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Consultation publique

Pour vous, quels mots en kreol morisien sont inappropriés au Parlement ?

2 mars 2024, 21:00

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Pour vous, quels mots en kreol morisien sont inappropriés au Parlement ?

Des sous-comités composés d’universitaires, notamment Christina Chan-Meetoo et Yannick Bosquet, travaillent à l’introduction du «kreol morisien» dans les institutions.

Expliquer la méthodologie académique préliminaire utilisée pour déterminer quels mots en «kreol morisien» (KM) sont appropriés ou pas dans un cadre formel. Passer de la théorie à la pratique en invitant le grand public à participer à l’exercice, pour lelarzisman lespas demokratik». Le point sur l’avancement du projet devant mener à l’introduction du KM dans les institutions.

À partir d’un échantillon de la lettre B

«75 % du vocabulaire approprié au contexte institutionnel»

La prochaine rentrée parlementaire est prévue pour le 26 mars. Officiellement, le kreol morisien (KM) ne sera toujours pas admis dans l’hémicycle, mais des universitaires, des enseignants du secondaire et des étudiants y travaillent. Samedi dernier, le 24 février, Yannick Bosquet, chargée de cours du département de français de l’université de Maurice et membre du sous-comité Varyasion rezistral pour le Development of a typology of speech registers and socio-institutional norms in kreol repiblik moris a fait le point sur l’avancement des travaux. Ce sous-comité s’occupe du «développement d’une variété de la langue adaptée au Parlement et aux autres institutions». C’était à l’occasion d’une cérémonieorganisée par la Creole Speaking Union récompensant les premiers élèves ayant obtenu un A+ en KM au National School Certificate et la célébration des 15 ans du Diksioner Morisien. L’une des premières réactions quand on évoque l’introduction du KM au Parlement, c’est «pou tann zis zouré», note Yannick Bosquet. La mission du sous-comité Varyasion rezistral est d’«évaluer dans quelle mesure cette perception est vraie». Avant l’introduction du KM dans les institutions, il faut des aménagements de la politique linguistique, poursuit-elle. Ce qui n’est «pas dans la main des universitaires. Pour cela, il faut une volonté politique de faire avancer les choses».

Par contre, ce qui est du ressort des universitaires, ce sont les aménagements linguistiques pour «équiper le KM d’un registre approprié aux situations formelles et aux institutions».Le sous-comité a d’abord établi des critères pour définir le style et le registre formel du KM. En définissant dans la foulée les «unparliamentary words» en KM. Et en proposant des équivalents pour remplacer ces mots. Yannick Bosquet souligne que pour l’heure, l’utilisation du KM est elle-même unparliamentary. Les standing orders indiquent que les débats ont lieu en anglais et que le français est autorisé. Les standing orders précisent qu’il ne faut pas utiliser un langage qui manque de respect au Parlement, ni des termes et expressions «unbecoming» ou «offensive». La Creole Speaking Union a inscrit l’introduction du KM dans les institutions, dans le cadre d’un «elarzisman lespas demokratik», en invitant la participation du public, comme celui présent le samedi 24 février, à l’université de Maurice. Et plus largement, à tous ceux qui répondront à un questionnaire en ligne. À partir des standing orders, le sous-comité a établi un corpus de mots puisés du Diksioner Morisien. Le dictionnaire signale déjà quels sont les termes argotiques. «Dan ninport ki lang pa sipozé servi bann mo ki mank respé», souligne Yannick Bosquet. En 2022, un échantillon de 300 mots commençant par la lettre B a été passé en revue par des étudiants de l’université de Maurice. But de l’exercice : dire quels mots sont appropriés ou pas au Parlement. Si non, pourquoi ?

kreol 2.jpg (Le «Diksioner Morisien» fête ses 15 ans cette année.)

