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Interview…

Najeeb Ahmad Fokeerbux : «Ces menaces ne sont pas des opinions, mais des actes criminels»

19 juin 2026, 13:00

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Najeeb Ahmad Fokeerbux : «Ces menaces ne sont pas des opinions, mais des actes criminels»

Najeeb Ahmad Fokeerbux, Président de la Young Queer Alliance.

Les réseaux sociaux ont été le théâtre d'une vague de commentaires hostiles, ces derniers jours, à la suite de la Marche des fiertés, organisée samedi à Rose-Hill. Plus préoccupant encore : une participante à l'événement a été particulièrement ciblée par des insultes, des menaces et des publications virales. Alors que plusieurs organisations LGBTQIA+ dénoncent des actes de cyberharcèlement, le débat sur la tolérance, la liberté d'expression et la protection des minorités sexuelles refait surface. Najeeb Ahmad Fokeerbux, président et fondateur de la Young Queer Alliance, livre son analyse de la situation et revient sur les attentes de la communauté LGBTQIA+ envers les autorités.

Que révèle la vague de haine ayant suivi la Pride sur la tolérance à Maurice ?

La Marche des fiertés a été un succès et le thème Ansam nou pli for a été unificateur. Les différentes associations LGBTQIA+ et alliés à Maurice, notamment la Young Queer Alliance, RekonekT, EkiT, Gender Links (Mauritius) et PILS, ont collaboré pleinement avec le Collectif Arc-en-Ciel pour la marche. Les revendications pour faire avancer l’égalité et la démocratie étaient pertinentes, la cohésion et la solidarité parmi la communauté étaient fortes, et nous avons mobilisé un plus grand nombre de sympathisants que les années précédentes. C’était un très grand succès.

Hélas, l’homophobie et la transphobie étaient présentes parmi les extrémistes. Cela démontre qu’un effort accru est nécessaire de la part des associations LGBTQIA+, des institutions de défense des droits humains et de la communauté LGBTQIA+ pour éduquer et faire évoluer les esprits et les cœurs des gens.

Cette hostilité existait-elle déjà avant la Marche des fiertés ?

Il n’y a aucun pays au monde, même là où les droits humains des personnes LGBTQIA+ sont respectés, où la haine post-Pride n’est pas présente. Cette haine est beaucoup plus visible parce que, pendant trop longtemps, ceux qui administrent les plateformes sur les réseaux sociaux ne modéraient pas les commentaires. Cette inaction constitue une offense sous la section 23 de la Cybersecurity and Cybercrime Act.

D’autre part, cette haine envers les différences n’est pas seulement dirigée envers les personnes LGBTQIA+. Nous observons également une montée de l’intolérance, notamment de nature communautaire. L a célébration des identités ne doit pas se transformer en repli identitaire. Nous sommes une nation arc-en-ciel et plurielle aux valeurs démocratiques.

Les menaces en ligne relèvent-elles de la liberté d'expression ou du cyberharcèlement ?

C’est du cyberbullying. Ceux qui ont proféré des menaces sont des criminels. Ces actes sont punissables sous la section 46 de l’Information and Communication Technologies Act, les articles 255 et 296 du Code pénal, ainsi que les articles 16 et 17 de la Cybersecurity and Cybercrime Act. Nous ne pouvons pas imaginer que ce peuple mauricien aux identités plurielles, qui avait imaginé l’île Maurice indépendante et libre, rêvait d’anarchie ! La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres.

Comment concilier l'image d'une société multiculturelle avec ces réactions ?

Proférer des menaces de mort envers une personne LGBTQIA+ à cause de son identité sexuelle ou de son combat pour l’inclusion des personnes LGBTQIA+, la menacer de la violer, la traiter de tous les noms ; audelà de la haine, ce sont des actes criminels. À la Young Queer Alliance, nous avons répertorié pas moins de 300 commentaires de nature criminelle.

