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Dépénalisation du cannabis

L’express soumet un mémo à la NADC

22 juin 2026, 15:00

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L’express soumet un mémo à la NADC

Photo d'illustration.

En remettant un policy paper à la National Agency for Drug Control (NADC), la rédaction de l’express pose une question fondamentale : le cadre actuel permet-il vraiment de contrôler les conséquences du marché du cannabis, ou contribue-t-il, malgré lui, à renforcer les acteurs informels que les autorités n’arrivent pas à affaiblir ?

Depuis plus d’une quinzaine d’années, l’express documente les questions liées aux drogues, à la dépendance, à la criminalité organisée et aux politiques publiques qui prétendent les combattre. Cette longue enquête de terrain avec plusieurs acteurs – consommateurs, vendeurs, policiers, magistrats, médecins, travailleurs sociaux, familles, chercheurs rencontrés au fil des années, etc; – a fini par dessiner une réalité qu’il devenait difficile d’ignorer. En ce mois de juin 2026, la rédaction a donc choisi de remettre un mémorandum à la NADC. Non pour dicter une politique. Pour partager ce qu’on a appris.

Le document, signé par le directeur des publications, Nad Sivaramen, au nom de la rédaction, cherche à «contribuer à une discussion nationale mieux informée». Le mémorandum ne prétend pas être un manifeste militant, ni un appel à la dérégulation, encore moins une tentative d’«influencer indûment les décisions publiques».

Un corpus de plusieurs articles (d’opinion et d’informations) constitue le socle du mémorandum. Il s’agit d’un constat tiré de l’accumulation des faits : la prohibition n’a pas éliminé le marché du cannabis ; les réseaux criminels continuent d’opérer ; les drogues synthétiques progressent ; les consommateurs les plus vulnérables restent exposés à des substances dont la composition est souvent inconnue. «Reconnaître cette réalité ne signifie pas que tout a échoué, précise le document. Cela signifie simplement qu’une politique publique doit être jugée sur ses résultats plutôt que sur ses intentions.»

Des principes, une logique commune

Le mémorandum s’organise autour de quelques principes directeurs. Le premier est absolu : la protection des mineurs doit demeurer le fondement de toute réforme éventuelle. L’argument est contre-intuitif mais documenté : le marché clandestin ne vérifie pas l’âge des consommateurs et ne respecte aucune norme sanitaire. Un cadre réglementé permettrait d’imposer des contrôles stricts que le marché noir rend structurellement impossibles.

Un autre principe plaide pour une approche de santé publique. L’addiction, rappelle le document, ne saurait être traitée uniquement sous l’angle répressif. Les expériences du Portugal, du Canada et de plusieurs États américains montrent qu’une meilleure articulation entre prévention, traitement et accompagnement social produit des résultats mesurables. À Maurice, les structures existantes méritent, selon le mémorandum, d’être renforcées – en matière de santé mentale, de soutien aux familles et de prévention précoce en milieu scolaire.

Les drogues synthétiques sont identifiées comme menace prioritaire. Leur composition évolue constamment pour contourner les interdictions légales, leur toxicité varie et les dommages qu’elles causent sont, selon les professionnels de terrain rencontrés par l’express, «souvent plus rapides, plus brutaux et plus destructeurs» que ceux liés au cannabis naturel. Ce constat impose une hiérarchisation des ressources policières et judiciaires.

Un autre principe découle du troisième : réorienter les forces de l’ordre vers les organisations criminelles structurées plutôt que vers les petits consommateurs. «L’objectif ne serait pas d’affaiblir la loi mais d’en améliorer l’efficacité», précise le document.

Le chanvre industriel – textile, construction, alimentation, cosmétique – est aussi mis en avant comme piste de diversification économique méritant une étude sérieuse dans un cadre réglementaire robuste, assorti d’exigences de traçabilité et d’une supervision publique rigoureuse.

Ce qui distingue le mémorandum d’un simple plaidoyer est peut-être sa prudence vis-àvis des expériences étrangères. Le Canada, l’Allemagne, Malte, l’Uruguay et plusieurs États américains sont cités non comme modèles à importer mais comme expériences à analyser avec «la distance critique qui caractérise toute démarche sérieuse». «Aucun pays n’a trouvé de solution parfaite. Les réformes produisent des résultats variables», rappelle le document.

La rédaction souligne les spécificités du contexte mauricien : «une population relativement restreinte, un territoire limité, des institutions solides, une société civile active et une capacité de contrôle qui pourrait permettre des approches graduelles et rigoureusement encadrées».

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