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Adrien Duval face à la justice
Quand les «Moustass Leaks» franchissent les portes du tribunal
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Adrien Duval face à la justice
Quand les «Moustass Leaks» franchissent les portes du tribunal
Ce vendredi 16 janvier, la salle d’audience de la Cour de district de Rose-Hill n’avait rien d’ordinaire. Derrière les murs du tribunal, ce ne sont pas seulement des faits, des dates et des charges qui ont été exposés, mais des voix, des soupçons et une affaire qui, plus de trois ans après un accident de la route, continue de fissurer le récit officiel.
Pour la première fois, des extraits des Moustass Leaks ont été visionnés en cour. Des enregistrements diffusés à l’origine dans l’espace public numérique, désormais projetés devant les magistrats, sous le regard attentif de la poursuite et de la défense. Une scène rare, presque irréelle.
Adrien Duval, membre de l’opposition, ancien Speaker de l’Assemblée nationale, comparaît dans le cadre d’un procès pénal découlant d’un accident survenu à Ébène le 21 septembre 2022. Ce jour-là, son véhicule était entré en collision avec celui d’une femme de 56 ans, grièvement blessée. Selon la police, il aurait refusé de se soumettre à un alcootest ainsi qu’à des tests sanguins et urinaires, avant d’être conduit à la clinique Wellkin.
Aujourd’hui, il fait face à plusieurs charges formelles, dont refus de se soumettre aux tests requis, coups et blessures involontaires par imprudence et conduite avec un taux d’alcoolémie au-delà de la limite autorisée.
Mais au-delà des chefs d’accusation, une zone d’ombre persiste et plane sur toute l’affaire : qui était réellement au volant au moment de l’accident ? Adrien Duval ou son ami William Martin ? Et si c’était Adrien Duval, dans quel état conduisait-il ? Ces questions, simples en apparence, n’ont toujours pas trouvé de réponse définitive.
C’est sur ce terrain fragile que la défense, menée par Mᵉ Jacques Panglose, Senior Counsel, assisté de Mᵉ Avineshwar Dayal et de Mᵉ Chetnah Bundhoo, a choisi d’ancrer sa stratégie. Ce vendredi, plusieurs témoins ont été appelés dans le cadre d’une motion visant un permanent stay of proceedings, soit l’arrêt définitif du procès. Selon la défense, l’enquête policière serait viciée à la racine.
Au cœur de cette thèse : les Moustass Leaks. Des bandes audio présentées comme révélant un complot destiné à faire condamner Adrien Duval coûte que coûte. Issues de la série «Secrets lakwizinn – saison 2», l’une d’elles porte un titre explicite : «Complot Accident Adrien». Leur visionnage en cour a donné une matérialité judiciaire à des accusations jusqu’ici confinées au débat public.
Établir une transcription des bandes
Lindsay Luckhoo, Court Officer à la cour suprême et transcripteur privé, a expliqué avoir été sollicité par Adrien Duval pour établir une transcription des bandes. Il a reçu un lien vers les vidéos, a effectué son travail, mais a tenu à poser une limite claire : il ne peut ni certifier l’origine des enregistrements ni identifier formellement les voix qui s’y expriment. Une précision essentielle, alors que la cour tente de démêler le contenu de ces bandes de leur valeur probante.
Les extraits projetés évoquent, selon la défense, des instructions attribuées à l’ancien commissaire de police, Anil Kumar Dip. Il y serait question de faire subir des tests à Adrien Duval, d’envisager son transfert au centre de détention d’Alcatraz, en cas de refus, et plus largement de «fabriquer» un dossier solide contre lui.
D’autres conversations laissent entendre des tentatives d’influencer des témoins, voire d’intervenir auprès de la victime par l’intermédiaire de tiers. Une autre bande évoque encore un échange tendu autour d’un médecin de la clinique Wellkin, qui refusait de communiquer des informations médicales à la police. Pour Mᵉ Panglose, ces éléments démontrent une dérive grave : selon lui, toutes les preuves recueillies dans cette affaire, à l’exception des déclarations de l’accusé, seraient irrémédiablement entachées par des fautes policières.
La défense a également versé au dossier un extrait du Hansard du 4 février 2025. Prishnee Naika-Cahaneea, Clerk Assistant de l’Assemblée nationale, a produit ce document officiel retraçant une réponse du Premier ministre, Navin Ramgoolam, à une question parlementaire posée par Adrien Duval sur des pratiques d’écoutes téléphoniques.
Un rappel institutionnel qui, aux yeux de la défense, éclaire le climat dans lequel s’inscrit cette affaire.
Le Chief Court Officer, Nasroullah Chander, a pour sa part rappelé un élément clé de la chronologie : les accusations provisoires d’entente délictueuse pour pervertir le cours de la justice, visant Adrien Duval et Luciano Arnaud Martin, ont été rayées en mai 2025. C’est ensuite qu’un procès formel a été logé contre Adrien Duval, donnant naissance aux débats actuels.
Face à cette offensive, la poursuite, représentée par Mᵉ Damodarsingh Bissessur, Senior State Counsel, assisté de Mᵉ Yanish Rao Jeerasoo, maintient sa ligne. Elle s’oppose à tout arrêt du procès, affirmant que des preuves objectives existent contre l’accusé, indépendamment des Moustass Leaks. Après quelques heures d’audience, la cour a renvoyé l’affaire au mardi 10 février prochain.
Ce jour-là, les plaidoiries sur la motion de permanent stay of proceedings seront entendues.
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