etat Rs 425 000 par an. Le vieillissement de la population pèse sur les budgets de santé et de protection sociale c’est sûr, mais il faut éviter les débats qui réduiraient les personnes âgées à un coût.

D’abord, il y a l’aspect humain. Les centenaires incarnent une mémoire vivante. Perdre une personne de cette génération, c’est perdre un lien direct avec le passé. Leur longévité invite au respect et à la reconnaissance. Aussi, l’écoute de leurs récits, la prise en compte de leurs préférences quotidiennes renforcent leur dignité. Selon Vijay Naraidoo, président du Senior Citizens Council (SCC), «l’esprit de famille est toujours présent et nos aînés, surtout les femmes, continuent de transmettre les valeurs et cultures ancestrales à la jeune génération.» Ensuite, il y a les soins et l’accompagnement. À mesure que l’espérance de vie augmente, la question des structures adaptées devient cruciale mais aussi des soins à domicile, des maisons de retraite de qualité, des équipes médicales formées aux besoins des personnes très âgées. «Les homes sont un business lucratif au vu des buildings qui font pâlir même les hôtels. Mais dans la mesure où le résident obtient un service qu’il recherche et peut se le permettre, cela ne doit déranger personne», souligne encore Vijay Naraidoo, qui est aussi d’avis qu’il faut diversifier les loisirs dans les homes.

La dimension économique et politique n’est pas négligeable. Il faut rappeler que face à la situation critique de notre économie, le gouvernement a instauré une réforme majeure, augmentant progressivement l’âge d’éligibilité à la Basic Retirement Pension (BRP) de 60 à 65 ans sur une période de dix ans à compter de septembre 2026 afin d’assurer la pérennité du système. En valeur absolue, le BRP est passé de Rs 5,97 milliards en 2010 à Rs 13,1 milliards en 2015- 2016 puis à Rs 27,9 milliards en 2020-2021, et enfin à Rs 55,4 milliards en 2024- 2025. De même, le pourcentage de personnes âgées augmentera considérablement avec le vieillissement de la population. Et d’environ 20 % aujourd’hui, il passera à 30 % en 2051.

Face à une population vieillissante, les analystes affirment que les politiques publiques doivent soutenir les familles qui gardent leurs personnes âgées à domicile et investir dans la prévention et les soins gériatriques. Enfin, il y a un enjeu culturel : comment valoriser la vieillesse dans un monde qui privilégie souvent la jeunesse ? Donner une place visible aux personnes âgées dans la vie publique, encourager les échanges intergénérationnels et lutter contre les stéréotypes permettraient de reconnaître leur contribution continue. Les centenaires ne sont pas seulement des sujets de fascination ; ce sont des citoyens dont le bien-être mérite attention et investissement.

Une vie longue porte une histoire unique que la société gagne à intégrer et à respecter. Penser la place des personnes très âgées, ce n’est pas seulement gérer des conséquences démographiques : c’est affirmer des choix de civilisation, fondés sur le respect, la solidarité et la dignité humaine.

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