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Trafic allégué de cannabis Maurice–La Réunion

Les vieux fantômes qui reviennent avec les marées

8 août 2026, 09:00

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Les vieux fantômes qui reviennent avec les marées

■ Gulshan Govind a été arrêté dans le cadre de l'enquête sur la saisie de 155 kg de cannabis à l'île soeur. Photo: Aurélio Prudence

Il y a les 155,7 kilos de cannabis saisis à La Réunion. Il y a le hors-bord retrouvé au Morne. Et puis il y a les noms. Certains ne surgissent pas pour la première fois dans les dossiers judiciaires liés à l’axe maritime entre les deux îles. À mesure que l’enquête autour de Gulshan Govind et Ravindra «Kris» Chimajee progresse, des épisodes plus anciens refont surface, sans pour autant permettre, à ce stade, d’établir l’existence d’un réseau unique.

Pour Ravindra Chimajee, l’histoire remonte à 2008. Son frère Yanesh, Thierry Vivian Aza et lui, avaient été interpellés à Roche-Plate, dans le cirque de Mafate, après avoir rejoint La Réunion par la mer. Les trois hommes avaient été retrouvés sous une tente avec près de 21 000 euros (environ Rs 1,1 million). Ils auraient expliqué aux enquêteurs avoir tenté de rejoindre les côtes africaines puis Madagascar avant d’échouer à La Réunion.

À Maurice, les frères Chimajee étaient alors recherchés dans plusieurs affaires de braquages remontant à 2006, notamment dans des établissements hôteliers de l’Ouest. Ils avaient également été mis en cause dans le braquage de la poste de Case-Noyale, en 2007. Il convient toutefois de distinguer ces mises en cause d’une condamnation : une procédure ultérieure pour blanchiment d’argent s’est soldée par leur acquittement en 2017, la Cour intermédiaire estimant les preuves insuffisantes.

Aujourd’hui âgé de 38 ans, Ravindra Chimajee se retrouve à nouveau au cœur d’une enquête. L’ADSU le soupçonne d’avoir participé à l’expédition maritime destinée, selon la thèse policière, à récupérer une cargaison de cannabis à La Réunion. Il fait provisoirement face à une accusation de complot en vue d’importer de la drogue et bénéficie de la présomption d’innocence.

L’autre parcours qui attire l’attention est celui de Benjamin Leu, frère de Véronique Leu-Govind, ex-junior minister. En 2023, il avait été arrêté à La Réunion après l’échouement d’un speed boat à Anse-des-Cascades, à Sainte-Rose. Avec deux autres Mauriciens, il avait été soupçonné d’être impliqué dans une tentative d’exportation de cannabis, alors qu’aucune drogue n’avait été retrouvée sur l’embarcation.

Benjamin Leu a été condamné à La Réunion pour trafic de drogue entre Maurice et La Réunion. Après avoir purgé deux ans et demi de prison, il est rentré à Maurice en octobre 2025, où l’ADSU l’a arrêté à son arrivée dans le cadre d’une nouvelle enquête. Gulshan Govind, lui, n’en est pas à sa première affaire liée au cannabis. En 2008, il avait été condamné pour trafic de cannabis à un an d’emprisonnement et Rs 20 000 d’amende, peine dont son appel avait été rejeté. Aujourd’hui, son nom réapparaît dans une enquête autrement plus vaste.

Les trajectoires se croisent, mais la prudence reste de mise. Rien ne permet encore d’affirmer que ces affaires anciennes et le dossier des 155,7 kilos constituent les ramifications d’une seule filière. C’est précisément ce que les enquêteurs tentent désormais d’établir. Sur cette mer qui sépare Maurice de La Réunion, les années passent, les embarcations changent, mais certains noms, eux, reviennent.

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