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Réforme électorale
Préconisations générales
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Réforme électorale
Préconisations générales
Quel que soit le système choisi, réforme il y aura. Reste à savoir avec quelles idées et quelle vision de la santé démocratique du pays. À une semaine de la date butoir du dépôt des propositions politiques, civiles et citoyennes dans le cadre de la consultation nationale lancée par le gouvernement, «l’express» a démêlé les récriminations des avis généraux de politiques, militants et acteurs de la société civile… .
Dev Sunnasy, Linion Moris : «Un découpage équitable des circonscriptions»
Dev Sunnasy (photo) de Linion Moris a accueilli les consultations sur la réforme électorale en soulignant que deux mois pour soumettre des propositions sont suffisants pour les partis politiques, mais totalement insuffisants pour la société civile et les jeunes, qui sont les premiers concernés par ces réformes. Selon lui, la transparence et la participation citoyenne sont essentielles, comme le recommandent l’ONU et l’Open Government Partnership.

Les informations sur les objectifs, mécanismes et effets d’une réforme doivent être publiées clairement et à temps ; des forums et consultations publiques doivent être organisés et les groupes marginalisés doivent être inclus. L’accès aux documents et analyses relatifs aux propositions doit être garanti et un dialogue structuré entre autorités publiques et société civile doit s’instaurer. Actuellement, le processus reste opaque et Dev Sunnasy propose de mettre en ligne les propositions sur un site web avec un suivi du soutien citoyen.
Il souligne ensuite les principales problématiques du système électoral mauricien. Malgré le caractère séculier de la République, les candidats doivent déclarer leur appartenance ethnique et le découpage électoral est conçu pour favoriser certaines communautés. Ce système a permis l’élection de dirigeants minoritaires et contribue à la pérennisation des dynasties politiques et des liens étroits entre pouvoir politique et économique. Il critique également le manque de débats internes au sein des partis et de débats publics entre candidats au poste de Premier ministre.
Pour la réforme, Dev Sunnasy propose la suppression de la déclaration ethnique et du Best Loser System (BLS), le redécoupage du pays en 40 à 50 circonscriptions avec un élu par circonscription et l’ajout de 18 à 20 sièges proportionnels afin de garantir la représentativité des minorités et la parité de genre. Il insiste pour que tout élu obtienne plus de 50 % des votes, éventuellement à deux tours, afin d’éviter la formation de gouvernements minoritaires. Le nombre total de parlementaires resterait à 72, avec 50 élus au scrutin majoritaire, 2 pour Rodrigues, 2 pour la diaspora et 18 proportionnels. Enfin, il préconise un découpage équitable des circonscriptions pour protéger les minorités et des dates fixes pour les élections.
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Abdallah Goolamallee, Plateforme Militante : «La proportionnelle est incontournable»

Vice-président et porte-parole de la Plateforme Militante, Abdallah Goolamallee (photo) estime que l’appel à propositions lancé par le gouvernement relève davantage de la mise en scène que d’une réelle volonté de réforme. Il n’hésite pas à parler de «farce», estimant que l’essentiel se joue déjà ailleurs.
Selon lui, le Premier ministre Navin Ramgoolam et son adjoint, Paul Bérenger, se sont entendus depuis longtemps sur les contours de la réforme électorale, à l’exception d’une divergence mineure concernant le BLS. «Lorsque les deux principaux leaders de l’alliance gouvernementale et les deux partis politiques majeurs sont déjà d’accord sur les détails d’une réforme, avec une majorité parlementaire sans réserve, il faut simplement l’implémenter», soutient-il.
Dans ce contexte, l’invitation à la population et aux différents acteurs lui paraît superflue. Les discussions sur la réforme électorale, rappelle-t-il, ne datent pas d’hier. Quarante et un ans se sont écoulés depuis les premières réflexions formelles, au cours desquels de nombreuses propositions ont déjà été formulées. Il souligne d’ailleurs qu’il existe peu de différences entre la réforme défendue par Pravind Jugnauth en 2018 et celle présentée par Paul Bérenger l’an dernier. Pour Abdallah Goolamallee, le temps n’est donc plus aux consultations, mais à l’application.
Sur le fond, il estime que le problème du système électoral mauricien n’est pas un défaut précis, mais son obsolescence. À l’approche du 58e anniversaire de l’Indépendance, il rappelle que Maurice fonctionne toujours sur un modèle westminstérien hérité de l’ère coloniale. «Le monde n’est pas statique. Tous les systèmes doivent évoluer pour s’adapter aux réalités contemporaines», insiste-t-il. À ses yeux, le First past the post est aujourd’hui dépassé et l’introduction d’une dose de proportionnelle est devenue incontournable.
Concernant le BLS, il adopte une position nuancée. Il se dit favorable à son élimination, à condition que le nouveau système électoral garantisse pleinement les droits de tous les Mauriciens, indépendamment de leur communauté, religion ou appartenance ethnique. «Supprimer le BLS dans un système où les droits des minorités seraient bafoués constituerait une grande injustice», prévient-il.
Sur le nombre de députés, il note que le ratio actuel – 60 élus auxquels s’ajoutent des sièges correctifs – est resté inchangé dans toutes les propositions formulées au cours des 40 dernières années. L’ajout de députés via la proportionnelle lui paraît légitime, tout comme l’hypothèse d’un ajustement du scrutin majoritaire, avec deux députés élus par circonscription au lieu de trois.
Enfin, il remet en cause la logique même de l’appel à propositions. Selon lui, il appartient d’abord au gouvernement de présenter sa réforme électorale à la population. «C’est sur la base d’un projet clair que les acteurs politiques et les citoyens pourront ensuite évaluer et proposer», estimant que demander à la population de soumettre des propositions, alors que le PTr et le MMM disposent déjà d’un projet abouti, soulève des questions sur le sérieux et la réelle volonté d’aboutir à une réforme.
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Rama Valayden, Senior Counsel : «Le droit de vote pour tous»

