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«National Youth Statement for COP30»

La jeunesse fait entendre sa voix

10 novembre 2025, 07:39

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La jeunesse fait entendre sa voix

C’est un travail qui a commencé pendant les vacances de juillet: le drafting de la déclaration des jeunes pour la prochaine édition de la COP30 a Bélem. Et ce jeudi 30 octobre, aux Docks, la version finale a été présentée. C’est une préparation de plusieurs mois– elle incluait des pré et post-conférences - et de plusieurs associations; avec pas moins de 300 jeunes, 150 venus du secondaire et l’autre moitié venue du tertiaire, mais aussi des jeunes qui travaillent avec des ONG.

Organisé par le United Nations Resident Coordinator’s Office (UN RCO) en collaboration avec le National Forum for Colleges (NAFCO) et Polyinventis entre autres, cette présentation a marqué une étape symbolique dans l’engagement des jeunes Mauriciens face à la crise climatique. Parmi les invités figuraient le ministre des Affaires étrangères, Dhananjay Ramful, et la junior ministre de l’Environnement, Joanna Bérenger, ainsi que plusieurs représentants des Nations unies.

Dans son allocution d’ouverture, Lisa Singh, coordinatrice résidente de l’ONU à Maurice, a salué la créativité et la détermination des jeunes. «À travers vos yeux, nous voyons le monde différemment. Cette curiosité et cette imagination sont essentielles pour construire un avenir plus juste et plus durable.» Elle a rappelé que les décisions prises aujourd’hui doivent «améliorer les choix, la solidarité et les opportunités» des jeunes générations, ajoutant, «Quand vous vous réunissez en tant que jeunesse, votre voix rugit. Même un petit pays peut avoir un impact immense sur la scène mondiale.»

Le gouvernement salue la vision des jeunes

Dans son discours, Joanna Bérenger, junior ministre de l’Environnement, a salué le sérieux du processus : «Vous avez prouvé que les jeunes ne sont pas seulement les leaders de demain, mais les acteurs du changement d’aujourd’hui.» Elle a noté que plusieurs propositions du Statement rejoignent les priorités gouvernementales. «Votre appel à la transition énergétique s’aligne avec notre objectif d’atteindre 60 % d’énergies renouvelables d’ici 2035 et de supprimer totalement le charbon.»

La ministre a aussi annoncé que le projet de loi sur les Espaces et Espèces sensibles (ESA Act), longtemps attendu, est en cours de préparation avec l’appui du PNUD. «Nous lançons le processus consultatif en mars 2026 et espérons présenter le texte à l’Assemblée nationale d’ici mi-2027.»

En conclusion, elle a lancé un appel vibrant à la mobilisation collective. «Zeness zordi se lavenir dime. Mais dans le contexte de la crise climatique, nous devons nous demander : quel avenir leur offrons-nous ? Nou bizin fer sir ki bann zenn kapav ena zot plas dan bann desizion ki pou afekte zot.» Elle a invité tous les acteurs, gouvernement, société civile, partenaires internationaux et jeunesse, à «marie pike ek pran larout enn meyer landime ansam».

Le ministre des Affaires étrangères, Dhananjay Ramful, a lui aussi tenu à saluer l’engagement des jeunes, soulignant qu’il mènera personnellement la délégation mauricienne à la COP30 au Brésil, «pour porter la voix des petits États insulaires sur la scène mondiale… J’ai tenu à être ici pour vous écouter, car votre voix doit être entendue à cette COP»

Évoquant les effets déjà visibles du changement climatique — la montée du niveau de la mer, l’érosion des côtes, le blanchissement des coraux — il a assuré que Maurice veut être perçue non comme une victime, mais comme un leader. «Une petite île avec une grande vision et une détermination encore plus grande.»

Il a réitéré les engagements du gouvernement : 60 % d’énergies renouvelables d’ici 2035, réduction de 40 % des émissions et adoption prochaine d’une National Climate Change Adaptation Strategy intégrant la résilience agricole, la restauration côtière et la planification territoriale durable. Enfin, il a annoncé une initiative forte : l’inclusion du droit à la nature dans la Constitution mauricienne, faisant de la protection de l’environnement un droit fondamental.


Une déclaration ambitieuse et structurée

Le National Youth Statement a ensuite été présenté par les jeunes, représentant la synthèse de plusieurs mois de travail, de consultations régionales et de débats menés à travers le pays. Le document repose sur plusieurs axes prioritaires, parmi:

Une transition énergétique juste

Les jeunes demandent la fin progressive du charbon et un passage rapide aux énergies renouvelables, notamment solaire, éolienne et maritime. Ils soulignent la nécessité d’«explorer les ressources de notre zone économique exclusive» et d’«investir dans des réseaux énergétiques décentralisés, gérés localement».

Un transport plus vert

Leur vision inclut la création d’une flotte maritime éco-responsable, la promotion du vélo et des transports en commun électriques, et l’organisation de car-free days. «Nous devons repenser la mobilité à Maurice, réduire nos émissions et faire des jeunes les champions du changement, dans les écoles comme dans les communautés», a souligné le jeune orateur.

La protection du patrimoine naturel et alimentaire

Les jeunes appellent à unifier les projets de reforestation et à instaurer un suivi digital des mangroves et forêts plantées. Ils plaident aussi pour des jardins communautaires promouvant l’agriculture durable et locale, afin de renforcer la sécurité alimentaire. Ils alertent enfin sur la disparition progressive des zones humides, préconisant la création de nouvelles zones de captation d’eau à partir de modèles 3D du territoire.

Une réforme des politiques publiques et de la justice climatique

Les jeunes proposent d’intégrer la protection de la nature dans la Constitution, de faciliter les litiges d’intérêt public et de suspendre les projets immobiliers sur les côtes. Ils appellent aussi à une meilleure coordination entre les acteurs, à un accès équitable au financement climatique et à la formation d’ambassadeurs du climat capables de sensibiliser via les médias numériques.

«La nature n’a pas de voix. C’est à nous de la porter», a rappelé le porte-parole, Teejvin Woodun, un des co-fondateurs du NAFCO.

Une voix qui portera jusqu’à la COP30

Le National Youth Statement sera transmis à la délégation mauricienne qui participera à la COP30, prévue en novembre 2025 au Brésil. Au-delà des mots, c’est une génération qui affirme sa volonté d’agir. Comme l’a dit Teejvin, en citant Kenneth Boulding: «quiconque pense qu’une croissance exponentielle peut durer éternellement dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste.»

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