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Droit d’accise sur les bouteilles en plastique

Mesure environnementale ou stratégie fiscale ?

26 juin 2026, 20:00

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Mesure environnementale ou stratégie fiscale ?

Contrairement aux bouteilles de boissons (PET) qui bénéficient de circuits de collecte, aucun système de consigne ou de tri efficace n’est encore en place à Maurice pour les flacons de shampoing ou d’huile.

Le gouvernement étend, à compter du 1er octobre 2026, le droit d’accise de Rs 2 à toutes les bouteilles en plastique, quel que soit le contenu. Cette modification, annon- cée dans le Budget 2026-2027, touche près de 1 000 produits courants – shampoings, huiles, savons, sirops et autres articles conditionnés en plastique. On estime que cette expansion rapportera Rs 435 millions au Budget de l’État pour l’exercice financier 2026-2027, ce qui représente une croissance remarquable de 50 % des recettes fiscales annuelles issues de cet impôt.

Avec des recettes estimées à Rs 435 millions, de nombreux observateurs se demandent si l’objectif premier est de protéger l’environnement ou simplement de renflouer les caisses de l’État. Autre question, le public se demande si ces Rs 435 millions collectées seront directement réinvesties dans des infrastructures de recyclage, dans l’économie circulaire ou s’il s’agit d’une taxe purement punitive.

Système de recyclage actuel

Contrairement aux bouteilles de boissons (PET) qui bénéficient de circuits de collecte, aucun système de consigne ou de tri efficace n’est encore en place à Maurice pour les flacons de shampoing ou d’huile. Taxer le plastique à la source n’empêchera pas automatiquement les bouteilles de finir dans la nature si les habitudes de tri et les centres de recyclage ne suivent pas.

Selon une consultante en environnement, la décision de frapper les bouteilles en plastique d’une taxe soulève beaucoup de questions, dont la nécessité de consulter le secteur concerné au préalable. «Est-ce qu’il y a eu des consultations avec les secteurs concernés avant de mettre cette taxe-là ? A Maurice, nous avons un gros problème de déchet plastique. Avant d’ajouter une nouvelle taxe, il est essentiel de clarifier comment elle apportera une valeur ajoutée dans la gestion des déchets, surtout avec des discussions internationales sur la pollution plastique et la possibilité pour Maurice de signer ces traités. Le pays fait face à un défi logistique, avec un site d’enfouissement qui arrive à saturation et un besoin urgent d’améliorer la récupération et le recyclage des déchets. L’introduction de la Waste Resource and Recovery Act l’année prochaine obligera les ménages, commerces et industries à trier les déchets en différentes catégories, y compris les matériaux organiques et recyclables. Cependant, cela pourrait entraîner une augmentation du coût de la vie et le développement de nouveaux défis si la collecte des déchets n’est pas bien gérée. La question cruciale demeure : comment assure-t-on que cette taxe contribue efficacement à l’économie circulaire et à la gestion des plastiques ?»

La consultante affirme aussi qu’il est nécessaire de définir des points de collecte et d’établir des responsabilités claires concernant leur gestion. «Il faut aussi donner des incitations aux recycleurs, parfois ils ont envie d’apporter de nouvelles méthodes et des idées mais ils n’ont pas le soutien nécessaire. Est-ce qu’il y a un plan derrière tout ça ? Pour l’instant on ne sait pas trop où cet argent va aller, on est dans le flou quant à l’efficacité et aux bénéfices réels de cette initiative.»

Les attentes des consommateurs, comme des options de recharge pour des produits tels que les savons ou les huiles, indiquent une volonté d’adopter des pratiques plus durables. La création de stations de recharge pourrait être une solution envisageable pour réduire les déchets plastiques. Toutefois, la réussite de ces initiatives dépendra d’une communication claire, d’une bonne gestion des ressources et d’un engagement national envers un véritable changement durable.

Répercussions sur les consommateurs

Cette mesure environnementale de Rs 2 risque de se répercuter sur les consommateurs dans un contexte déjà marqué par la cherté de la vie, estime Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM). Elle intervient alors que les coûts du fret maritime, de l’assurance et du transport international continuent de peser sur les prix des marchandises, tandis que les marchés de l’énergie et les prix alimentaires mondiaux demeurent instables. Pour Maurice, fortement dépendante des importa- tions pour son approvisionnement en produits alimentaires, carburants, médicaments et biens de consommation, ces fluctuations internationales se traduisent régulièrement par une hausse du coût de la vie.

Jayen Chellum s’interroge ainsi sur l’efficacité réelle de cette taxe pour réduire l’utilisation du plastique. «Si le gouvernement veut améliorer l’environnement, est-ce que la solution consiste à augmenter les prix ? Les consommateurs continueront à acheter ces produits tant que les contenants resteront en plastique. La taxe de Rs 2 ne change pas le matériau utilisé. Elle vise à décourager la consommation, mais comment celle-ci peut-elle diminuer si les produits de consommation courante, comme les articles de cuisine ou les détergents, sont toujours vendus dans les mêmes emballages ?» fait-il ressortir.

