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«Deba Klima»
Le trio de La Confiance conserve son titre
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«Deba Klima»
Le trio de La Confiance conserve son titre
Michat Legrand-Raout, l’enseignante qui a encadré l’équipe du collège de La Confiance dans le «Deba Klima».
Timothée Babajane Sahel, Gauthier Charlot et Samuel Dhookit, tous trois en Grade 12, ont offert au collège de La Confiance un deuxième titre consécutif à Deba Klima, en battant le Dr James Burty David SSS en finale. Encadré par leur enseignante Michat Legrand-Raout, le trio a défendu, à contre-courant de ses propres habitudes, une position critique sur l’intelligence artificielle face au changement climatique, au terme d’une saison diffusée chaque samedi du 9 mai au 27 juin sur les ondes de la MBC. Ils ont quitté la scène avec ce trophée, mais ce qu’ils racontent d’abord, c’est une main tenue avant d’y monter.
Un rituel avant la tempête
Ces trois adolescents racontent une aventure vécue à trois, mais chacun garde une idée bien à lui de ce que sera la suite. Timothée a 19 ans et suit la filière artistique ; il se verrait plus tard participer à des campagnes contre le changement climatique. Gauthier, 18 ans, filière technique, vise le notariat tout en voulant «être plus actif au niveau écologique». Samuel, 19 ans, également en filière artistique, se projette dans l’enseignement. Interrogés sur le rôle de chacun dans l’équipe, les trois adolescents ont chacun leur vision. Gauthier, lui, n’hésite pas longtemps : Timothée serait le fonceur, «toujours là pour déjouer les plans de l’adversaire grâce à ses dialogues et chansons». Samuel, lui, garde son calme, «très chill», même dans l’échec, mais toujours maître de son sujet. Et Gauthier se voit en stratège, celui dont «les chansons et les petites piques» étaient «mûrement réfléchies et bien placées».
L’ordre de passage avait été fixé par Michat Legrand-Raout, avec l’aide de ses collègues Alexsina Arlapen Bhugwansing et Rachelle Furcy : Samuel ouvrait le débat, Timothée prenait le relais, et Gauthier le clôturait. Les recherches, elles, se faisaient à trois. «Pour ce qui est des recherches, tout le monde y avait participé», précise Timothée. Avant chaque passage, le trio a gardé le même geste. «Nous nous tenions la main et nous faisions une prière ensemble», raconte Samuel.
Il y a aussi une philosophie qu’ils se répétaient, peu importe l’issue du débat : ils avaient déjà gagné, rien que d’avoir vécu l’aventure. «Nous voulions remporter le concours, mais au-delà du trophée, nous avions énormément appris», poursuit Samuel. Confiance en soi, prise de parole en public, compréhension fine des enjeux climatiques : c’est cette conviction, plus que la pression du résultat, qui les a soudés jusqu’à la finale.
Le doute, pourtant, n’a pas épargné l’équipe. «La seule fois où j’ai douté, c’est lorsque mon co-équipier n’arrivait pas à comprendre quelque chose», se souvient Gauthier, «mais il a fini par se concentrer et tout s’est bien passé.» Un autre moment de flottement survient en pleine finale, quand Gauthier rate son tour de parole. «J’étais dévasté. Je me suis dit : sérieusement, on a fait tous ces efforts pour que je nous fasse perdre en finale.» Il dit avoir été «vraiment hors de lui», avant que l’équipe ne reprenne son fil.
Défendre une position qu’on ne partage pas
Le thème du débat final imposait aux élèves du collège de La Confiance une position critique envers l’intelligence artificielle (IA). Un exercice qui a fini par déborder du cadre scolaire. «J’utilise parfois l’IA pour mes recherches, pour me renseigner ou obtenir des informations», admet Timothée. «Mais depuis que j’ai fait mes recherches pour les arguments, j’ai vu la face cachée derrière l’IA : sa consommation d’eau, d’électricité et son impact sur la vie des gens.» Un argument, en particulier, n’a pas eu le temps d’être développé sur scène : celui de l’eau utilisée pour refroidir les processeurs.
