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L’Amérique dit stop

1 novembre 2026, 10:50

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L’Amérique dit stop

■ Le sénateur démocrate de Géorgie, Jon Ossoff (à dr.) soutenu mercredi par Barack Obama à Atlanta, brigue sa réélection face au camp du président Donald Trump.

À quelques jours du scrutin du 3 novembre, le retour de Barack Obama sur le terrain politique, mercredi soir à Atlanta, n’a rien d’anodin. Venu soutenir Jon Ossoff, candidat démocrate à sa réélection au Sénat en Géorgie, l’ancien président entend surtout rappeler une évidence : la démocratie ne consiste pas seulement à conquérir le pouvoir, mais aussi à en limiter les abus.

En dénonçant «le chaos, la malveillance, la corruption et l’incompétence» de l’administration Trump, Obama a dressé un réquisitoire sévère. Il accuse le président de brouiller les frontières entre intérêt public et intérêts privés, de tirer profit de sa fonction et de bénéficier de la complaisance d’un Congrès républicain incapable, selon lui, d’exercer son devoir de contrôle. Au-delà de la confrontation entre deux présidents, une question institutionnelle s’impose : qui contrôle ceux qui gouvernent ?

L’Amérique, qui s’apprête à voter, doute. Du coût de la vie, de ses institutions, de la promesse technologique et de la répartition des fruits de la croissance. Une autre bataille électorale, moins visible mais révélatrice de ces inquiétudes, se joue autour des centres de données.

Dans l’Ohio, ce qui semblait relever de l’aménagement du territoire est devenu un enjeu politique. À Grove City, Patty Spillman, agricultrice et électrice républicaine ayant voté trois fois pour Trump, et Jen Belt, démocrate, font front commun contre un gigantesque projet de centre de données. Leurs convictions divergent, mais leur revendication est identique : qui décide de l’avenir de leur communauté ?

Leurs inquiétudes sont concrètes : consommation d’eau, nuisances sonores, pression sur le réseau électrique, risques environnementaux et opacité des négociations. À Piqua, le projet d’un milliard de dollars associé à Meta a également suscité la colère. Des accords confidentiels, le recours à des sociétés-écrans et des interrogations sur des avantages accordés à des responsables locaux ont nourri la défiance. La question n’est plus seulement celle de l’investissement, mais celle de ses conditions et de ses bénéficiaires.

Le paradoxe de l’intelligence artificielle (IA) est là. Présentée par Washington et les géants technologiques comme le moteur de la prochaine révolution économique, elle est parfois vécue, sur le terrain, comme une nouvelle dépossession. Les communautés fournissent les terres, l’eau et l’électricité ; les entreprises captent l’essentiel des bénéfices. Les emplois permanents promis restent modestes au regard des investissements annoncés, tandis que les coûts indirects risquent d’être répercutés sur les consommateurs et les contribuables.

La contestation prend de l’ampleur. Selon les enquêtes citées par TIME, près de 80 % des habitants de l’Ohio seraient favorables à un moratoire sur les centres de données. Plus de cent collectivités de l’État auraient déjà suspendu de tels projets. Des candidats démocrates en font un argument électoral jusque dans des bastions républicains. Même des responsables conservateurs reconnaissent que le sujet pourrait modifier les rapports de force.

Ce mouvement révèle une évolution politique majeure : l’innovation ne bénéficie plus d’un chèque en blanc. Le rejet ne vise pas nécessairement l’IA, mais un modèle de développement dans lequel la puissance financière et la rapidité d’exécution priment sur la transparence et le consentement des populations. La vraie question n’est donc pas de savoir si l’Amérique doit accueillir cette révolution, mais à quelles conditions, au bénéfice de qui et sous quel contrôle.

Donald Trump soutient résolument l’industrie des centres de données et tourne en dérision ses opposants. Cette position pourrait cependant coûter cher aux républicains. Le prix de l’énergie, la souveraineté des communautés et la méfiance envers les géants technologiques transcendent les clivages partisans. Les démocrates tentent de transformer cette colère en contestation plus large des inégalités et de la concentration du pouvoir économique. Dans l’Ohio, comme au Texas et en Iowa, le sujet s’invite désormais dans des courses électorales serrées.

L’enjeu du 3 novembre dépasse toutefois les factures d’électricité. Le renouvellement de la Chambre des représentants et de 35 sièges au Sénat déterminera la capacité de Trump à poursuivre son programme, mais aussi celle du Congrès à lui opposer des contre-pouvoirs. Les inquiétudes concernant les restrictions du vote par correspondance et l’éventuelle présence d’agents fédéraux dans les bureaux de vote ajoutent à la tension démocratique.

Les deux images de cette campagne se répondent. Obama dénonce une présidence qu’il juge dangereuse. Dans l’Ohio, des citoyens de sensibilités opposées refusent que leur territoire soit transformé sans leur consentement. Dans les deux cas, c’est la question du pouvoir et de ses limites qui se pose.

L’Amérique doit trancher une question fondamentale : peut-on encore parler de progrès lorsque ceux qui en supportent les coûts n’ont pas leur mot à dire ? La démocratie ne se résume pas à choisir ses dirigeants. Elle suppose aussi de pouvoir peser sur les décisions qui engagent son avenir. Une démocratie survit aux alternances ; elle s’affaiblit lorsque ses citoyens ont le sentiment que les choix essentiels se prennent sans eux.

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