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Enseignement supérieur
L’African Continental Qualifications Framework mise sur la mobilité en Afrique
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L’African Continental Qualifications Framework mise sur la mobilité en Afrique
■ Romeela Mohee en compagnie du ministre Kaviraj Sukon.
Ils étaient 65 délégués de la Zambie, du Botswana, du Ghana et de plusieurs pays africains francophones, représentant 12 commissions de l’enseignement supérieur africain, à se réunir à Maurice au cours de la semaine du 30 septembre dans le cadre d’un forum organisé par la Higher Education Commission (HEC), en collaboration avec la European Training Foundation.
L’événement s’inscrit dans le chantier de l’African Continental Qualifications Framework (ACQF). Au cœur des discussions : la mobilité des étudiants et des diplômés africains, encore trop limitée à l’échelle du continent. C’est au Caudan Arts Centre, le mardi 30 septembre, que ce projet a pris vie. Même s’il est ambitieux, il a pour vision claire d’harmoniser les cadres de qualifications sur le continent afin que les diplômes, certificats et crédits académiques soient plus facilement reconnus entre pays.
Pour notre île, cette rencontre avait une résonance particulière car elle a pris de l’avance en matière d’innovation éducative. La HEC a récemment lancé le National Credit Value Transfer System, ainsi qu’un cadre pour les micro-credentials, devenant le premier pays africain à formaliser un tel dispositif. Comme l’a rappelé la commissaire de la HEC, Romeela Mohee, «ces réformes devraient ouvrir de nouvelles passerelles pour la mobilité académique et professionnelle».
Les micro-credentials, soit des modules courts cumulables vers une qualification, doivent répondre à une demande pressante des employeurs : celle de compétences pratiques et ciblées. «Les étudiants sont très forts sur le plan académique mais manquent de skills. Les micro-crédentials vont combler ce vide», a expliqué Romeela Mohee, tout en soulignant que ce nouveau cadre pourrait, à terme, permettre de constituer des diplômes complets.
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Kaviraj Sukon, a, pour sa part, insisté sur la nécessité de traduire ces ambitions en réalités tangibles. «Une qualification sans reconnaissance, c’est comme mettre un diplômé en cage», a-t-il affirmé. Pour lui, l’ACQF doit devenir «un hotspot», comparable à un réseau Wi-Fi auquel tout le monde se connecte avec le même mot de passe. Une métaphore frappante pour illustrer l’urgence d’adopter un langage commun en matière d’équivalences.
L’idée d’un espace africain intégré de l’enseignement supérieur séduit depuis longtemps. Pourtant, la réalité reste complexe. Comme l’a souligné le ministre Sukon, «il est aujourd’hui plus facile pour un étudiant mauricien d’être accepté dans une université européenne que dans une université africaine». Les obstacles ne sont pas seulement académiques : il y a les barrières administratives, les lenteurs diplomatiques et les contraintes de visas qui freinent encore la libre circulation des étudiants.
Dès l’ouverture de ce forum, les principaux intervenants ont rappelé une évidence : la réussite de l’ACQF ne dépendra pas uniquement des institutions régulatrices ou des universités mais aussi de l’implication politique des gouvernements. Sans volonté étatique, les certifications resteront des papiers sans valeur réelle au-delà des frontières.
Pour les étudiants africains, l’enjeu est considérable. Sur un continent où près de dix millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, disposer de diplômes reconnus à travers plusieurs pays représente un véritable passeport pour l’emploi. Les employeurs réclament des compétences adaptées ; les jeunes, eux, aspirent à des parcours plus flexibles, combinant cours en ligne, formations courtes et diplômes traditionnels.
Le projet de l’ACQF, en posant les bases d’une reconnaissance commune, veut précisément répondre à cette double attente. Mais comme l’a rappelé le ministre Sukon, il faudra veiller à ne pas confondre «harmonisation et uniformisation». Chaque pays doit conserver sa spécificité, tout en acceptant que son système puisse être lu et compris ailleurs.
Au sortir du forum, l’ambition reste intacte : bâtir une Afrique où les étudiants ne se heurtent plus à des murs administratifs mais circulent avec leurs savoirs et leurs compétences comme avec un passeport universel. Pour Maurice, pionnier dans ce domaine, le défi est désormais de transformer cette avance en un levier régional et de faire de l’île un carrefour de la mobilité académique africaine.
L’ACQF en cinq points
? Un cadre continental : L’ACQF veut rapprocher les systèmes éducatifs africains pour faciliter la comparaison des diplômes.
? La reconnaissance mutuelle : Objectif principal : qu’un diplôme obtenu dans un pays soit reconnu dans un autre, sans lourdeurs administratives.
? La mobilité des étudiants et travailleurs : Grâce à des règles claires, un étudiant pourrait commencer un cursus à Maurice et le poursuivre en Afrique du Sud ou au Ghana.
? Des outils pratiques : L’ACQF promeut l’usage de micro-credentials et de systèmes de transfert de credits, comme celui lancé par la HEC.
? Un projet soutenu par l’ETF : L’European Training Foundation accompagne les pays africains dans la mise en œuvre du cadre et la formation des régulateurs.
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