Rama Valayden (photo) accueille favorablement la consultation nationale, mais reste très critique de ses motivations. Selon lui, l’appel à propositions pourrait servir à détourner l’attention du public des vrais problèmes du pays, notamment la crise économique et la lutte contre la drogue. Pour lui, il s’agit avant tout d’un enjeu politique, qui pourrait créer des divisions et éloigner les citoyens des priorités réelles. Il souligne que la réforme électorale doit répondre à des objectifs concrets. Selon lui, il faut abolir le système uninominal, réduire le nombre de députés et élargir le droit de vote, notamment aux Mauriciens résidant à l’étranger et aux jeunes dès 16 ans. Il insiste également sur le droit de vote des personnes âgées et des prisonniers, rappelant que tous les citoyens doivent pouvoir participer aux élections.
Valayden plaide en outre pour un encadrement strict du financement des partis politiques et des dépenses électorales, ainsi qu’empêcher l’État de mener des campagnes de propagande pendant les scrutins. Enfin, il estime nécessaire de fixer un seuil minimal de 5 % pour la représentation proportionnelle, afin d’assurer l’inclusion des forces politiques minoritaires et un Parlement vraiment représentatif.
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Olivier Barbe, PMSD : «Pour une dose de proportionnelle encadrée»

Olivier Barbe (photo) met l’accent sur la cohérence, la transparence et la fiabilité des propositions de réforme. Il se montre méfiant à l’égard du DPM et de ses intentions et insiste sur le fait que les propositions soient publiques et consultables par tous, si le gouvernement agit de bonne foi. Le porte-parole du PMSD rappelle qu’une bonne délimitation des circonscriptions est essentiell il n’est pas normal que certaines circonscriptions comptent 23 000 électeurs et d’autres 50 000, ou que certaines obtiennent trois députés tandis que d’autres n’en ont que deux.
Concernant le BLS, il souligne que ce mécanisme a fait ses preuves depuis plusieurs décennies et que toute modification doit être précédée de l’instauration d’un système capable de remplir ses fonctions. Sur le nombre de députés, il s’oppose à l’ajout de sièges proportionnels, qui augmenterait les dépenses de l’État et déséquilibrerait le ratio député/population, déjà élevé à Maurice par rapport à d’autres pays.
Pour Olivier Barbe, la priorité est de garantir une représentation fidèle de la volonté du peuple, notamment pour les minorités et l’opposition, tout en assurant un équilibre entre gouvernement et opposition. Il plaide pour l’introduction d’une dose de proportionnelle encadrée, sans accroître le nombre total de députés, et insiste sur la nécessité de renforcer la responsabilité parlementaire, notamment via les standing committees et le contrôle exercé par le speaker.
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Joe Lesjongard, Mouvement Socialiste Militant : No comment

Du côté du MSM, Joe Lesjongard (photo) n’a pas souhaité faire de commentaire sur la réforme électorale. Nous avons également contacté la cellule de communication du parti, mais à l’heure où nous mettions sous presse, aucune réponse ne nous était parvenue. Les propositions pourraient toutefois nous être transmises d’ici la semaine prochaine.
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En Avant Moris : «Une 22e circonscription pour la diaspora»

