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Crise au sommet
Ramgoolam et Bérenger restent inflexibles
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Crise au sommet
Ramgoolam et Bérenger restent inflexibles
Les tensions entre le Parti travailliste (PTr) et le Mouvement militant mauricien (MMM) sont palpables, malgré les tentatives de communication politique des ministres – essentiellement mauves – qui redoutent une cassure. À la sortie du Bureau politique (BP) de jeudi, Ajay Gunness a même déclaré que c’est «la presse qui a inventé la crise» entre le n°1 et le n°2 du gouvernement.
Le tête-à-tête de jeudi entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger n’aura pas permis d’aplanir les différends ; il aurait, au contraire, mis en lumière leurs divergences profondes. Alors que Bérenger laissait entendre à ses proches que Ramgoolam aurait accepté de «faire partir les canards boiteux», le Premier ministre affirmait qu’il «ne ferait plus de concessions en sacrifiant ses pairs». Ce qui devait être une réconciliation n’aura été, finalement, qu’une trêve éphémère.
Selon des sources proches du parti, Paul Bérenger aurait maintenu sa position initiale. «Gete zot, mwa mo pou ale mwa», aurait lancé le Deputy Prime Minister, déterminé à aller jusqu’au bout de sa logique de rupture. À cela, Ramgoolam aurait rétorqué : «J’ai fait ce que j’ai pu pour satisfaire à ses demandes, mais là, il va trop loin.»
Samedi, lors d’un comité central houleux, les fissures internes du MMM sont apparues au grand jour, après les discussions feutrées tenues au BP de jeudi. Les échanges, plus vifs que prévu, ont révélé une fracture générationnelle. D’après plusieurs membres présents, «une véritable guerre froide» s’est installée entre les vétérans et la nouvelle garde incarnée par Joanna Bérenger. Cette dernière, symbole du renouveau, serait toutefois prête à suivre son père si le parti devait claquer la porte de l’Alliance.
«Zenes militan solider ar lider kamarad Paul», aurait confié un jeune militant proche de Joanna Bérenger, alors que plusieurs ministres MMM ne partagent pas cet enthousiasme. Selon nos informations, les anciens redoutent une perte immédiate de pouvoir.
Plusieurs nominations au sein d’organismes publics ou parapublics, où les Mauves occupent des postes stratégiques, pourraient être remises en cause en cas de rupture. Un vétéran a d’ailleurs confié : «Mo pa pou retourn dan lopozision ankor. Si bizin, mo pran mo retret politik.»
Conscient de l’ampleur de la division, Paul Bérenger aurait entamé une série de rencontres individuelles avec les membres de son parti, dans le but de calmer les esprits et de rallier les hésitants à sa cause. L’homme fort du MMM refuse de céder à la pression interne ou externe. Malgré son âge et les doutes sur sa santé, il semble déterminé à reprendre la main et à imposer sa ligne politique. Mais les signes d’usure se multiplient et certains cadres du parti évoquent déjà «la fin d’un cycle».
Désaccords de fond
Du côté du PTr, le ton est tout aussi ferme. Selon son entourage, Navin Ramgoolam aurait fait savoir qu’il ne céderait à aucune exigence liée aux «nominés rouges» ou à d’éventuels réajustements imposés par les Mauves. Des seconds couteaux du gouvernement confient que les tensions entre les deux leaders dépassent de loin la question des nominations. Il s’agit de désaccords de fond.
L’un de ces différends porte sur la réforme électorale, plus particulièrement sur le maintien – ou non – du Best Loser System (BLS). Le leader du MMM ne souhaite pas l’éliminer complètement et voudrait le préserver tout en y intégrant une dose de proportionnelle. Or, Ramgoolam, lui, souhaite le supprimer totalement : selon lui, le BLS et la proportionnelle ne peuvent coexister car c’est une contradiction.
Les deux dirigeants ne partagent pas non plus la même vision économique. L’un prône une roupie forte pour stabiliser le pouvoir d’achat et contenir l’inflation, tandis que l’autre plaide pour une politique monétaire plus souple, estimant qu’il faut laisser la roupie se déprécier. «L’un des nœuds du problème, c’est la direction que doit prendre la roupie», souligne notre interlocuteur.
Plusieurs observateurs notent que si Paul Bérenger quitte l’Alliance du changement sans entraîner au moins la moitié de ses membres, cela risquerait de discréditer le MMM, ce qui expliquerait sa prudence actuelle. Des ministres confient que le plan du leader mauve serait clair : en cas de rupture avec le PTr, il souhaiterait que Joanna Bérenger devienne cheffe de l’opposition, et non Reza Uteem.
La tension s’est aussi manifestée dans les symboles. Lors de la cérémonie du Remembrance Day 2025 au War Memorial devant le collège Royal de Curepipe, hier, l’état-major du MMM a brillé par son absence (voir plus loin). Seul le député mauve de la circonscription no 8 (Moka–Quartier-Militaire) Govinden Ventakasami (qui avait plaidé pour colmater les brèches avec le PTr au dernier BP mauve) a été aperçu à la cérémonie.
Ajay Gunness, ministre et député de la circonscription no 17, où se tenait l’événement, avait, selon nos informations, délégué Ventakasami, invoquant une obligation familiale. Les autres partenaires de l’Alliance – PTr, Rezistans ek Alternativ et Nouveaux Démocrates – étaient, eux, bien représentés, donnant l’impression d’un MMM marginalisé, voire en retrait volontaire.
Les prochains jours s’annoncent décisifs. Tandis que Paul Bérenger multiplie les consultations internes, Navin Ramgoolam resserre les rangs au sein de son parti.
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