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Laura Vantard-Augustin : «Les autistes sont différents, mais pas incapables»

3 septembre 2025, 15:00

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Laura Vantard-Augustin : «Les autistes sont différents, mais pas incapables»

Laura Vantard-Augustin, présidente de l’Association Autisme Maurice

L’association Autisme Maurice s’est vue attribuer un terrain en vue de la création d’un centre spécialisé à La Vigie. Cela permettra d’aider enfants et adultes atteints d’autisme, soutient sa présidente, Laura Vantard-Augustin. Elle espère également arriver à faire évoluer la perception de cette maladie, qui touche de plus en plus de personnes à Maurice.

Quelles initiatives mettez-vous en place pour accompagner les personnes autistes et leurs proches ?

L’autisme est une réalité qui demande un accompagnement à plusieurs niveaux, tant pour la personne concernée que pour sa famille. Notre objectif principal est d’améliorer la qualité de vie des enfants et de leurs proches en leur offrant un encadrement adapté, bienveillant et structuré. Nous avons ainsi mis en place deux écoles spécialisées, à Berthaud et à Calodyne, qui accueillent les élèves dans un environnement pensé pour eux. Ces structures sont encadrées par des éducateurs et un personnel formé en continu, afin de répondre aux besoins spécifiques liés à chaque degré de l’autisme. Un ergothérapeute et un psychologue font également partie de l’équipe : ils suivent individuellement les enfants, guident les éducateurs et apportent un regard professionnel pour adapter les méthodes pédagogiques et thérapeutiques.

Nous accordons une place importante au lien avec les familles. Un carnet de liaison permet un suivi quotidien entre parents et éducateurs, favorisant une meilleure compréhension de l’enfant et de ses progrès. De plus, une rencontre annuelle réunit parents, éducateurs, thérapeutes et psychologues. C’est un moment clé pour dresser un bilan, fixer de nouveaux objectifs et avancer ensemble vers un but commun. L’accompagnement ne s’arrête pas là. Chaque mois, des rencontres entre parents et membres de l’association offrent un espace de partage et de solidarité. Des groupes WhatsApp facilitent aussi la communication : l’un réservé aux mamans, où conseils et expériences sont échangés, et l’autre pour les membres de l’association afin de coordonner les actions. Enfin, nous bénéficions de l’engagement d’un professionnel bénévole présent chaque semaine à l’école, qui propose une écoute attentive aux parents et au personnel. Cet appui, même ponctuel, est essentiel, car accompagner l’autisme, c’est aussi offrir un soutien moral et humain à ceux qui l’entourent.

Quels sont les principaux obstacles que rencontre votre association ?

Notre plus grand défi reste le manque de volontaires. Nous avons besoin de soutien pour faire connaître la cause, organiser des levées de fonds, sensibiliser à l’autisme et surtout promouvoir l’acceptation des personnes autistes dans la société. Malheureusement, la société mauricienne n’est pas encore totalement prête à accueillir les personnes «différentes» et cette réalité freine nos actions.

Un autre obstacle majeur vient du manque d’implication, parfois même au sein de notre propre association. Certains parents, une fois leur enfant inscrit à l’école, estiment que leur rôle s’arrête là et ne participent plus aux activités collectives. Cela affaiblit nos efforts, alors que le combat pour l’autisme doit être mené ensemble, au-delà de la scolarisation. Enfin, nous faisons face à une absence criante de structures adaptées pour les jeunes adultes autistes. Les enfants grandissent vite, mais Maurice ne propose pas encore de cadre approprié pour leur offrir autonomie, dignité et avenir.

Quels sont les clichés ou idées fausses les plus répandus concernant l’autisme ?

Il existe malheureusement beaucoup d’idées reçues autour de l’autisme, souvent nourries par la méconnaissance. Il m’arrive d’entendre des réflexions qui me font sourire, comme lorsqu’on me dit :«Oh oui, c’est comme le Dr. Murphy dans la série Good Doctor !» Or, tous les autistes ne sont pas dotés d’une intelligence hors du commun. Certains ont effectivement des talents exceptionnels, mais la majorité ne correspond pas à cette image idéalisée.Un autre cliché persistant est d’associer le trouble du spectre autistique (TSA) à la folie ou au retard mental.

Ce n’est pas exact. Chaque personne est différente : certaines ont besoin d’un accompagnement spécifique, mais cela ne signifie pas qu’elles soient incapables ou dépourvues de potentiel. On entend aussi dire que les personnes autistes sont «mal élevées», que l’autisme est une maladie ou encore qu’il est impossible de communiquer avec elles. Tout cela est faux. L’autisme n’est pas une maladie, mais une condition neurodéveloppementale. Avec les bons outils, une personne autiste peut apprendre, progresser et surtout s’exprimer à sa manière. L’essentiel est de comprendre que derrière chaque diagnostic, il y a un individu avec ses forces, ses difficultés et surtout son humanité.

De quelle manière favorisez-vous l’intégration scolaire et sociale des personnes autistes ?

