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Guerre en Iran

Le contrecoup du conflit sur les importations et les prix

11 mars 2026, 14:00

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Le contrecoup du conflit sur les importations et les prix

Pas de pénurie alimentaire attendue, mais une hausse des prix possible, selon le ministre du Commerce.

Le conflit au Moyen-Orient impacte le commerce mondial, et, comme prévu, Maurice n’y échappe pas. La majorité des biens consommés par la population est importée. Cette forte dépendance rend le pays vulnérable à toute perturbation internationale, qu’elle soit due à des tensions géopolitiques, à des catastrophes naturelles ou à des hausses de prix sur les marchés mondiaux. Les tensions actuelles ont déjà provoqué une hausse des coûts du fret maritime et des retards dans les chaînes logistiques, signalant des défis pour l’économie insulaire.

? Marchandises en stand-by

Après dix jours de conflit, Kevin Carpenen, président de l’Association professionnelle des transitaires, explique que, pour le moment, seules les liaisons maritimes vers et depuis le Moyen-Orient sont directement perturbées : «Maurice importe pas mal de produits du Moyen-Orient, principalement des Émirats arabes unis, comme les dates, le miel, des produits cosmétiques, des huiles, des produits alimentaires en conserves et, plus important encore, c’est que 35 % de l’exportation mondiale de l’urée (ndlr : un engrais fortement azoté) passe par le détroit d’Ormuz. L’Iran et l’Arabie Saoudite sont parmi les 5 premiers pays exportateurs d’urée dans le monde. L’acheminement de l’urée vers les grands pays agricoles sera grandement affectée.»

De plus, poursuit Kevin Carpenen, «20 % du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz. Toutefois, ce passage n’est pas le seul impacté par le conflit. Les eaux environnantes sont également concernées, et les compagnies maritimes ont demandé à leurs navires présents dans ces zones de se mettre à l’abri jusqu’à nouvel ordre.» Car il y a un risque pour les navires qui doivent traverser les eaux avoisinantes. De plus, «notre cargaison, qui devait arriver la semaine prochaine, est en arrêt actuellement à Oman et pour le moment, personne n’a de visibilité sur une amélioration de la situation. On pourrait être amené à faire face à une pénurie provisoire de certains produits en provenance du Moyen-Orient car les navires auront pas mal de retard. Sans oublier que les produits déjà embarqués et qui sont donc en attente vont perdre un peu de leur shelf life.»

? Appel au calme

Yusuf Sambon, importateur et propriétaire des supermarchés Lolo, fait remarquer que la situation actuelle complique également l’acheminement des marchandises en provenance d’autres régions. Il importe des marchandises de divers pays, entre autres de la Malaisie, la Chine, la Thaïlande, l’Italie, l’Égypte, la Turquie, la Tunisie, du Maroc, de la Belgique et d’Espagne. «Nous recevons des mails nous informant que certaines cargaisons n’ont pas été embarquées, et nous n’avons aucune idée de quand elles le seront. Pour l’instant, c’est assez compliqué», expliquet-il. Il cite en exemple un navire attendu le 19 mars, dont l’arrivée a été reportée au 25 avril, illustrant les perturbations actuelles dans le transport maritime et les retards de livraison avec notamment de nouveaux itinéraires.

Néanmoins selon le ministre du Commerce, Michaël Sik Yuen, la population ne devrait pas craindre une pénurie alimentaire. «Dimounn pa pou mank manze, pa bizin panike ou al fer panic buying», a-t-il déclaré. Le ministre souligne toutefois que l’impact pourrait se faire sentir ailleurs. Une hausse des cours sur les marchés internationaux pourrait entraîner une augmentation des coûts d’importation et, par ricochet, une hausse des prix à Maurice (lire plus bas).

Une source proche du dossier tient un discours similaire. Selon elle, l’approvisionnement du pays en produits alimentaires ne devrait pas être directement affecté, Maurice n’important pas ses denrées alimentaires directement des zones actuellement en tension. Les principaux partenaires d’importation restent notamment le Pakistan, la Turquie, Madagascar, ainsi qu’une grande partie de l’Inde et de l’Asie.

? L’énergie

En revanche, la situation mérite une attention particulière en ce qui concerne l’énergie. À Maurice, la State Trading Corporation (STC) est chargée de l’importation de l’ensemble des produits pétroliers nécessaires pour répondre à la demande nationale.

Chaque année, environ 1,2 million de tonnes métriques de produits pétroliers sont importées, avec une croissance de la demande estimée à près de 3 % par an. Ces importations comprennent notamment l’essence (MOGAS 95 RON), le diesel (Gas Oil 50 ppm), le carburant d’aviation Jet A1 ainsi que différents types de fuel oil.

L’essence et le diesel alimentent principalement les transports publics, les véhicules privés et les activités commerciales. Les fuel oils sont quant à eux utilisés par le Central Electricity Board (CEB) pour la production d’électricité dans les centrales thermiques, ainsi que par certaines industries. Une partie est également destinée au ravitaillement des navires.

? Répercussions sur les prix

Par ailleurs, la STC joue un rôle clé dans l’importation de produits de base tels que le riz et la farine. Le riz «ration» (Long Grain White Rice) est vendu à un prix fixé par le gouvernement, soit Rs 5,40 le demi-kilo, un tarif inchangé depuis 2008. La corporation importe également du riz basmati afin de réguler le marché et limiter les risques d’adultération.

