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Chagos

Londres affirme que l’accord est «bouclé» malgré le revirement de Trump

30 janvier 2026, 06:00

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Londres affirme que l’accord est «bouclé» malgré le revirement de Trump

■ Pour sir Keir Starmer, l’accord sur les Chagos est conclu et ne sera pas remis en cause. (Crédit photo : The Telegraph)

Selon The Guardian, les agences de renseignement américaines ne partagent pas l’opposition récemment exprimée par Donald Trump à l’accord sur les Chagos. Une position confirmée par le Premier ministre britannique, sir Keir Starmer, qui soutient que l’administration américaine avait auparavant clairement appuyé cet accord, jugé crucial pour la sécurité et la défense.

S’exprimant à bord de l’avion l’emmenant à Pékin pour une visite officielle axée notamment sur des questions de sécurité nationale, sir Keir Starmer a souligné que les agences américaines compétentes en matière de défense et de renseignement avaient examiné l’accord en détail avant de lui apporter leur soutien. Ces déclarations interviennent alors que Donald Trump a qualifié le projet de rétrocession de l’archipel des Chagos à Maurice d’«acte d’une grande stupidité».

Des sources de 10 Downing Street citées par The Guardian affirment que l’accord, formellement validé en mai dernier par sir Starmer et son homologue mauricien, est considéré comme un «done deal» par le gouvernement britannique et qu’il ne devrait pas être remis en cause par un revirement du président américain. Selon ces mêmes sources, aucune communication officielle du département d’État américain ni des agences de renseignement n’indique un changement de position de Washington, malgré la rhétorique virulente de Donald Trump.

Ce revirement apparent du président américain, largement relayé par les conservateurs britanniques opposés à l’accord, serait lié à ses ambitions concernant le Groenland, territoire arctique à forte valeur stratégique.

Le gouvernement britannique estime que ces prises de position relèvent davantage d’une stratégie politique que d’une réelle re- mise en cause des engagements sécuritaires précédemment établis. Interrogé sur la fiabilité de Donald Trump quant au respect de son soutien exprimé l’an dernier, Keir Starmer a rappelé avoir abordé à plusieurs reprises le dossier des Chagos avec le président américain. Il a précisé que le sujet avait encore été discuté avec la Maison Blanche à la fin de la semaine précédente et au début de la semaine en cours. Le Premier ministre a insisté sur le fait qu’une pause de trois mois avait été accordée à l’arrivée de l’administration Trump afin de permettre un examen approfondi de l’accord par les agences américaines.

Selon Keir Starmer, cet examen, mené dans un contexte où les enjeux de sécurité et de renseignement sont centraux, avait abouti à un soutien clair et public des autorités américaines, y compris du secrétaire à la Défense et du président Trump lui-même. Il a également répondu aux interrogations sur une éventuelle mauvaise compréhension des termes de l’accord par Donald Trump, en rappelant que cette période d’examen avait précisément permis aux agences américaines d’en analyser en détail les implications.

Par ailleurs, la prochaine étape du projet de loi lié à la rétrocession des Chagos a été reportée à la House of Lords. Downing Street a indiqué mercredi que ce report est lié aux discussions en cours avec les États-Unis. Un porte-parole de 10 Downing Street a affirmé que le Royaume-Uni continue de travailler étroitement avec Washington, rappelant que les États-Unis avaient été associés tout au long de l’élaboration du traité et que ces échanges se poursuivent.

Sécurité, nucléaire, souveraineté…

Les débats tenus le mercredi 28 janvier à la House of Commons ont une nouvelle fois mis en lumière les profondes divisions politiques autour du projet de loi portant sur la rétrocession de l’archipel des Chagos à Maurice et sur l’avenir de la base militaire stratégique de Diego Garcia. La séance, longue et tendue, a été marquée par des échanges virulents entre le gouvernement et l’opposition, sur fond de sécurité nationale, de droit international et d’enjeux géopolitiques dans l’Indopacifique.

La motion d’opposition a été portée par la secrétaire d'État des Affaires étrangères du Cabinet fantôme, qui a appelé la Chambre à s’opposer formellement à toute cession de souveraineté du British Indian Ocean Territory (BIOT). Elle a dénoncé ce qu’elle a qualifié de «traité de capitulation», accusant le gouvernement travailliste de fragiliser la sécurité du Royaume-Uni, de compromettre l’alliance stratégique avec les États-Unis et de prévoir le versement de plusieurs dizaines de milliards de livres sterling à Maurice, au détriment, selon elle, des contribuables britanniques.

Les conservateurs ont concentré une large part de leurs attaques sur les implications sécuritaires de l’accord, évoquant notamment le traité de Pelindaba, qui établit une zone exempte d’armes nucléaires sur le continent africain. Plusieurs députés ont affirmé que la rétrocession de la souveraineté à un État signataire de ce traité pourrait, à terme, restreindre la capacité du RoyaumeUni et des États-Unis à maintenir certaines capacités militaires sur Diego Garcia. Pour l’opposition, une telle évolution créerait un vide stratégique susceptible d’être exploité par des puissances rivales, notamment la Chine et la Russie.

Face à ces accusations, la ministre chargée de l’Indopacifique, Seema Malhotra, a défendu la position de l’exécutif en affirmant que le traité garantit le contrôle opérationnel total du Royaume-Uni sur la base de Diego Garcia pour les générations à venir. Elle a soutenu que rien, dans l’accord conclu avec Maurice, ne compromet la capacité actuelle d’exploitation de la base, ni les engagements sécuritaires pris avec les États-Unis. La ministre a également rejeté les chiffres avancés par l’opposition sur le coût global de l’accord, affirmant qu’ils ne reflètent pas les évaluations validées par les instances indépendantes.

Les débats ont aussi porté sur la solidité juridique de la position britannique. Les ministres ont rappelé que les revendications de souveraineté de Maurice sont appuyées par plusieurs instances internationales, dont l’avis consultatif de la Cour internationale de justice de 2019 et des décisions ultérieures en matière de droit maritime. Selon le gouvernement, le maintien du statu quo exposerait le Royaume-Uni à de nouveaux contentieux internationaux susceptibles de fragiliser rapidement la base de Diego Garcia.

Les libéraux-démocrates, tout en critiquant la gestion actuelle du dossier par le gouvernement, ont également reproché aux conservateurs leur volte-face, rappelant que l’essentiel des négociations avait été conduit sous leurs mandats précédents. Ils ont appelé à davantage de garanties, notamment sur la position définitive des États-Unis et sur les droits des Chagossiens, estimant que ces derniers restent insuffisamment associés aux décisions concernant leur avenir.

Au terme de plus de trois heures de débats, la Chambre des communes a procédé au vote sur la motion de l’opposition. Celle-ci a été rejetée par 284 voix contre 103, lors de la division intervenue en fin d’après-midi, permettant ainsi au gouvernement de poursuivre l’examen du projet de loi relatif au BIOT et à la base militaire de Diego Garcia, malgré les critiques persistantes et le report temporaire du texte à la Chambre des lords.

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