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Obituaire
Rajen Dyalah : un militant s’en est allé
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Rajen Dyalah : un militant s’en est allé
Les mauvaises nouvelles tombent souvent la nuit. Avant minuit. Jeudi soir aux environs de 22 heures, Jérôme Boulle me prévient que notre ami Rajen avait été admis en clinique la veille et qu’il était au plus mal, selon son épouse Amrita. Rajen avait été malade et était même parti en Inde pour se faire opérer et depuis, il ne jouissait plus d’une bonne santé. Vers 23 heures, Jérôme revient à la charge pour m’annoncer son décès. Cette disparition touche toute une génération de militants (du Mouvement militant mauricien), ceux de la première heure, des années de braise, et la deuxième (des élections de 1976).
Rajen Dyalah est en effet l’une des figures historiques du MMM et de la génération militante des années 1970. Originaire de Port-Louis, il a été marqué très jeune par les tensions communautaires de 1968, qu’il évoquait (dans ses entretiens de l’époque) comme un traumatisme ayant renforcé chez lui la volonté de défendre le ‘mauricianisme’ et le vivre-ensemble qu’incarnait à l’époque Paul Bérenger.
Élu pour la première fois dans la circonscription n°1 (Port-Louis-Ouest/ Grande-Rivière-Nord-Ouest) aux élections générales du 20 décembre 1976, il faisait partie du premier trio de députés MMM élus dans cette circonscription, avec Jack Bizlall et Jérôme Boulle. Il a été réélu au n°1 en 1982, aux côtés de Mathieu Laclé et Jérôme Boulle, élu aussi aux élections municipales de 1982 et est sorti en tête de liste en 1983 avec les mêmes colistiers. Un exploit qu’il a réédité en 1987 et c’est dans un fauteuil qu’il aurait été réélu en 1991. Mais sacrifié sur l’autel de l’Alliance MMM/Mouvement socialiste militant en 1991, dans un esprit de sacrifice, il a cédé sa place, sans rechigner, à Alain Laridon, tout en participant activement à la campagne électorale.
Pour notre génération, les meilleurs souvenirs sont ceux des années de la répression. Surtout quand 14 d’entre nous nous sommes retrouvés en prison à la suite d’une manifestation contre la hausse du ticket d’autobus en 1978, condamnés à trois mois sous le Public Order Act. La liste officielle : Finlay Salesse, Rajiv Servansingh, Jérôme Boulle, Noël Lee Cheong Lem, Bashir Khodabux, Osman Gendoo (décédé), Krishna Baligadoo (décédé) – (députés MMM) ; Rama Poonoosamy, Nasool Dilmohamed (décédé), Mathieu Laclé (décédé), conseillers municipaux, Serge Rayapoullé, syndicaliste (décédé). Les noms de Rajen Dyalah et d’Amedée Darga ne figurent pas dans cette charrette parce qu’ils nous avaient précédés, condamnés pour un délit antérieur de la même nature. Il est utile de préciser que Rajen avait été aussi emprisonné de novembre 1971 à décembre 1972. Et fort de cette expérience, il était en quelque sorte notre guide intra-muros. Cette répression brutale nous a soudés à vie dans une amitié inébranlable quelles que furent nos orientations par la suite.
Rajen Dyalah a ensuite épousé Amrita Auckloo, responsable d’une galerie d’art à Grand-Baie, le 12 septembre 1992. Ses funérailles auront lieu aujourd’hui. Il avait 79 ans.
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