La STC assure aussi l’approvisionnement en farine de blé tout au long de l’année, en combinant importations et achats auprès du moulin local. À savoir qu’environ 80 % de la farine est destinée aux boulangeries. Concernant le gaz de pétrole liquéfié (LPG), utilisé par près de 98 % des ménages mauriciens pour la cuisson et le chauffage de l’eau, son importation est également assurée par la STC depuis 2003.

En sus des surcharges «war risk / emergency war» annoncées par les lignes maritimes, sur le court terme en attendant que l’issue du conflit iranien, le nouveau coût du baril de pétrole tient en haleine. Cela va impacter le coût du fret, soutient Kevin Carpenen, que ce soit maritime et aérien, sur le long terme. Les lignes maritimes peuvent aussi venir rajouter une surcharge comme la Bunker Adjustment Factor (BAF) en maintenant le prix du fret d’avant le conflit.

L’inflation du fret, fait-il ressortir, est inévitable : «Il faut s’attendre à une hausse des coûts de l’énergie et des produits alimentaires.» Il indique que, selon ses estimations, le fret maritime pourrait augmenter de 20 % à 40 %, le prix du carburant de 10 % à 15 %, et les produits alimentaires de 8 % à 18 %. Dans l’ensemble, le prix des biens de consommation pourraient augmenter de 5 % à 12 %. La hausse du prix du carburant se répercutera sur tous les secteurs, notamment sur le transport en général – vans scolaires, transports publics, taxis, camions de marchandises – ce qui impactera directement le coût des produits dans les supermarchés.

? L’agro-alimentaire aux aguets

En outre, l’acheminement de l’urée vers les grands pays agricoles qui sera grandement impacté, occasionnera forcément une hausse sur le prix de l’urée. «Tous les pays qui utilisent cet engrais vont augmenter le prix de leurs produits et nous pouvons ainsi nous attendre à une hausse du prix du blé et d’autres produits agricoles tel que le maïs aussi les légumes en conserve. Qui dit hausse du prix du blé, dit hausse du prix du pain, des biscuits, etc., et ce n’est pas pour faire peur mais pour informer le public des retombées de ce conflit car bien souvent on pense que les conflits ailleurs ne nous affectent pas.»

Sollicité concernant les importations de pommes de terre et d’oignons, l’Agricultural Marketing Board (AMB) indique que le conflit au Moyen-Orient n’a, jusqu’à présent, pas affecté leur approvisionnement. Ces deux produits sont principalement importés d’Égypte et d’Inde, mais, face à la situation dans la région, l’AMB a temporairement privilégié ses commandes à l’Inde afin de réduire sa dépendance à l’Égypte. Plus largement, le ministère de l’Agroindustrie soutient que le pays importe également d’autres légumes et fruits pour le secteur hôtelier et les hypermarchés depuis le Moyen-Orient, avec des envois qui transitaient habituellement par Dubaï, bien que certains arrivent désormais via Kenya Airways en raison du conflit. Outre l’Égypte et l’Inde, les légumes proviennent aussi d’Afrique du Sud, de France et des Pays-Bas, ces derniers fournissant principalement des légumes verts comme les épinards, la laitue ou le chou frisé, ainsi que de petits légumes, tels que les mini-carottes et mini-poivrons. En ce qui concerne les prix, l’AMB rappelle que les pommes de terre et les oignons sont vendus à Rs 25 la livre.

? Le poids du commerce extérieur

Que disent les dernières données du commerce extérieur de Statistics Mauritius ? En 2025, les importations ont atteint Rs 318 962 millions, contre Rs 107 703 millions d’exportations, portant le déficit commercial à Rs 211 259 millions. Cette dépendance rend l’économie vulnérable aux chocs externes et aux perturbations du commerce mondial.

Sur l’ensemble de 2025, les importations ont augmenté de 0,4 % par rapport à 2024. La répartition par catégorie est la suivante :

• Machines et équipements de transport : 23,5 % (Rs 75 069 millions)

• Combustibles minéraux, lubrifiants et produits connexes : 22,9 % (Rs 73 015 millions)

• Aliments et animaux vivants : 19,3 % (Rs 61 504 millions)

• Produits manufacturés classés par matériau : 11,7 % (Rs 37 201 millions)

• Articles manufacturés divers : 9,2 % (Rs 29 482 millions)

• Produits chimiques : 8,4 % (Rs 26 851 millions) Les principales évolutions par rapport à 2024 sont :

• Aliments et animaux vivants : +6,2 % (produits laitiers :+12,4 % ; blé : +11,8 % ; poissons : +9,8 % ; viandes : +6,9 %)

• Articles manufacturés divers : +1,2 % (habillement : +11,6 % ; articles plastiques : +6,3 %)

• Combustibles minéraux : +0,9 % (produits pétroliers raffinés : +3,2 % ; gaz naturel : -10,3 %)

• Produits manufacturés par matériau : -6,8 % (fils textiles: -23,1 % ; ciment : -19,6 % ; papier : -10,2 %)

• Produits chimiques : -2,9 % (plastiques primaires : -23,4 %)

• Machines et équipements : -0,1 % (télécoms : -5,2 % ; véhicules : +4,1 %)

Les principaux fournisseurs sont : Chine (17,4 %), Émirats arabes unis (10,9 %), Inde (8,2 %), Afrique du Sud (6,5 %), France (5,9 %), et Allemagne (3,3 %). L’Asie représente 56,1 % des importations, soit Rs 178 832 millions.

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