Publicité

Dossier Chagos

Maurice garde le cap malgré le gel de l’accord britannique

12 avril 2026, 05:30

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Maurice garde le cap malgré le gel de l’accord britannique

Le dossier des Chagos connaît un nouveau tournant majeur. Le Royaume-Uni a décidé de mettre en suspens l’accord prévoyant la rétrocession de l’archipel à Maurice, après de vives critiques du président américain Donald Trump. Cette décision, qualifiée de mise en «deep freeze», intervient alors que Londres n’a pas obtenu l’aval formel de Washington, condition jugée indispensable pour faire avancer le traité.

Conclu en mai 2025, l’accord entre Londres et Port-Louis prévoyait le transfert de souveraineté des Chagos à Maurice, tout en permettant au Royaume-Uni de louer la base militaire stratégique de Diego Garcia pour une durée d’un siècle, moyennant un paiement annuel conséquent. Toutefois, ce compromis, présenté comme historique, se heurte désormais à des considérations géopolitiques majeures.

Le gouvernement britannique, dirigé par Sir Keir Starmer, a confirmé qu’il ne poursuivrait le processus que si le soutien américain était clairement établi. Or, malgré un appui initial en 2025, la position de Washington s’est durcie ces derniers mois. Donald Trump a publiquement dénoncé l’accord comme un «acte de grande stupidité» et une preuve de faiblesse stratégique, estimant qu’un tel transfert pourrait profiter à des puissances rivales comme la Chine ou la Russie.

Cette opposition a eu un effet immédiat sur le calendrier législatif britannique. Le projet de loi visant à entériner l’accord n’a pas pu être adopté à temps avant la suspension prochaine du Parlement. Selon des sources officielles, l’absence d’un échange formel de notes entre les États-Unis et le Royaume-Uni – étape pourtant essentielle sur le plan juridique – a bloqué la mise en œuvre du traité.

Dans ce contexte, Downing Street insiste sur la priorité accordée à la sécurité opérationnelle de la base de Diego Garcia, considérée comme un atout stratégique clé pour les intérêts militaires britanniques et américains. «Nous continuerons à engager des discussions avec les États-Unis et Maurice», a indiqué un porteparole, laissant entendre que l’accord n’est pas abandonné, mais simplement reporté.

Sur le plan politique interne au Royaume-Uni, cette décision a suscité des réactions contrastées. La cheffe de l’opposition conservatrice, Kemi Badenoch, s’est félicitée de cette suspension, estimant que l’accord n’aurait jamais dû être envisagé. D’autres voix, notamment au sein des Libéraux-démocrates, dénoncent une gestion chaotique du dossier et pointent l’imprévisibilité de la position américaine.

À Maurice, cette évolution n’a pas surpris les autorités. L’Attorney General, Gavin Glover, estime que cette décision s’inscrit dans un contexte diplomatique tendu. «La suspension de l’accord sur les Chagos par Keir Starmer ne surprend pas», a-t-il déclaré, soulignant que le processus dépend étroitement des relations entre Londres et Washington.

Selon lui, l’absence de validation formelle des ÉtatsUnis constitue le principal obstacle. «La Grande-Bretagne a besoin de l’accord des États-Unis pour aller de l’avant», rappelle-t-il. Il note également que la position américaine a évolué de manière significative depuis 2025, passant d’un soutien initial à une opposition marquée sous l’impulsion de Donald Trump.

Pour Gavin Glover, cette pause ne signifie toutefois pas l’abandon du projet. Il insiste sur le fait que l’absence du texte dans le prochain discours du Roi ne ferme pas la porte à une réintroduction ultérieure au Parlement britannique. «Cela n’exclut pas la possibilité que le texte soit présenté à nouveau», précise-t-il, évoquant la poursuite des discussions entre les différentes parties.

Dans cette optique, une délégation du Foreign, Commonwealth and Development Office est attendue à Maurice le 22 avril, sous la direction de Robbie Bullock. Cette visite pourrait permettre de relancer le dialogue et de clarifier les prochaines étapes du processus.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful, adopte un ton réso- lument déterminé. Il affirme que cette situation ne remet nullement en cause la position de Maurice sur la question des Chagos. «Maurice n’exclura aucune voie, ni diplomatique ni juridique, pour compléter le processus de décolonisation des Chagos», déclare-t-il.

Le chef de la diplomatie mauricienne insiste sur le principe fondamental de souveraineté et d’intégrité territoriale, qui demeure au cœur de la politique étrangère du pays. Il voit dans la prochaine visite de la délégation britannique une opportunité de faire avancer les discussions et d’établir une feuille de route claire pour la suite des négociations.

Publicité