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Les petites musiques de l’opposition… (ou les mêmes ingrédients, une nouvelle rougaille)

18 août 2026, 07:00

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La politique recycle ses propres scénarios. Ce qui se joue aujourd’hui dans les travées de l’opposition ne peut être compris sans revenir à avril 2024, lorsque Xavier-Luc Duval quitta la table des négociations à Riverwalk, convaincu qu’il serait impossible de travailler avec Paul Bérenger : «Li kler ki Bérenger inn fer tou pou ki PMSD vinn indezirab dan lalyans», confiait-il à l’express. Navin Ramgoolam, qui souhaitait alors faire de Duval un contrepoids à Bérenger, nous disait de son côté : «Malerezman nou pa’nn resi.»

Ramgoolam dut choisir. Le PMSD claqua la porte, Duval se rapprocha du MSM et l’alliance PTr-MMM, élargie à ReA et aux Nouveaux Démocrates, remporta quelques mois plus tard un spectaculaire 60-0.

Fast-forward. Nous sommes en août 2026. L’ironie est presque parfaite : ceux qui avaient construit cette victoire se retrouvent sur des bancs différents, tandis que ceux qui refusaient hier de marcher ensemble pourraient être tentés de se retrouver. L’histoire ne repasse jamais exactement les mêmes plats. Mais à Maurice, elle aime reprendre les mêmes ingrédients — parfois les mêmes rougailles.

En 2024, Ramgoolam savait qu’il ne suffisait pas d’additionner les logos. Il fallait choisir avec qui gouverner. Le PMSD jugeait Bérenger difficilement compatible avec une alliance équilibrée. Le leader mauve, lui, misait sur le poids historique du MMM, malgré 15 années passées hors du pouvoir et des fractures déjà visibles. L’émergence de Joanna Bérenger et d’un cercle rapproché autour du leader alimentait aussi les interrogations. Ramgoolam choisit finalement Bérenger. Le 60-0 lui donna raison électoralement. Vingt et un mois plus tard, le prix politique de ce choix apparaît : Bérenger et sa fille ont quitté le gouvernement, et l’alliance victorieuse s’est transformée en une mosaïque où chacun cherche son nouvel espace.

C’est dans cette lumière qu’il faut regarder le rapprochement, sur le papier, entre le FMP de Bérenger et Joe Lesjongard — sans confondre convergence tactique et rapprochement formel avec le MSM. Lesjongard demeure un député MSM qui a porté seul, pendant des mois, le costume de leader de l’opposition, tout en gardant les yeux tournés vers le Sun Trust. Il récupère aujourd’hui la présidence du PAC, tandis que le FMP obtient le leadership de l’opposition avec Chetan Baboolall et le poste de Whip avec Joanna Bérenger. Chacun y trouve son compte. Et c’est précisément ce qui mérite d’être observé : moins les déclarations publiques que les espaces de convergence. Un accord tacite n’est pas encore une alliance. Mais il peut en être la première pierre.

La démission de Lesjongard a donc déclenché une nouvelle redistribution des cartes. Adrien Duval, lui, sort des deux fonctions qu’il occupait : Whip de l’opposition et président du PAC. Sa lettre de démission établit qu’il a quitté ces responsabilités «in light of the resignation of the Leader of the Opposition».

La Speaker formalise les nominations prévues par la Constitution ; elle ne compose pas la musique des travées. Lorsque trois postes changent simultanément de mains, il faut bien que les protagonistes aient quelque part trouvé un terrain d’entente. C’est précisément cette partielà que personne ne semble vouloir jouer devant les journalistes.

Pourquoi ?

Baboolall devient le visage parlementaire du FMP ; Joanna Bérenger en devient la Whip. Or un Whip n’est pas un titre décoratif : il coordonne les députés, organise leur présence et leurs interventions, fait circuler l’information et veille à la cohésion du groupe. Il faut donc savoir rassembler. Et c’est là que commence le véritable test pour Joanna Bérenger. Peut-elle, malgré les rapports parfois tendus avec certains élus, transformer les susceptibilités et les ambitions individuelles en équipe parlementaire ? Le Parlement n’est pas un congrès de parti.

Sinon, cette nouvelle opposition commencera par une contradiction : vouloir rassembler, tout en restant prisonnière de ses propres fractures.

L’autre énigme s’appelle Franco Quirin. Au terme de cette redistribution, il n’obtient aucun des trois postes. Il revendique sa neutralité et affirme ne favoriser personne. Très bien. Mais en politique, la neutralité produit parfois des effets très concrets. En ne soutenant pas Lesjongard, Quirin a contribué à ouvrir la voie à Baboolall. Et lorsqu’un député qui n’a jamais caché certaines ambitions gouvernementales devient une pièce de ce nouvel échiquier, alors même que Ramgoolam annonce un remaniement, les questions surgissent naturellement. Un fauteuil ministériel ? Une fonction de secrétaire parlementaire privé ? Ou simplement l’indépendance revendiquée ?

La politique nous le dira.

Reste le PMSD. Xavier-Luc Duval avait quitté la table de 2024 à cause de Bérenger. Si Bérenger et les siens ne sont plus à cette table, l’une des principales épines de la relation rougebleu disparaît. Le PTr, lui, regarde des partenaires fragilisés : ReA a perdu une partie de son capital auprès de la gauche et des syndicats ; les Nouveaux Démocrates sont eux-mêmes traversés par des tensions. Et si l’histoire se recyclait une fois encore ?

Après le 60-0, Maurice découvre une étrange géométrie politique : les sièges n’ont pas changé, mais les camps, eux, se déplacent. Dans cette nouvelle géométrie, les silences sont parfois plus révélateurs que les nominations.

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