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Mo Kiltir

Un plan économique pour la musique

18 septembre 2026, 22:00

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Un plan économique pour la musique

■ Menwar et Ernest Wiehe.

Alors que la santé de la musique se porte bien dans le monde, chez nous, on est dans le déclin aux niveaux financier, de la production et de la promotion. Pourtant, on retrouve plus de titres sur la table de mixage qu’avant, mais peu d’entre eux se démarquent du lot. Moins d’albums mais plus de singles baignant dans le même bassin sonore. La méthode de produire ou de vendre la musique de chez nous, l’exploration de genres musicaux, la conservation de nos racines et son exploitation comme vecteur d’originalité sont autant de chemins à parcourir pour changer la donne.

On note depuis dix ans un fort recul dans les genres de musiques produites à Maurice. Face à une proposition locale réduite à quatre styles, on limite la pénétration sur les autres marchés sur les plateformes de ventes digitales. Cette observation s’appuie sur les sorties discographiques locales sur ces plateformes digitales. Le physique étant en voie de disparition, le compact disc (CD) est fabriqué pour les besoins de la promotion et non pour le marché commercial. Résultant d’un manque à gagner des acteurs qui n’ont que les plateformes comme sources de revenus. Le retour en force du vinyle reste le seul support physique qui fait de la résistance, avec une hausse de la vente au niveau mondial. Ce qui pousse les artistes à s’orienter vers une tendance musicale plus mainstream, avec l’ambition de toucher une grande audience et faire plus de vente. Mais ce n’est pas gagné d’avance. Certains passent le test, beaucoup échouent.

World Music locale

La production de phonogramme (chanson) dans le registre de la World Music locale a connu une baisse drastique. Il devient de plus en plus rare de voir la publication d’un titre de musique du monde par nos artistes. Les mélomanes, consommateurs de musique d’ici, se souviennent des années 2000 où la scène underground était vivante, avec une pléiade d’artistes proposant un registre sonores élargi allant du blues au jazz en passant par le rock, l’afro et l’orientale… tout en distillant une fusion de styles donnant un bouquet coloré et atypique.

Le sagai de Menwar faisait le tour du monde. Le blues kreol d’Eric Triton résonnait sur la scène de l’Olympia (France) et dans les 52 Zénith de l’Hexagone. Ernest Wiehe, considéré comme le précurseur du jazz à Maurice, revenait de Berklee (Boston, ÉtatsUnis), pour faire jazzer son île. Le segazz de Philippe Thomas (Thomas Brothers) prenait naissance. OSB Crew donnait à la street music une place au soleil mauricien avec son raggamuffin kreol. Ces artistes confirmés ont fait des émules qui ont surfé sur ces mêmes vagues musicales. On pense à Blackmen Bluz, Zanzak Arjoon (Joker), Richard Beaugendre, Zemoga, Etae (Parfin ou Loder), Kama Moja, La Foule, pour ne citer qu’eux.

Manque de variation

Le constat est dur, mais on a pris comme habitude, chez nos artistes, de faire des variations sur le même temps sonore. En terme de chiffre, le shatta-afrobeat l’emporte avec des sorties hebdomadaires, le sega et le seggae-reggae sont en second plan. Le bhojpuri connaît aussi une baisse au niveau de la production ainsi qu’en termes de prestations. On tourne autour du sega, seggae, reggae, shatta-afrobeat comme les quatre registres majeurs. Les autres genres ne sortent que périodiquement, mais ne se retrouvent jamais dans le mainstream comme avant. Il n’y a qu’à voir la programmation des lieux de diffusion de musique live. On reprend les mêmes et on recommence. Les festivals suivent la même voie sans pudeur. Et finissent tous par se ressembler comme deux gouttes d’eau de mer.

Croissance en berne

Si le monde note une hausse de croissance de 6 % dans les revenus pour le secteur de la musique sur l’année 2025 (voir ci-dessous), chez nous, on est en mode «dépôt de bilan» depuis l’après-Covid.

N’ayant pas de régulateur financier dans le monde de l’événementiel à Maurice, il est difficile de dégager des chiffres officiels pour faire un constat ou une comparaison. Toutefois, il n’est pas compliqué de décompter le nombre de concerts, de publications d’albums (pas de singles), de tournées locales, régionales et internationales de nos artistes locaux, depuis ces cinq dernières années, pour comprendre qu’il y a une baisse à tous les niveaux des opérations. Attestant, avec des arguments forts, d’un déphasage avec la tendance mondiale, le rapport 2025 de la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI) met à rude épreuve l’image que d’aucuns projettent de la musique comme un non-métier, sans revenu stable. Il est grand temps de faire l’autopsie de cette mort artificielle de la croissance dans le couloir de la musique locale.

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État des lieux de la musique dans le monde

Le rapport sur la musique dans le monde publié par l’IFPI constate que le marché est en croissance pour la 11e année consécutive, avec des revenus qui atteignent 31,7 milliards de dollars en 2025, en hausse de plus de 6 % par rapport à 2024. Le marché progresse en Amérique du Nord et en Europe, et encore plus vite en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, qui affichent une croissance à deux chiffres. L’Amérique latine caracole en tête, avec une hausse de 17 % en un an. Des progressions portées par le streaming payant, qui représente désormais plus de la moitié du marché mondial de la musique. Mais le numérique ne doit pas effacer la bonne santé des supports physiques, portés par le vinyle, dont les revenus progressent de presque 14 % en un an. L’industrie de la musique s’est donc bien redressée après une traversée du désert qui a duré 15 ans, entre 2002 et 2015. Le marché avait perdu deux tiers de sa valeur à cause du piratage massif dû à l’arrivée d’internet dans les foyers. Il a fallu reconstruire un modèle attractif et force est de constater que cela a fonctionné. Mais ça ne doit pas faire oublier une nouvelle venue, qui bouscule la donne : l’intelligence artificielle (IA). Les outils d’IA se servent allègrement dans les catalogues musicaux, sans rémunérer en retour. Les contenus générés par IA entrent également en concurrence avec ceux des artistes. Une double menace qui, si elle n’est pas jugulée, pourrait bien venir ternir une croissance au beau fixe.

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Revenus de la musique en 2025

Express.mu (620 x 330) (26) Sources : IFPI

⚫ Le streaming a dépassé pour la première fois les USD 20 milliards (USD 20,4 milliards), représentant 69 % des revenus mondiaux. Ce chiffre dépasse les revenus annuels globaux de l’industrie entre 2003 et 2020.

⚫ Le streaming par abonnement payant a augmenté de 9,5 % tandis que le streaming financé par la publicité a progressé plus modestement, de 1,2 %.

⚫ Les supports physiques ont connu une baisse, de -3,1 %, après une forte croissance de 14,5 % en 2023. Toutefois, les ventes de vinyles continuent leur essor pour la 18e année consécutive, avec une hausse de 4,6 %.

⚫ Les droits voisins ont généré USD 2,9 milliards, en hausse de 5,9 %, marquant la quatrième année consécutive de croissance.

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