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L’histoire locale racontée par l’alimentation

27 juin 2026, 22:00

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L’histoire locale racontée par l’alimentation

Le nouvel ouvrage publié par Panagora explore l’évolution des habitudes alimentaires locales et leur lien étroit avec l’histoire, la culture et l’identité de l’île.

Ki Pou Kwi ? Derrière cette question que se posent quotidiennement des milliers de familles mauriciennes se cache une réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît. C’est ce que démontre Ki Pou Kwi ? en 304 pages. Publié par Panagora, acteur clé de la distribution alimentaire, il retrace l’histoire de l’alimentation locale, de la période précoloniale à nos jours.

Loin d’être un livre de recettes, cet ouvrage est le fruit d’un vaste travail de recherche mené à la suite de la pandémie de Covid-19. Entre 2020 et 2022, alors que les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales relançaient les débats sur la souveraineté alimentaire, Panagora a souhaité mieux comprendre les fondements historiques de l’alimentation locale. Une mission de recherche a ainsi été confiée à l’anthropologue Maya de Salle. Celle-ci a d’abord donné naissance au rapport Manze Lontan en 2023, avant de déboucher sur Ki Pou Kwi ? Ce projet, plus ambitieux, a été réalisé avec la participation de Yovan Jankee et de l’artiste Aliya Chojoo. La direction artistique et une grande partie des illustrations ont été assurées par Steffi Edouard.

Pour réaliser cet ouvrage, les auteurs se sont appuyés sur de nombreuses archives ainsi que sur des entretiens menés auprès de 24 Mauriciennes et Mauriciens, issus de différents milieux sociaux, culturels et géographiques. Le livre est structuré en cinq parties qui permettent de suivre l’évolution de l’alimentation à travers les grandes périodes de l’histoire du pays.

La première s’intéresse à l’environnement nourricier naturel de l’île avant l’arrivée de l’homme. Les auteurs rappellent que «le peuplement de l’île a perturbé l’équilibre écologique fragile, entraînant l’extinction de nombreuses espèces animales et végétales». La deuxième partie explore la période française, entre 1715 et 1810, marquée par l’introduction progressive de cultures vivrières. «Peu à peu, les Français ont introduit des plantes nécessaires à l’alimentation de la population de l’île et des navires de passage. Ils ne se sont pas tournés tout de suite vers la culture de la canne à sucre», souligne l’ouvrage.

La troisième partie du livre est consacrée à l’administration britannique et aux transformations provoquées par l’abolition de l’esclavage, l’engagisme et l’économie de plantation. Citant l’historien Musleem Jumeer, le livre rappelle que «la conquête britannique de l’île en 1810 peut être considérée comme le point de départ d’une véritable économie de plantation».

L’ouvrage s’intéresse ensuite aux bouleversements du XXᵉ siècle, des pénuries alimentaires engendrées par la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la mondialisation et l’évolution des modes de consommation. Enfin, la dernière partie – Ki pou kwi dime ? – explore les initiatives locales, solidaires et durables, qui pourraient contribuer à relever les défis alimentaires de demain.

Au-delà de l’histoire de la nourriture, le livre propose une réflexion sur l’identité mauricienne. «L’identité et l’alimentation sont intimement liées. La nourriture, tout comme le langage, exprime une appartenance culturelle et agit comme un reflet de notre rapport au monde», souligne Aliya Chojoo. Un constat partagé par Maya de Salle, pour qui «l’anthropologie de l’alimentation à l’île Maurice révèle comment les pratiques alimentaires sont liées à l’identité, à la culture et à l’histoire de l’île».

Disponible en librairie depuis le 18 juin au prix de Rs 800, Ki Pou Kwi ? invite ainsi les lecteurs à redécouvrir l’histoire de Maurice à travers l’un de ses aspects les plus universels : ce que l’on mange.

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