Marche des fiertés Sous le thème «Ansam nou pli for», la Marche des fiertés a rassemblé samedi plusieurs participants à Rose-Hill pour défendre l’égalité, l’inclusion et le respect des droits humains.

Ces extrémistes luttent pour leur survie, comme un effort acharné avant leur dernier soupir. Dans une société démocratique, prêcher la haine sans conséquence, c’est du passé. Il faut aussi savoir que nous avons reçu beaucoup de messages de soutien de la part de personnes venant de tous les coins de l’île et de toutes les communautés. Parmi elles, il y a aussi des personnes queer qui nous ont contactés pour nous faire part des défis auxquels elles font face, mais également pour nous apporter leur soutien et leurs encouragements afin de persévérer dans cette lutte pour le respect des droits humains. Il y a dix à 15 ans, un tel soutien était difficilement imaginable.

Pourquoi les autorités ne semblent-elles pas intervenir davantage ?

Une très bonne question. Il y a des posts qui ont dépassé 300 000 vues. Le manque de visibilité et de communication pour prévenir les utilisateurs des réseaux sociaux de ces actes criminels est ahurissant. Peut-être aussi qu’elles attendent que des plaintes soient déposées auprès d’elles pour agir. Apre lamor, latizann.

Comment se sent aujourd'hui le jeune participant visé par ces attaques ?

Cette personne est courageuse, battante et résiliente. Le drame, c’est surtout qu’elle se fait du souci pour ses parents. Ces derniers craignent pour la sécurité de leur enfant. Au nom de la religion et de l’intolérance, ces criminels ne se rendent pas compte du mal qu’ils commettent, ni des dangers auxquels ils exposent les citoyens de notre République. La Young Queer Alliance travaille avec les associations LGBTQIA+, notamment le Collectif Arc-en-Ciel, RekonekT et EkiT, pour soutenir cette personne dans la procédure de plainte afin que la justice suive son cours. En sus des autorités locales, nous allons aussi rapporter cette situation aux institutions régionales et internationales.

Cette vague de haine risque-t-elle de dissuader des personnes LGBTQIA+ de s'afficher publiquement ?

Pas forcément. Voyez-vous, aux États-Unis, en France, en Inde, en Afrique du Sud et au Royaume-Uni, bref, partout où les personnes LGBTQIA+ sont désormais reconnues comme des citoyens à part entière, elles ont fait face à une montée de la haine à un moment de leur lutte. L’histoire en est le témoin à travers le monde. L’île Maurice appartient à nous tous. Nous nous affichons de plus belle et continuerons de nous afficher.

Qu'attendez-vous du gouvernement face à cette situation ?

Les promesses de changement et de pouvoir respirer la liberté doivent se traduire concrètement pour tous les Mauriciens, y compris pour la communauté LGBTQIA+. Le monde évolue. Les jeunes quittent notre pays non seulement pour de l’argent, mais aussi parce qu’ailleurs, les droits humains et les droits des personnes LGBTQIA+ sont respectés, notamment le droit au mariage entre personnes du même sexe et la reconnaissance des personnes trans. Les firmes privées et les compagnies multinationales investissent dans le concept Environnemental, Social et de Gouvernance, qui comprend également l’inclusion des personnes LGBTQIA+.

Le Pink Dollar (l’économie liée à la communauté LGBTQIA+) est estimé par Forbes à près de 4 000 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Nous attendons que les personnes LGBTQIA+ soient reconnues comme tous les citoyens en matière de droits, mais aussi pour notre contribution à notre terre natale.

Pourquoi la Pride reste-t-elle nécessaire aujourd'hui ?

Pour revendiquer nos droits, pour célébrer nos victoires, pour préserver la mémoire de notre lutte, pour donner du courage à toute personne LGBTQIA+ d’être elle-même, et pour que, face aux actes criminels des extrémistes, la liberté et le droit d’aimer soient une réalité pour les personnes du même sexe.

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