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126e anniversaire de la naissance de Sir Seewoosagur Ramgoolam
Regard d’un historien
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126e anniversaire de la naissance de Sir Seewoosagur Ramgoolam
Regard d’un historien
■ Ici des personnes venues souhaiter leurs meilleurs vœux à Sir Seewoosagur Ramgoolam pour son 84e anniversaire.
Sir Seewoosagur Ramgoolam appartient désormais à l’Histoire. Le recul, ajouté à la déclassification des archives officielles qui permettent de démêler le vrai du faux au moment où les vives émotions et polémiques du passé se sont estompées, et la possibilité de placer les événements dans une plus large perspective rend possible une évaluation plus objective et dépassionnée de son œuvre dans la construction de l’île Maurice contemporaine.
Le devoir d’Histoire, très éloigné à la fois des hagiographies et des pamphlets polémiques écrits par ses dé- tracteurs, confirme la stature de grand chef d’État qu’il avait acquise de son vivant et son rôle à la fois de Père de la nation et d’architecte de son devenir.
En effet, les documents déclassifiés aux archives de Londres révèlent que loin d’être «l’homme des Anglais» à qui il «vendit» Diego et qui obtint sur un plateau une indépendance inévitable, sir Seewoosagur Ramgoolam s’est battu pour obtenir des autorités britanniques l’accélération du processus de démocratisation et de décolonisation du pays. […]
Sir Seewoosagur Ramgoolam joua un rôle prépondérant dans l’évolution constitutionnelle du pays (…) L’étude de ses interventions et contributions révèle que sir Seewoosagur Ramgoolam était avant tout un homme de dialogue et de consensus. Dans un pays si longtemps aux mains d’une petite oligarchie, la démocratisation des structures politiques à travers l’octroi du suffrage universel, et ensuite l’indépendance, constituaient en soi une révolution – ce qui ne pouvait que susciter une exacerbation des tensions interethniques alimentées par des pyromanes de toute sorte. Dans cette île devenue une île de la peur où les racistes et réactionnaires de tous bords agitaient le spectre de la domination hindoue du pays, sir Seewoosagur Ramgoolam soutint à fond le projet britannique d’adapter le Westminster system aux réalités de la société insulaire à travers l’inclusion de solides garanties pour les minorités dans la Constitution afin de concilier minority rule with minority rights. […]
Homme de consensus, Ramgoolam comprit très vite la nécessité de rassurer non seulement les minorités ethniques mais aussi la bourgeoisie historique sans pour autant renier ses convictions socialisantes. […] Certains ont évoqué un new deal entre une bourgeoisie d’État émergente, représentée par sir Seewoosagur Ramgoolam, et la bourgeoisie historique dans le cadre d’un strict par- tage de pouvoir entre le pouvoir économique et le pouvoir politique, perpétuant ainsi un système de dual power présent à l’époque coloniale.
Mais il manque à ce schéma la notion d’un contrat social articulé autour du développement du Welfare State. En effet, tout au long de sa carrière, sir Seewoosagur Ramgoolam ne renia jamais ses convictions de «Fabian socialist». S’il respectait le droit d’entreprendre pour développer les forces productrices du pays, il ne fut jamais un adepte de l’ultralibéralisme. La dimension sociale de son œuvre réside dans le développement et la consolidation de l’État-providence qui peut être perçu comme un moyen de corriger les grandes inégalités léguées par une histoire douloureuse marquée par l’esclavage et l’engagisme. Ainsi, soutenu par ses fidèles à l’instar de sir Veerasamy Ringadoo, il mit en place une fiscalité redistributive, avec une taxe de sortie de 15 % sur le sucre et un high corporate tax afin de financer l’éducation gratuite, les subsides sur les denrées alimentaires de base (riz, farine), la santé gratuite, un système de pension universelle, etc. Et l’État-providence devient la pierre angulaire d’un modèle de développement économique dans la justice sociale et la stabilité.
Si Maurice est aujourd’hui l’un des rares developmental social democratic states de l’hémisphère Sud, c’est en grande partie grâce à la vision de sir Seewoosagur Ramgoolam. […] À l’île Maurice, malgré les grandes difficultés économiques et sociales au moment de l’indépendance qui vont alimenter une contestation radicale du système, la démocratie survivra. […]
L’Histoire retiendra que ce furent des mesures douloureuses pour la population qui jetèrent les bases du redécollage économique des années 1980… Les racines du «miracle» mauricien se trouvent dans les années SSR.
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