Nous travaillons beaucoup sur l’autonomie et l’inclusion. Depuis mars, nous avons lancé l’Atelier Kestrel, destiné aux élèves de plus de 20 ans, où ils suivent des cours de cuisine, d’agriculture et d’artisanat. L’objectif est de les former à un métier et de les préparer à une vie active. Parallèlement, nous organisons régulièrement des sorties éducatives et sociales : visites de musées, parcs aquatiques, supermarchés ou encore voyages en métro. Ces expériences permettent aux enfants de s’habituer à la société, mais aussi à la société de mieux les accueillir. Récemment, un voyage à Rodrigues a réuni élèves et familles dans un cadre d’apprentissage et de partage. Enfin, grâce aux programmes de pre-work training avec Rainbow Foundation et Inclusion Mauritius, nous aidons les jeunes à découvrir leurs compétences et à accéder, progressivement, au monde du travail.

Quels types d’appui offrez-vous aux familles et aux aidants ?

Nous avons à cœur de soutenir non seulement les enfants autistes, mais aussi leurs familles et les aidants qui les accompagnent au quotidien. Grâce à notre centre de diagnostic SEDAM, nous proposons des évaluations à un tarif très abordable, rendu possible grâce au soutien fidèle de notre sponsor CIEL. Ce service permet à de nombreux parents d’obtenir un diagnostic précoce et fiable pour leur enfant. Par ailleurs, nous organisons régulièrement des formations animées par des professionnels d’Autisme Réunion, avec qui nous collaborons via le Pôle Autisme de l’océan Indien (PAOI). Ces formations s’adressent non seulement aux parents et aidants, mais aussi aux chauffeurs de bus scolaires et aux accompagnateurs, afin de mieux comprendre et encadrer les enfants. Enfin, un projet porté par Autisme Réunion a permis la venue d’un médecin spécialiste en soins somatiques, formant médecins et paramédicaux mauriciens à mieux accompagner les personnes autistes, notamment celles non-verbales.

Comment soutenez-vous les personnes autistes le long de leur parcours scolaire et professionnel ?

Le premier soutien passe par la sensibilisation. Parler de l’autisme, informer et déconstruire les préjugés sont essentiels pour favoriser une meilleure compréhension et une acceptation réelle. Cela crée un environnement plus inclusif, que ce soit à l’école, dans la formation ou plus tard dans le monde du travail. Concrètement, nous militons pour une meilleure prise en charge dès la petite enfance. Nous avons visité plusieurs écoles maternelles afin de sensibiliser les enseignants et leur offrir des formations adaptées. L’objectif est que l’enfant soit accueilli dès ses premières années dans un cadre bienveillant, où ses besoins spécifiques sont compris.

Le parcours reste parfois difficile, car une personne autiste conservera toujours ses particularités, qui peuvent être source de stress pour elle-même et son entourage. Mais avec l’accompagnement des parents et la compréhension de l’environnement, les réussites sont possibles. Nous avons l’exemple d’une maman qui a toujours soutenu son fils dans son emploi au sein d’un bureau non gouvernemental, tout en sensibilisant ses collègues. Aujourd’hui, il s’épanouit dans son travail. Enfin, nous multiplions les actions de proximité: interventions dans les écoles, participation au Salon de la santé et du bien-être chaque année, rencontres avec les familles pour leur offrir écoute et soutien moral.

Proposez-vous des programmes adaptés selon les différentes tranches d’âge : enfants, adolescents, adultes ?

Oui, nous avons développé des programmes adaptés, même si nos moyens restent limités. Les enfants et les adolescents bénéficient du plus grand encadrement, puisqu’ils sont encore dans la tranche d’âge scolaire. Pour les adultes présentant un degré d’autisme modéré, nous avons lancé l’Atelier Kestrel, qui propose des activités comme la cuisine, l’agriculture ou l’artisanat afin de les préparer à une certaine autonomie. Parallèlement, nous travaillons à la création d’un Day Care destiné aux adultes avec un degré plus sévère d’autisme, afin de leur offrir un cadre d’épanouissement et d’activités adaptées au quotidien.

Quels sont les projets ou ambitions que vous souhaitez développer dans les prochaines années ?

Notre plus grande ambition est la création d’une véritable Maison de l’Autisme à Maurice. Ce lieu regrouperait, sous un même toit, la majorité des services liés à l’autisme : un centre d’information et de diagnostic, des espaces de thérapies spécialisées, un centre de formation, une école maternelle adaptée, ainsi qu’un centre de répit pour offrir aux parents et aux aidants un moment de repos indispensable. À terme, nous souhaitons également y intégrer une résidence permanente avec la logistique et le personnel qualifié nécessaires pour accueillir les adultes autistes dont les parents, en raison de l’âge ou du décès, ne peuvent plus s’occuper. L’octroi d’un terrain à bail par le ministère des Terres et de l’aménagement du territoire, en août 2025, marque le premier pas vers ce projet ambitieux et crucial pour répondre au nombre croissant de diagnostics.

Pour concrétiser cette vision, nous lançons un appel à la solidarité. Dans un premier temps, nous avons besoin de consultants en bâtiment prêts à offrir leur expertise : architectes, ingénieurs civils, en bâtiment, mécanique et électrique, métreurs, paysagistes et directeurs de projet. Dans un second temps, nous aurons besoin de constructeurs, entrepreneurs et partenaires privés. Leur soutien, qu’il soit financier, en main-d’œuvre ou en matériaux, sera essentiel pour donner vie à ce projet pionnier à Maurice.

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