«C’est de l’eau potable ou de l’eau recyclée», explique Timothée. «L’eau recyclée n’est pas vraiment inoffensive, car pour ne pas rouiller les processeurs, des produits chimiques sont ajoutés comme l’hydrazine, qui provoque des cancers d’après l’Agence européenne des produits chimiques.» Face à eux, le Dr James Burty David SSS a avancé que l’IA pouvait prédire le changement climatique, un argument qui a marqué Timothée, qui affirme avoir eu «un argument contre cela» en réponse.
Le débat a aussi changé leurs habitudes personnelles. «J’ai réduit mon temps d’utilisation de l’IA», affirme Gauthier, «et je ne l’utilise que lorsque je n’ai aucune autre alternative.» Samuel, de son côté, retient surtout à quel point la technologie est déjà partout : hôpitaux, agriculture, transports, éducation, «et qu’elle doit être utilisée de manière responsable et éthique». Quant au moment le plus applaudi de la finale, Gauthier n’en garde pas les mots exacts, mais le fond : «Cela parlait de la prise de conscience face à l’exploitation des enfants dans les mines de cobalt.»
Le collège de La Confiance conserve ainsi son titre pour la deuxième année consécutive, mais avec un tout autre trio sur scène. Le trio dit s’être appuyé sur ce que l’édition précédente avait révélé, sans en avoir fait partie. «Nous avons beaucoup plus misé sur la préparation», explique Samuel. «Nous avons approfondi nos recherches, analysé davantage les arguments adverses et travaillé notre manière de communiquer.» Cette manière d’apprendre de l’édition précédente, ajoute-t-il, les a rendus «plus stratégiques et plus sereins». La reconnaissance qui suit cette victoire ne se prend pas à la légère. «Beaucoup d’élèves et d’enseignants viennent nous féliciter et nous encourager», dit Samuel. «C’est une grande fierté de représenter notre établissement, mais cela nous rappelle aussi que nous devons rester humbles.» Il espère que cette victoire pousse d’autres jeunes à «oser participer à ce type de concours».
Le prix du trophée les attend maintenant sur le terrain. À Rodrigues, Timothée dit vouloir observer «comment les Rodriguais font face au changement climatique, les exemples à suivre et surtout les produits artisanaux qu’ils fabriquent». Samuel voit dans ce voyage l’occasion de confronter la théorie au réel : «Les recherches nous apportent des connaissances, mais rien ne remplace les échanges avec les habitants et l’observation directe des défis auxquels ils font face.» Il espère en revenir «avec des idées qui pourront inspirer des actions positives».
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Michat Legrand-Raout : «Je les connais depuis le Grade 7»
Pour Michat Legrand-Raout, qui suit ces élèves depuis le Grade 7, cette édition a été marquée par une transformation qu’elle n’attendait pas forcément. «Ce groupe est très différent de celui de l’année dernière», observe-t-elle. «La surprise pour moi fut à chaque débat, car leur performance allait au-delà de leur pratique lors des répétitions. J’ai vu ces élèves grandir en maturité, en convictions et en estime de soi.» Le désaccord, parfois, faisait partie du processus. «Il faut savoir leur expliquer la question et les rediriger», dit-elle, évoquant aussi la nécessité d’apprendre aux élèves à «gérer leurs émotions quand un thème les touche personnellement».
Entre son rôle de section leader du Grade 12, d’enseignante d’anglais et de General Paper et d’encadrante du Deba Klima, Michat Legrand-Raout reconnaît un investissement qui dépasse les heures de classe habituelles, un travail partagé avec ses collègues Rachelle Furcy et Alexsina Arlapen Bhugwansing. «Cela demande beaucoup de temps additionnel», dit-elle, avant de saluer «tous ces enseignants et ces élèves qui ont participé à la quatrième édition du Deba Klima 2026».
Ce qu’elle retient, au fond, dépasse le trophée. «Tous les participants sortent gagnants de ce concours», estime-t-elle, «car même s’ils n’ont pas remporté le trophée, ils ont gagné en connaissances et en compétences.» Elle voit dans ce format une occasion rare pour la jeunesse de s’exprimer, en kreol morisien, sur «un sujet d’importance capitale pour notre nation». À ces élèves et à ceux qui suivront, elle adresse un message simple : croire en eux, persévérer, et se servir de leur créativité, réseaux sociaux compris, pour devenir «des acteurs du changement, ici et sur le plan mondial».
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