Alors que le gouvernement a ouvert les consultations sur une réforme électorale attendue depuis des années, En Avant Moris accueille cette démarche positivement, tout en restant prudent. Son porte-parole, Patrick Belcourt (photo), rappelle que son groupe n’a pas encore soumis officiellement ses propositions, mais que cela devrait se faire après la réunion du bureau politique prévue le 25 janvier, avec transmission prévue dans la semaine suivante.
S’il salue l’ouverture des consultations, Patrick Belcourt reste vigilant quant à leur finalité. «La réforme électorale est régulièrement annoncée sans jamais être pleinement menée à terme. Ces consultations doivent être inclusives et orientées vers des décisions concrètes, et non un simple exercice de façade politique», insiste-t-il. Pour lui, l’objectif central est de corriger les déséquilibres du système actuel et de mieux refléter la volonté populaire exprimée dans les urnes, tout en modernisant les institutions démocratiques sans fragiliser la stabilité politique. Il appelle aussi à rompre définitivement avec les logiques communautaires héritées du passé colonial encore présentes dans le système électoral mauricien.
Patrick Belcourt critique notamment le scrutin majoritaire à un tour, qui engendre de fortes distorsions entre le nombre de voix et celui des sièges remportés. Le BLS, basé sur la classification ethnique des candidats, est pour lui profondément problématique et doit être abandonné. Il rejette également tout enregistrement ethnique des candidats aux législatives, jugé incompatible avec les principes d’une démocratie moderne et plurielle. En Avant Moris se dit par ailleurs favorable à l’introduction d’une dose de proportionnelle encadrée pour ne pas compromettre la stabilité gouvernementale.
Concrètement, le parti propose de conserver les 20 circonscriptions actuelles, avec l’élection de deux députés par circonscription au scrutin majoritaire, soit 40 députés. À cela s’ajouteraient 20 députés élus à la proportionnelle nationale, selon les résultats des partis. Pour Rodrigues, le même principe serait appliqué avec deux députés majoritaires et un député proportionnel. Le parti propose également une 22e circonscription dédiée à la diaspora, qui élirait trois députés.
Pour préserver la stabilité gouvernementale, le parti arrivé en tête des élections au scrutin majoritaire se verrait attribuer automatiquement dix des 20 sièges proportionnels, les dix autres étant répartis entre les autres formations, selon leurs performances nationales. Patrick Belcourt plaide également pour la participation des femmes et des jeunes via des mécanismes incitatifs et appelle à réserver au moins 30 % des candidatures aux femmes. Enfin, il réclame un encadrement strict du financement public des partis pour garantir transparence et équité, conditionné au respect de principes démocratiques clairs.
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Association Brave Girls : «Une représentation plus inclusive»

Prisheela Mottee (photo) présidente de l’association Brave Girls insiste sur la nécessité de maintenir le BLS pour garantir la stabilité politique et la cohésion sociale. Selon elle, la réforme électorale doit aussi corriger un déficit démocratique majeur : la sous-représentation des femmes au Parlement. Pour y remédier, elle propose l’introduction d’au moins quatre sièges correctifs de genre, activés uniquement si la représentation féminine est inférieure à 30 %.
Ces sièges seraient conditionnels et limités, sans affecter les résultats des circonscriptions, l’équilibre communal ou la représentation des partis. Leur attribution reposerait sur des critères objectifs de performance électorale, afin d’éviter tout symbolisme ou favoritisme. Le Parlement pourrait passer de 70 à un maximum de 74 sièges uniquement lorsque cela est nécessaire. Elle souligne que cette approche assurerait une réforme équilibrée, renforçant l’inclusivité démocratique tout en respectant le cadre constitutionnel existant.
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Mauritian Labour Congress : «Deux élus par circonscription»

Haniff Peerun (photo) estime que le moment n’est pas opportun pour une réforme électorale, car le pays fait face à des enjeux plus pressants : criminalité, drogue, émigration des jeunes et coût de la vie. Selon lui, la réforme ne doit pas se limiter à satisfaire les partis politiques, mais tenir compte des besoins réels des Mauriciens.
Sur le plan technique, il propose plusieurs mesures pour moderniser et rationaliser le système. Il souhaite que toutes les circonscriptions aient un nombre équivalent d’habitants, en se basant sur la population totale et non uniquement sur les électeurs. Il recommande de limiter à deux le nombre de représentants de Rodrigues, alors qu’actuellement le BLS lui a attribué quatre sièges. Il juge le BLS dépassé et propose de passer à deux élus par circonscription au lieu de trois, afin de simplifier le Parlement et réduire les coûts.
Il plaide également pour la réduction des dépenses de l’État, notamment les allocations de représentation (entertainment allowance) des ministres et pour la suppression du poste de junior minister, jugé superflu. Selon lui, ces mesures visent à rationaliser le fonctionnement de l’Assemblée nationale, tout en recentrant l’attention sur les priorités concrètes du pays et non sur des intérêts partisans.
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