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Réforme du «Grant-in-Aid» : La colère gronde dans les écoles maternelles
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Réforme du «Grant-in-Aid» : La colère gronde dans les écoles maternelles
■ Les professionnels du pré-primaire dénoncent une réforme qui risque de fragiliser la qualité de l’encadrement des enfants et mettre des centaines d’emplois en péril.
L’annonce de la réforme du système de Grant-in-Aid (GIA) pour les écoles maternelles privées continue de faire des vagues. Si le gouvernement affirme vouloir moderniser le dispositif et améliorer sa gouvernance, sur le terrain, les inquiétudes ne cessent de grandir : hausse du nombre d’enfants par classe, suppression progressive de plusieurs postes et crainte de pertes d’emplois. Enseignants, managers et assistants dénoncent une réforme qu’ils jugent déconnectée de la réalité quotidienne des établissements.
Les changements entreront en vigueur à partir de janvier 2027. Ils découlent des recommandations d’un comité interministériel présidé par le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad. Parmi les principales mesures figurent le maintien de la prise en charge des salaires des employés des écoles bénéficiant du GIA, la création du poste de Teacher/Manager, qui remplacera celui de manager dans les établissements accueillant jusqu’à 20 élèves, ainsi que l’augmentation progressive du ratio enseignant-élèves, qui passera d’un enseignant pour 15 enfants à un pour 20.
La réforme prévoit également la suppression graduelle des postes d’assistant enseignant et d’assistant manager. Les managers en poste bénéficieront d’un programme de mise à niveau de leurs qualifications afin d’occuper leurs nouvelles fonctions. D’autres mesures concernent la réduction de certaines subventions, notamment celles destinées aux dépenses opérationnelles, ainsi que le renforcement des mécanismes de contrôle pour limiter les abus constatés dans la gestion actuelle du programme.
Présentée comme une rationalisation des dépenses publiques, la réforme est loin de convaincre ceux qui travaillent quotidiennement auprès des enfants. Sur les réseaux sociaux comme dans les écoles maternelles, les témoignages se multiplient. Tous décrivent un métier devenu plus exigeant, avec des enfants nécessitant un accompagnement toujours plus personnalisé. Aarti, aujourd’hui manager après plusieurs années comme enseignante, affirme ne pas être opposée au nouveau poste de Teacher/Manager. Ce qu’elle remet en question, c’est la faisabilité de la réforme. «Les enfants d’aujourd’hui sont de plus en plus difficiles et beaucoup présentent des besoins particuliers. Comment une seule personne peut-elle gérer une classe de 20 enfants lorsqu’on peut avoir plusieurs enfants autistes, hyperactifs ou souffrant de troubles du langage ? Il faut être sur le terrain pour comprendre ce que nous vivons avant de prendre de telles décisions», affirme-t-elle.
Des emplois menacés
Caroline, éducatrice de pré-primaire depuis plusieurs années, partage les mêmes préoccupations. Selon elle, une assistante est indispensable pour garantir la sécurité et le bien-être des enfants. «Une assistante n’est pas un luxe, mais un véritable soutien. Une seule enseignante ne peut pas répondre simultanément aux besoins de 20 enfants, gérer les activités, les soins et les imprévus, tout en garantissant la sécurité de chacun», insiste-t-elle.
Elle rappelle que le préprimaire constitue la première étape de l’apprentissage scolaire et que toute réforme devrait avant tout préserver la qualité de l’encadrement offert aux enfants. Au-delà des conditions de travail, elle évoque également l’angoisse de nombreuses éducatrices : «Derrière chaque éducatrice, il y a une famille à faire vivre. Après tant d’années de travail, il est difficile d’accepter l’idée de perdre son emploi du jour au lendemain.»
Cette inquiétude est largement partagée. Sheila, assistante enseignante, estime que les assurances du gouvernement concernant le maintien de l’emploi ne correspondent pas à la réalité. «Avec l’ancien système, il fallait un enseignant et une assistante pour 15 enfants. Désormais, une seule enseignante pourra encadrer 20 enfants. Dans une école accueillant 40 élèves, il ne faudra plus que deux enseignantes contre quatre membres du personnel actuellement. Combien de personnes vont perdre leur emploi ? Moi-même, j’ai deux petites filles à charge. Avec le seul salaire de mon mari, nous ne pourrons pas nous en sortir», confie-t-elle.
Une manager d’une école du Sud regrette également le manque de dialogue avec les autorités. Après avoir travaillé pendant des années pour un salaire oscillant entre Rs 5 000 et Rs 6 000 avant l’introduction du salaire minimum, elle ne comprend pas pourquoi les assistants, recrutés il y a à peine deux ans avec les qualifications exigées par l’État, risquent aujourd’hui de se retrouver sans emploi. «Qui va me remplacer si je tombe malade ? Qui accompagnera les enfants aux toilettes ? Est-ce que les parents devront recommencer à contribuer financièrement pour permettre aux écoles d’engager un assistant ?», s’interroge-t-elle.
Si elle reconnaît que certains abus existent dans le système, elle refuse que l’ensemble du secteur soit pénalisé. Elle cite notamment certains assistant managers qui refusent d’assurer certaines tâches lorsque les carers sont absentes, mais estime que ces cas restent isolés.
L’introduction du poste de Teacher/Manager, assorti d’une allocation mensuelle de Rs 5 000 pour les responsabilités administratives, suscite également des interrogations. «Est-ce que mon titre de manager ne vaut que cela ?», lance-t-elle, avant de rappeler que ce sont majoritairement des femmes qui occupent ces fonctions. «Nous attendons aussi une réaction du ministère de l’Égalité des genres, car ce sont les emplois des femmes qui sont directement concernés.»
La CTSP prépare une manifestation
Face au mécontentement grandissant, la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) annonce une manifestation le 31 juillet si le gouvernement ne répond pas rapidement aux nombreuses interrogations soulevées par les travailleurs. Sa secrétaire, Jane Ragoo, affirme que l’urgence est réelle. «Nous avons déjà tenu une assemblée qui a réuni près de 300 personnes. Elles ont décidé qu’il fallait faire entendre notre voix.»
Selon elle, plusieurs questions restent sans réponse. «Avec 20 enfants dans une classe, comment une seule personne peut-elle accompagner un enfant aux toilettes, réchauffer les repas ou faire face à une urgence si elle est seule ? Comment une seule personne peut-elle assumer les fonctions d’enseignante, de manager et de responsable de la sécurité des enfants ? Que deviendront les 411 managers actuellement employés dans ces écoles ? Seront-ils redéployés dans d’autres ministères ?»
La CTSP réclame désormais une rencontre avec le ministre Gungapersad. Jane Ragoo regrette également que les propositions soumises par le syndicat à la fin de janvier n’aient pratiquement pas été retenues. «Une seule de nos recommandations a été acceptée, celle concernant la poursuite du financement des écoles. Mais les autres mesures annoncées sont en contradiction avec cette décision. Au final, ce seront encore les parents qui devront mettre la main à la poche pour permettre aux écoles d’employer un assistant.»
Sollicité, le ministère de l’Éducation indique qu’une question parlementaire sur ce dossier sera adressée ce mardi par la députée Anabelle Savabaddy. Le ministère précise également qu’une communication officielle sera faite prochainement afin d’expliquer les modalités de cette réforme très attendue.
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