Premier constat : «Les étudiants ont trouvé que deux tiers de ces mots sont appropriés. Dans le tiers restant, environ 50 mots ont été considérés comme non appropriés. Par exemple, bachara, babani qui ont un sens péjoratif, insultant.» La chargée de cours explique que les étudiants ont aussi défini une catégorie de mots «neutres». Des mots qui sont a priori appropriés au Parlement, mais dont la portée est déterminée par la façon dont ces mots sont utilisés, voire détournés. Ce premier classement a permis d’affiner la grille de critères. Par exemple, le mot «bezdam», qui en KM désigne une espèce de poisson. Question posée: est-ce qu’il est acceptable dans les institutions ? Si non, justifier pourquoi. «Est-ce que dans son premier sens (le sens dénotatif), ce mot est vulgaire ? Ou est-ce que c’est son deuxième sens (le sens connotatif) qui n’est pas acceptable ?Et si la tonalité d’un mot n’est pas appropriée, proposez un mot équivalent.» Avec cette grille, «747 mots commençant par la lettre B» ont été analysés. Résultat: «75 % de cet échantillon ont été jugés appropriés pour le contexte institutionnel. Seuls 8 % des mots ont été jugés inappropriés. Pour 17 % des mots, cela dépend», indique Yannick Bosquet. Exemples : «babwin», désigne un singe, mais l’emploi du mot peut être problématique, et «blond» désigne une couleur de cheveux, mais selon l’emploi, cela peut avoir une connotation sexiste. La chargée de cours précise que la méthodologie sera davantage affinée à la suite desréactions suscitées par cette analyse préliminaire.

C’est en 2020 qu’a été initiée la Preparasion terin pou introdiksion kreol repiblik moris dan Parlman. D’abord lancé sur une base volontaire, ce projet initié par Arnaud Carpooran, président de la Creole Speaking Union a obtenu, en 2022, un financement de la Higher Education Commission. «Le recrutement de Trainee Project Assistants est en cours»,précise Yannick Bosquet. Il va permettre de poursuivre le travail de classement des mots à partir du Diksioner Morisien. L’autre étape est d’inviter le public à y participer. «Cela va apporter une diversité de points de vue de personnes de diverses régions et milieux sociaux.» Permettant d’aller au-delà de la seule perspective académique, affirme Yannick Bosquet.

Reconnaissance vocale

Objectif : enregistrer 600 000 termes

«Promoting institutional democracy through language access in kreol repiblik moris and digital innovation.» Cette étude financée par la Higher Education Commission regroupe plusieurs institutions dont l’université de Maurice, l’université de Technologie, l’Open University, le Mauritius Institute of Education et la Creole Speaking Union. Christina Chan-Meetoo, chargée de cours à l’université de Maurice et responsable du sous-comité Informasion-Formasion, avec Aleesha Boolakee, chargée de cours à l’université de Technologie, et Sushita Samjawon-Neerbun, chargée de cours à l’Open University.

La mission de ce sous-comité est «d’enregistrer 600 000 mots en KM avec une diversité de voix, une pluralité d’accents et de genres», explique Christina Chan-Meetoo. Ces enregistrements serviront à développer un software pour la transcription automatique en KM. «Au Parlement, le Hansard est produit par les sténographes en anglais et en français. La version en KM n’existe pas; il faut d’abord développer le module de transcription», indique la chargée de cours. Pour cela, il faut commencer par un volume d’enregistrements audio. «Plus il y aura d’enregistrements audio, mieux cela sera pour le machine learning, l’apprentissage de l’intelligence artificielle pour la transcription».

Ces mots viennent de deux sources principales : la traduction en KM des textes institutionnels comme le Hansard, la Constitution de Maurice, la Déclaration universelle des droits humains et d’autres documents officiels. Seconde source : des textes existants en KM, que ce soit des publications littéraires ou des documents et articles produits par la Creole Speaking Union. En un an, à février 2024, sur les 600 000 mots visés, «434 334 mots ont été enregistrés», précise Christina Chan-Meetoo. Prochaine étape : le recrutement de Trainee Project Assistants pour continuer l’enregistrement des mots.

L’autre objectif du sous-comité Informasion-Formasion, c’est la création de matériel pour la formation, en particulier, des fonctionnaires et des parlementaires. «Parski enn bann zafer ki zot dir sé ki zot konn koz KM mé zot pa konn lir ek ekrir KM.» Des étudiants en communication ont mis en images le premier des Regleman ek konvansion pou lir ek ekrir KM. Ces vidéos qui sont en ligne s’accompagnent d’un questionnaire. «Au lieu de suivre des cours sur les bancs de l’université, c’est l’université qui ira vers les apprenants à travers ces vidéos», indique Christina Chan-Meetoo.

Adresse utile Pour en savoir plus, visitez le site kreolrepiblikmoris.wordpress.com