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Questions à…

Lucy Muigai : «La durabilité devient un facteur de compétitivité»

31 juillet 2026, 21:15

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Lucy Muigai : «La durabilité devient un facteur de compétitivité»

Lucy Muigai, Chief Executive Officer (CEO) de B Lab Africa.*

La durabilité s’impose désormais comme un impératif économique pour les entreprises mauriciennes tournées vers l’international. La CEO de B Lab Africa, qui a animé le 21 juillet un séminaire sur le thème «Sustainability in Action : Advancing Purpose-Driven Business in Mauritius» pour des entreprises intéressées à intégrer la durabilité au cœur de leur stratégie, nous en parle.

Quel était l’objet de votre visite à Maurice ?

J’étais l’invitée de Dynamia, première entreprise mauricienne certifiée B Corp et désormais B Market Builder pour Maurice et la région. Depuis 2014, Dynamia accompagne entreprises, institutions publiques et gouvernements dans leurs démarches de durabilité. J’ai donc rencontré au Ravenala Attitude, à Balaclava, des chefs d’entreprise, responsables du développement durable, fabricants, financiers et petites et moyennes entreprises de Maurice et de la région pour échanger sur la certification B Corp, la finance verte, les ressources locales et l’apprentissage inter-îles.

Qu’est-ce qu’une entreprise B Corp ?

Une B Corp est une entreprise certifiée de manière indépendante pour ses performances sociales, environnementales et sa gouvernance. Elle démontre qu’il est possible de concilier rentabilité et impact positif, en créant de la valeur non seulement pour les actionnaires, mais aussi pour les employés, les communautés et l’environnement.

Pourquoi est-ce le bon moment pour les entreprises mauriciennes de s’intéresser à la durabilité et à la certification B Corp ?

Le monde des affaires évolue rapidement. Les consommateurs, les investisseurs, les employés et les régulateurs attendent davantage de transparence et d’engagement. Pour Maurice, où les secteurs du tourisme, des services financiers et des exportations sont essentiels, la durabilité devient un facteur de compétitivité. La certification B Corp offre un cadre reconnu à l’échelle internationale pour mesurer et améliorer son impact.

Certaines firmes estiment que la durabilité coûte trop cher. Que leur répondez-vous ?

La vraie question est plutôt de savoir si elles peuvent se permettre de ne pas investir dans la durabilité. Il ne s’agit pas d’une dépense, mais d’un investissement à long terme qui permet de réduire les coûts, de gagner en efficacité, de mieux gérer les risques et de saisir de nouvelles opportunités. La transition peut se faire progressivement.

Quels sont les principaux avantages d’une certification B Corp pour une entreprise mauricienne ?

À Maurice, elle renforce la crédibilité de l’entreprise, améliore sa réputation et favorise l’engagement des collaborateurs. À l’international, elle constitue un gage de confiance reconnu par les investisseurs, les partenaires et les clients. Elle facilite également l’accès à de nouveaux marchés et à un réseau mondial d’entreprises engagées.

Maurice est une petite économie insulaire dépendante du commerce international. Quelles opportunités y voyez-vous ?

La taille de Maurice est un atout. Son ouverture sur le monde lui permet de devenir un modèle régional en matière d’entreprise responsable. En adoptant des pratiques durables, les entreprises peuvent renforcer leur compétitivité, attirer davantage d’investissements et protéger les ressources naturelles qui constituent l’un des principaux atouts du pays.

Vous travaillez avec des entreprises à travers l’Afrique. Comment Maurice se compare-t-elle ?

Maurice dispose d’un environnement économique stable, de solides liens commerciaux internationaux et d’une prise de conscience croissante des enjeux de durabilité. Le pays possède tous les atouts pour devenir un leader régional en adoptant des référentiels internationaux comme la certification B Corp.

*Qu’est-ce qui vous a le plus impressionnée à Maurice ?

J’ai été particulièrement impressionnée par la volonté d’entreprises comme Dynamia et Attitude de montrer l’exemple. Elles démontrent qu’il est possible d’allier réussite commerciale et impact positif. Leur parcours inspire d’autres entreprises à suivre cette voie et prouve que la durabilité favorise également l’innovation et la résilience.

Quel conseil donneriezvous aux jeunes entrepreneurs ?

Construisez votre entreprise autour d’une raison d’être dès le départ. Les bénéfices et l’impact positif ne sont pas incompatibles. Les entreprises qui répondent à de vrais besoins et restent fidèles à leurs valeurs développent une relation de confiance durable avec leurs clients et connaissent une croissance plus solide.

Où aimeriez-vous voir le mouvement B Corp à Maurice dans trois ans ?

J’espère voir davantage d’entreprises adopter les nouveaux standards B Corp comme outil d’amélioration continue. Le succès serait que la durabilité ne soit plus considérée comme un projet isolé, mais qu’elle soit intégrée dans toutes les décisions de l’entreprise, qu’il s’agisse du climat, des droits humains, de la gouvernance ou de l’engagement des parties prenantes.

Quel est le principal message que vous souhaitez adresser aux dirigeants mauriciens ?

N’attendez pas que le changement vous soit imposé. Prenez les devants. Mesurez votre impact, adoptez des pratiques responsables et construisez des entreprises capables de créer de la valeur durable pour leurs clients, leurs collaborateurs et les générations futures.

Les PME peuvent-elles devenir des B Corp ?

Absolument. La démarche est ouverte à toutes les entreprises, peu importe leur taille. Les PME jouent un rôle essentiel dans l’économie. Même sans viser immédiatement la certification, elles peuvent commencer par mesurer leur impact, identifier leurs points d’amélioration et progresser étape par étape grâce aux outils proposés par B Lab Africa.

Quel impact les nouvelles réglementations européennes ont-elles sur les exportateurs mauriciens ?

Les nouvelles règles européennes renforcent les exigences en matière de transparence et de lutte contre le greenwashing. Les entreprises devront démontrer concrètement leurs engagements environnementaux et sociaux. Celles qui anticipent ces évolutions seront mieux préparées pour conserver leur accès aux marchés internationaux.

Quel rôle les banques et les investisseurs peuvent-ils jouer ?

Ils ont un rôle déterminant. En intégrant des critères de durabilité dans leurs décisions de financement, ils encouragent les entreprises à améliorer leurs pratiques. Ils peuvent également accompagner cette transition grâce à des outils, des formations et des mécanismes d’incitation adaptés.

Quelles erreurs les entreprises commettent-elles le plus souvent ?

La principale erreur consiste à considérer la durabilité comme un simple exercice de communication. Avant de communiquer, il faut mesurer son impact, mettre en place les bonnes pratiques et impliquer l’ensemble de l’organisation. La durabilité doit faire partie intégrante du fonctionnement de l’entreprise.

Une entreprise responsable attire-t-elle plus facilement des talents ?

Oui. Les jeunes générations recherchent des employeurs dont les valeurs correspondent aux leurs. Les entreprises engagées attirent davantage de talents, fidélisent leurs collaborateurs et créent un environnement de travail plus motivant. Au-delà de son impact externe, la durabilité contribue à renforcer la culture d’entreprise et le sentiment d’appartenance.

* B Lab Africa fait partie d’un réseau mondial d’organisations interdépendantes qui conduisent le changement des systèmes économiques en créant les meilleures normes, politiques, programmes et outils pour les entreprises, et en certifiant les sociétés, connues sous le nom de B Corps, qui ouvrent la voie.

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