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Manière de voir
Monde du travail : Quand 2 819 travailleurs étrangers disparaissent comme par magie
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Monde du travail : Quand 2 819 travailleurs étrangers disparaissent comme par magie
Ils sont dans la nature de notre île-continent. Ça n’est pas un poisson d’avril mais une réalité surprenante. Où se planquent-ils ? Leurs permis de travail de deux ou trois ans sont certainement périmés, mais même la police n’arrive pas à les retrouver. Du travail au noir qui passe inaperçu bien qu’un millier ait été rapatrié ? L’ouverture de notre pays à cette main-d’œuvre est inévitable, mais leur contrôle ferait preuve de laxisme.
Sans vous bombarder de chiffres, il existe une inadéquation entre les 32000 chômeurs locaux et cette main-d’œuvre étrangère en hausse constante. Cherchez l’erreur.
? Pas de confusion
Ne confondons pas tout pour ne pas conclure hâtivement nou pei nepli pou nou. Un sourd préjugé qui gagne du terrain. Notre pays accueille des retraités, notamment de France, qui s’y établissent en toute sérénité sous certaines conditions strictes. Il en va de même pour quelques millionnaires qui trouvent chez nous un havre de paix moyennant de fortes contributions au départ à l’économie locale.
L’exemple qui saute aux yeux est la forte colonie de familles sud-africaines blanches qui ont transformé Tamarin en un centre-ville moderne doté de tous les services nécessaires sur place. Il arrive que certains se comporteraient comme au temps révolu de l’apartheid dans leur pays d’origine. Cela doit cesser pour que la population locale ne souffre d’aucune discrimination, discrète peut-être, mais ressentie. Problème épineux.
Un argument de poids justifie cette présence étrangère. Leur apport en devises au pays et un peu d’inflation. Somme toute (hum…), le pays sort gagnant sur le plan économique.
? Une main-d’œuvre qui arrange
Chaque année, leur nombre augmente. Ils proviennent essentiellement de l’Inde, de Madagascar, du Népal, du Bangladesh et du SriLanka. Les étudiants étrangers, principalement d’Afrique et de Madagascar, bénéficient d’un autre type de permis de séjour, de trois ans, qui leur permet de résider au pays et même d’y travailler. Nous pouvons d’ailleurs les voir aux caisses des super et hypermarchés. Leurs droits sont protégés, mais les risques d’exploitation sur le terrain existent bel et bien. Ainsi, ils sont obligés de produire sur demande, des preuves de leur contrat de travail et de leur statut d’étudiant. En ce faisant, Maurice devient un pôle d’attraction d’universités locales souvent en liaison avec des universités britanniques ou françaises.
Le statut avec un work permit de deux ou trois ans délivré par le Bureau de l’Immigration et des Passeports est tout autre pour les dizaines de milliers de travailleurs étrangers. Leur nombre atteint plus de 64 000. Ils sont embauchés à tour de bras dans la construction, le textile ou autres secteurs manufacturiers, les grands hôtels de tourisme, l’agriculture... Des métiers dont la pénibilité est flagrante et que de jeunes Mauriciens rechignent d’accomplir. Et si on leur accordait une meilleure rémunération ?
Notre pays emploie 560 900 personnes mais compte un chômage de 5,7 %. Les causes sont connues. Sur les 32 000 chômeurs, la moitié ne dispose pas d’un School Certificate et 3 000 d’un Primary Certificate. Le nombre d’échecs scolaires ne date pas d’aujourd’hui. Le nouveau pouvoir semble vouloir s’y attaquer. Mais les solutions efficaces dans l’immédiat et à long terme tardent pour remettre en cause instituteurs, programmes, encadrement de contrôle. L’heure n’est pas pour des tentatives d’essais de telle ou telle méthode. Arrêtons de penser pour panser, parce que le monde du travail, lui, n’attend pas.
? Difficultés à surmonter
Certaines entreprises ne sont que trop contentes d’embaucher cette main-d’œuvre qui tombe du ciel. De mauvais esprits prétendent que certains patrons préfèrent cette solution plutôt que de former et d’embaucher par la suite des travailleurs locaux exigeants. Nul n’ignore surtout que les jeunes chômeurs de 16 à 24 ans, dont le nombre s’élève à 11 000, sont allergiques au travail manuel. Pas question de labourer, biner, fertiliser par tous les temps la terre pour assurer l’approvisionnement en cultures vivrières. Les planteurs actuels prennent de l’âge et leurs fils ne veulent pas prendre la relève. Ce qui oblige le pays à importer encore plus des produits alimentaires qui pèsent lourd dans la balance commerciale.
On ne peut donc pas trouver des solutions pour les conscientiser en les formant contre une rémunération tandis que la construction gagne du terrain. La clé réside encore une fois dans la formation insuffisante de ceux qui manifestement ne peuvent justifier d’un cursus scolaire. Les répercussions se font déjà ressentir. Des touristes, des habitués de notre île, se plaignent de la baisse de qualité du service dont le pays se targue. Le serveur mauricien sourit naturellement et se fait même parfois l’ambassadeur du pays à son niveau. Le serveur étranger, grandi dans un tout autre contexte et ne maîtrisant ni l’anglais ni le français, est paumé sans une formation basique. Seuls certains hôtels ou restaurants assurent au départ cette formation au contexte mauricien, mais ils ne sont pas nombreux.
Ça atteint parfois des proportions alarmantes. Des infirmiers dans certaines cliniques privées ne maîtrisent que leur langue maternelle et doivent faire face à des malades parfois excédés. Nous pouvons comprendre qu’ils ont tout quitté, famille et enfants, pour améliorer leur condition de vie et celles de leurs proches. Le dépaysement est cependant total. Les logements laissent parfois à désirer et il leur est impossible de communiquer avec la population locale. Mais pour eux, le jeu vaut la chandelle. Un sou est un sou à la sueur du front.
Retour à la case départ avec les presque 3 000 envolés on ne sait où. Les statistiques indiquent que 6 926 ne disposent pas d’un permis de travail valide. Comment alors sont-ils entrés dans le pays ? Comment ont-ils fait pour rester après échéance ? Mystères du laxisme ? Un travailleur étranger sur dix n’a donc pas de permis de travail. Pourtant, ils doivent bien gagner de quoi manger et savoir où dormir la nuit venue. Leurs ex-employeurs et la police de l’Immigration détiennent tout de même des informations qui aideraient à les retrouver ou alors nous nageons en pleine science-fiction.
Poussons le bouchon plus loin. Des Madam Zan Lwi laissent entendre que certains, contre paiement, ont recours à des triyanger locaux. Ces derniers réussissent à arranger des mariages blancs avec une gent féminine volontaire contre fric. Ils ont alors le droit de rester dans le pays quitte à divorcer au bout d’un certain temps. De jeunes travailleurs auraient recours à ces subterfuges pour ne pas retourner au pays, où la misère les attend peut-être. Nous voilà face à la condition humaine ou… inhumaine.
C’est aux décideurs des secteurs public et privé, en haut de la pyramide, de prendre le taureau par les cornes. Gare aux conséquences, tel un prolétariat local frustré qui s’en prendrait à leurs semblables venus d’ailleurs. Strangers in paradise?
Diab marye anba pie pima!
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