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Le yo-yo mauve
Combien de fois encore Paul Bérenger va-t-il convoquer la presse pour annoncer une décision… qu’il ne prend pas ? Trois fois déjà. Trois conférences, trois promesses de rupture, trois volte-face. À ce rythme, ce n’est plus de la politique, c’est un spectacle. Un yo-yo. On descend, on remonte, et au final, rien ne bouge.
Réuni hier en comité central, le MMM n’a pas tranché. Ou plutôt, il a tranché sans trancher. Une «très grande majorité» veut rester au gouvernement. Mais son leader, lui, veut partir sans trop savoir quand. Résultat : on reporte. On temporise. On renvoie au Bureau politique. Puis, peut-être, à une assemblée des délégués. Et après ? Une autre conférence de presse ?
La vérité est plus simple, et plus brutale : Paul Bérenger a été désavoué. Mis en minorité par sa propre base. Alors il joue la montre. Il retourne aux instances. Il espère inverser la vapeur. Il tente de reprendre la main sur un parti dont il a longtemps été le centre de gravité – au point de confondre, aujourd’hui encore, le MMM avec lui-même.
Mais le pays, lui, n’est pas un comité central. L’économie n’est pas une salle de réunion à Ébène. Pendant que le leader mauve hésite, tergiverse, invoque tour à tour le danger du MSM (thème central de notre éditorial du lundi 16 mars, Le jeu dangereux du MMM), les souffrances des militants, les fêtes religieuses – Ugadi ou Eid-ul-Fitr aujourd’hui, Pâques demain ? – l’incertitude s’installe. Et elle coûte.
Car que voit-on, de l’extérieur ? Un Deputy Prime Minister qui explique que «rester au gouvernement» ne signifie pas «rester DPM». Un chef qui dit tout et son contraire en l’espace de quelques minutes. Un parti qui débat en public de ses contradictions internes, sans jamais assumer une ligne claire.
Et pendant ce temps-là, au Parlement, une autre scène se joue. Navin Ramgoolam, lui, sourit. Il gouverne. Il compte. Treize des dix-huit élus MMM sont à leur poste. Le gouvernement tient. La machine tourne. Le véritable maître du jeu est là : calme, entouré, solide.
À côté, l’image est cruelle : Paul Bérenger et sa fille, les mains posées sur la table face aux journalistes, comme pour mieux retenir un pouvoir qui leur échappe. Alors que Gunness, Bhagwan, Nagalingum et Navarre-Marie sont en retrait, l’air pensif. Il n’y a pas de dynastie, martèle-t-on. Officieusement, une mise en scène familiale qui interroge. Et qui contredit, une fois de plus, les proclamations.
Le plus troublant, au fond, n’est pas l’hésitation. C’est l’illusion de contrôle. Bérenger pense encore pouvoir «damer le pion» à ses lieutenants, manipuler les instances, retarder l’échéance et jouer avec la presse. Mais chaque report affaiblit un peu plus son autorité. Chaque conférence sans décision entame un peu plus sa crédibilité. Et le pays regarde. Lassé. Déconcerté. Parfois même amusé, ou désabusé.
Car, oui, cela devient une farce. Une pièce répétitive où les mêmes répliques reviennent: «Pas de convergence», «Chacun va réfléchir», «Rendez-vous lundi»… Entre-temps, rien. Sinon un flou politique qui tombe au pire moment, alors que les enjeux – coût de la vie, crédibilité financière, risques de dégradation liés à ce qui se passe au Moyen-Orient et dans les pays du Golfe – exigeraient clarté et leadership. La question n’est plus de savoir si le MMM doit rester ou partir.
La question est de savoir combien de temps encore le pays devra subir ce théâtre. Car, à force de jouer avec le temps, c’est le temps qui finit par jouer contre vous.
Et lundi approche. Encore une fois… Mais, après sa prestation d’hier, Paul Bérenger est-il toujours crédible ?
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