Il souligne également que l’impact de la mesure ne doit pas être évalué uniquement à l’échelle d’un produit. Si la taxe est appliquée à un large éventail de bouteilles en plastique contenant des produits alimentaires, des boissons, des détergents ou des produits d’hygiène, son effet pourrait devenir significatif pour les ménages à faibles revenus. Selon lui, les consommateurs n’auront d’autre choix que d’absorber cette hausse tant qu’aucune alternative abordable ne sera disponible sur le marché.

Le secrétaire général de l’ACIM estime que les autorités devraient plutôt encourager l’utilisation de matériaux alternatifs en les rendant plus accessibles. «Il faudrait mettre en place des mesures fiscales pour réduire le coût des emballages de remplacement et favoriser leur entrée sur le marché. Sinon, cette mesure risque surtout d’augmenter les recettes de l’État», soutient-il.

Tout en reconnaissant la nécessité de réduire la pollution plastique, Jayen Chellum est d’avis que les mesures environnementales doivent être accompagnées d’incitations favorisant la transition vers des emballages plus durables afin d’éviter que le coût de cette transition ne repose principalement sur les consommateurs.

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Augmenter les taux de collecte et de recyclage : Les systèmes de consigne parmi les instruments les plus efficaces

Plusieurs pays ont déjà mis en place des mécanismes visant à réduire la consommation de plastique à travers des taxes ou des systèmes de consigne. L’objectif est généralement le même : inciter les consommateurs et les industriels à limiter les emballages plastiques et à favoriser des alternatives plus durables.

Des pays comme l’Allemagne ou la Norvège ont opté pour des systèmes de consigne sur les bouteilles en plastique. Le consommateur paie un petit montant supplémentaire à l’achat, récupéré lorsqu’il rapporte l’emballage vide. L’objectif principal de ce système est de minimiser les déchets et d’encourager la réutilisation ou le recyclage de haute qualité des emballages. Les consommateurs sont incités financièrement à les rapporter. Selon l’Organisation for Economic Co-operation and Development (OCDE), les systèmes de consigne (deposit-refund schemes) font partie des instruments les plus efficaces pour augmenter les taux de collecte et de recyclage.

En revanche, pour le UN Environment Programme (UNEP), aucune mesure unique ne suffit à elle seule pour réduire durablement la pollution plastique. L’organisation souligne que l’efficacité des politiques dépend d’une combinaison d’instruments, du comportement des consommateurs et de la disponibilité d’alternatives, ainsi que du contexte économique et social.

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Gestion des déchets plastiques

Les plastiques constituent une part importante des déchets ménagers à Maurice, autour de 14 %. Leur présence tient surtout aux emballages à usage unique, aux barquettes alimentaires et aux bouteilles de boissons. Ce paysage révèle un système de gestion linéaire où la majorité des matériaux finit en décharge ou dans l’environnement plutôt que d’être réintégrée dans l’économie.

Enfouissement massif : 61 % des plastiques produits sont enfouis, soit entre 71 000 et 75 000 tonnes chaque année à Mare Chicose, la seule décharge contrôlée de l’île. Cette solution à court terme accumule des impacts sur le sol et les nappes phréatiques et ne valorise pas la ressource.

Plastiques non comptabilisés : environ 36,5 % (près de 42 000 tonnes) échappent aux filières officielles – rejetés dans la nature, déversés illégalement ou directement introduits dans les rivières, lagunes et zones marines. Ces pertes aggravent la pollution des écosystèmes et menacent la biodiversité.

Recyclage marginal : seulement 2,5 à 4 % des flux plastiques (environ 3 000 tonnes) sont collectés et traités pour recyclage ou exportation. Le taux reste trop faible pour inverser la tendance linéaire.

Feuille de route nationale : un plan décennal a été validé pour supprimer la pollution plastique en s’éloignant des modèles linéaires. Ce cadre fixe des objectifs clairs et coordonne politiques, financements et partenariats.

Renforcement des infrastructures : des initiatives locales, appuyées par des acteurs internationaux comme Plastic Odyssey, mettent en place des micro-usines décentralisées. Ces unités transforment les déchets plastiques en matériaux de construction ou en intrants réutilisables, réduisant les transports et créant des emplois locaux.

Réglementation des produits à usage unique : des interdictions et restrictions sur certains plastiques à usage unique et sur les sacs traditionnels ont permis d’empêcher des centaines de millions d’items d’entrer dans les déchets. La loi crée un cadre pour encourager les alternatives et responsabiliser les producteurs.

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