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Mo Kiltir

«Responsabilité collective» envers l’art

7 août 2026, 19:00

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«Responsabilité collective» envers l’art

Deux mots ont suffi pour révoquer un junior minister de ce présent gouvernement. Pour un non «inacceptable» dans notre système westminstérien. L’absence de liberté d’expression et d’opinion aurait pu ouvrir la porte à un débat culturel et artistique sur cette thématique, mais on va plutôt se pencher sur les deux mots du chef de l’État : «Responsabilité collective.» Car cela offre une belle occasion de mettre les décideurs face à leur responsabilité individuelle ou collective envers l’art et la culture de ce pays.

Shaping a New Development Course for Arts and Culture. C’est le titre et le slogan du chapitre consacré aux arts dans le document intitulé A Bridge to the Future, publié le 24 janvier 2025, présentant le programme du gouvernement de Navin Ramgoolam. Ce discoursprogramme dresse un chantier de développement dans le domaine des arts et de la culture. Un plan ambitieux, prometteur d’une meilleure situation professionnelle pour les milliers de Mauriciens évoluant dans ce secteur.

Express.mu (620 x 330) (29) Le «one-stop-shop («Cultural Desk»)» pour les permis de concert est toujours en attente.

Un air de changement flotte dans l’air de cette nouvelle année 2025. Le vote sanction annonçait une reprise de la vie économique de la culture. Dans le document, il y a deux points, 66 et 67, qui exposent les grandes lignes des mesures phares pour les arts. Le point 66 souligne les actions suivantes : des assises des arts et de la culture, une nouvelle législation pour reconnaître les travailleurs culturels, un Cultural Desk (pour l’organisation des concerts), une restructuration de la Mauritius Society of Authors.

En phase de «procédure»

Sur ces quatre items, il y a eu une seule action : les assises des arts et de la culture, qui ont été réalisées plus dans la forme que dans le fond. Et, à ce jour, aucun rapport public de ces assises n’a été publié pour permettre de définir les grands axes qui en résultent pour le développement de la culture. Les trois autres items sont, à l’heure du jour, en phase de «procédure» au niveau des instances concernées, mais rien de concret n’est communiqué sur la place publique. Les artistes ne sont presque pas invités à la réflexion sur les mesures prises pour définir les plans de réforme et de restructuration de l’industrie culturelle.

Express.mu (620 x 330) (25) Les assises des arts et de la culture en 2025.

Le point 67 est plus exhaustif, avec des actions encore plus fortes pour le futur de la culture à Maurice. On constate, avec le temps, que la liste de cet item semblait un peu trop belle pour être vraie. Le gouvernement soutient le développement des industries culturelles et créatives comme nouveau pilier de l’économie mauricienne. Un plan de promotion du tourisme culturel pour offrir plus d’opportunités aux acteurs culturels. Des formations et des cours au niveau tertiaire pour les professionnels des arts. La révision de la Status of Artist Act. La création d’un centre culturel mauricien pour la promotion de notre culture plurielle. Un répertoire national de la musique pour conserver l’héritage sonore de Maurice. Un Rebate Scheme pour tous les domaines artistiques.

Pour le point 67, rien n’a vu le jour ou est peut-être encore en phase embryonnaire. Deux ans après l’installation du nouveau pouvoir, pas de grandes annonces, pas de réalisations concrètes. Ne parlons pas des théâtres qu’on rénove, certes, mais pour y mettre quoi comme créations artistiques, si l’artiste est toujours en situation précaire ?

Les trois ans qui restent seront cruciaux et déterminants dans le bilan culturel et artistique de ce gouvernement. Et auront certes un impact sur le choix des électeurs le jour du prochain scrutin. En presque deux ans, on n’a pas encore vu la pose de la première pierre de ce nouveau pilier économique de Maurice. À presque mi-mandat, comme rien n’est encore visible à l’horizon, que ce soit en termes de lois, de réformes ou d’infrastructures, peut-on considérer cela comme une «faute collective» de ceux qui nous gouvernent ? Et si c’est le cas, y a-t-il matière à révocation ou à démission volontaire pour manquement à la responsabilité individuelle ou collective ?

Express.mu (620 x 330) (26) Théâtre de Port-Louis en phase de rénovation.

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Résilience culturelle

Le secteur culturel cultive le mot résilience avec ferveur depuis l’Indépendance. La République souffre toujours d’un manque criard de considération pour les acteurs du monde des arts. Dans ce climat d’indifférence étatique, il faut avancer sans rien attendre des décideurs. Rien ne présage un changement de cap au vu des vents qui soufflent sur notre île. Il vaut mieux compter sur ce que l’on a construit dans la résilience collective que dans l’attente de promesses faites sur une caisse à savon pendant la saison électorale. On trouve l’herbe plus verte ailleurs, mais on ne laboure pas assez la terre sous nos pieds pour savoir qu’elle y est encore plus fertile… qu’ailleurs. Notre idéal se construit chez nous avant tout, afin de pouvoir l’exporter loin de nos frontières. Lui donner des ailes pour qu’il puisse voler à sa guise. La liberté de nos choix et de nos mouvements ne doit pas être rattachée à des tiers. Prendre les outils pour moissonner nos lopins, arroser nos rêves pour récolter ce que l’on sème. Même si les premiers coups de pioche sur ce sol aride seront durs et que le soleil brûle la végétation, il faut continuer à semer des efforts, avec la même ardeur, dans cette pépinière. Plus de patience et plus de persévérance. Avec l’assurance de recueillir les fruits. On a certes, aujourd’hui, les éléments nécessaires à cette production, mais il manque les moyens. Malgré cette situation, de nombreux arbres émergent de ces parcelles, donnant des fruits juteux et savoureux. Car la résilience collective a permis à ce monde d’exister et d’être visible, sans être reconnu officiellement sur papier par son pays pour sa contribution à la promotion de notre culture mauricienne.

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«Inacceptable» retard !

Pour faire du politiquement correct et éviter d’être blacklisté ou qualifié d’opposant extraparlementaire, car la même pratique perdure d’un gouvernement à l’autre, il vaut mieux utiliser les citations des autres, surtout celles du pouvoir, pour exposer son point. Compte tenu du bilan à mi-mandat du gouvernement Ramgoolam, est-il encore «acceptable» que la lenteur soit excusée ? Si oui, pendant combien de temps encore cette excuse sera-t-elle valable ? Pendant combien de temps le refrain «akoz bilan gouvernma MSM» selon lequel rien n’avance va-t-il tenir pour justifier et camoufler ce long retard ? Y a-t-il une date d’expiration pour l’utilisation de ce refrain ? Alors, allons simplement dire que cet état apathique de notre gouvernement, que nous avons voté en bloc, est, en un seul mot : «inacceptable».

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