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Portrait

Nousrine Madarboccus : «La constance bat les circonstances»

12 juin 2026, 20:00

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Nousrine Madarboccus : «La constance bat les circonstances»

■ Avec des objectifs bien définis, Nousrine Madarboccus a fait de la discipline et de la persévérance les moteurs de sa réussite.

Sur TikTok, elle s’appelle Nush. Dans la vie, elle est Nousrine Madarboccus, 20 ans, de Petite-Rivière. C’est une fille qui sait occuper les espaces qu’elle choisit, et qui n’attend pas qu’on lui en propose. C’est d’ailleurs elle qui a contacté l’express, après avoir décidé que son parcours méritait d’être raconté. Pas par arrogance. Par pragmatisme. Elle sait ce qu’elle a fait, et elle sait que peu de gens de son âge peuvent en dire autant.

L’histoire commence lorsqu’elle a 15 ans. Elle monte un business de dropshipping. Il s’agit d’un modèle de commerce en ligne qui consiste à vendre des produits sans posséder de stock, et une fois la vente réalisée, le fournisseur expédie le produit directement au client. Elle ne l’a pas fait pour gagner de l’argent de poche mais pour constituer un capital. Elle a géré les importations, les exportations, la taxe sur la valeur ajoutée, la logistique, les campagnes sur TikTok. Chaque roupie gagnée a été injectée dans un plan que personne autour d’elle n’avait encore vu clairement.

À 18 ans, elle a pris son indépendance. Sans soutien familial, avec son partenaire comme seul ancrage. Seuls, ils ont construit leur avenir. Elle ne s’appesantit pas là-dessus. Elle le mentionne, factuellement, comme on place une donnée dans son contexte. Ce n’est pas une complainte, c’est un point de départ.

La suite, elle l’a structurée selon la même logique rigoureuse. L’Association of Chartered Certified Accountants (ACCA), d’abord, parcours de comptabilité professionnelle qui, en partenariat avec Oxford Brookes University, a débouché sur un vrai Bachelor of Science universitaire, avec des modules, un mémoire et une soutenance. Elle a soumis sa thèse en novembre 2025. Les résultats sont arrivés en avril : First class honours.

Dans l’intervalle, elle travaille dans un cabinet d’audit à Malte, où elle s’est installée fin 2024 avec son partenaire. Et elle prépare actuellement, en parallèle, un Master of Business Administration. Il lui reste encore un examen au niveau du master de l’ACCA. Elle ne s’arrête pas. Elle rempile, sans se plaindre de la charge ni en tirer gloire. C’est tout ce qu’il reste à faire, alors elle le fait. Son rêve ? Devenir Chief Financial Officer vers 25-26 ans.

Ce qui la maintient debout, elle le dit sans chercher à embellir la réponse : LinkedIn. Voir des gens de son âge avancer, décrocher des postes et afficher leurs réussites. «Ce n’était pas de la jalousie négative, mais plutôt une envie saine. S’ils peuvent le faire, moi aussi.» Il y a quelque chose de rafraîchissant dans cet aveu. Pas de vocation romantique, pas de grand discours sur la passion des chiffres. Juste une fille qui observe, qui compare et qui décide que rester en retrait n’est pas une option.

Les sacrifices sont réels et elle les nomme sans dramatiser. Les mariages manqués, les voyages regardés de loin, une vie sociale mise entre parenthèses à partir de 2023. «J’ai vu tout cela comme des compromis, pas comme des pertes.» Elle dit aussi qu’à 20 ans, elle n’a jamais bu une goutte d’alcool, ni mis les pieds dans une discothèque. Ce n’est pas un jugement qu’elle porte sur les autres. C’est une règle en cohérence avec les objectifs qu’elle s’est fixés. Chaque soirée manquée la rapprochait de l’objectif. Elle a choisi, très tôt, de vivre en accord avec ce qu’elle voulait devenir.

Ambitieuse ? «Oui, sans hésitation.» Elle ne cherche pas ses mots, ne s’excuse pas du terme. Elle rappelle que les femmes ont tendance à s’en méfier, comme si l’ambition était un défaut qu’on leur reproche plus qu’aux autres. Elle, elle le revendique comme une évidence. C’est ce qu’elle est. Ce qu’elle a toujours été.

Le 22 mai, elle est allée à Oxford pour la cérémonie de remise des diplômes. Elle dit que ce cheminement lui paraît encore irréel. «Ce n’est pas juste une cérémonie. C’est la preuve que la constance bat les circonstances.» Elle pense à ceux qui croient que leur milieu d’origine les limite. Elle veut leur montrer que ce n’est pas le cas, que le point de départ n’est pas le point d’arrivée. Elle dit qu’à Oxford, elle n’a pas seulement célébré son propre parcours. Elle a représenté tous ceux qui ont douté qu’ils pouvaient aller loin.

Nousrine Madarboccus se voyait d’abord derrière un guichet de banque, menant une vie tranquille, sans histoire. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Mais ce n’est pas le hasard qui a changé sa trajectoire. C’est elle, à 15 ans, qui a ouvert un compte professionnel, s’est lancée dans les affaires, a économisé ses premières roupies et a commencé à compter pour tracer sa voie.

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