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La guerre contre les rats s’intensifie
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La guerre contre les rats s’intensifie
Pas de mélodie enchantée pour faire fuir les rats sur notre île. À la place du joueur de flûte, 36 agents, des milliers de pièges à glu et une stratégie nationale détaillée mardi lors de la Private Notice Question, par le ministre de la Santé. Alors que la leptospirose a fait six victimes depuis janvier et qu’il y a 21 cas actifs.
Une vidéo, filmée de nuit sur la plage de Mont-Choisy et largement partagée sur les réseaux sociaux, résume l’ampleur du problème : des rats qui courent sur le sable, et grimpent aux arbres. Le genre d’images qui font froid dans le dos, et qui donnent un visage concret à une menace que les chiffres, seuls, peinent parfois à illustrer.
La guerre contre les rats ne se mène pas seulement dans les rues ou les terrains vagues. Elle commence au port. Chaque rat mort retrouvé dans la zone portuaire est systématiquement disséqué par les agents la Rodent Control Unit du ministère de la Santé ; la rate est prélevée et envoyée en laboratoire pour y détecter la présence de bacille de la peste. Une précaution qui dit beaucoup sur l’étendue réelle de la menace que représentent les rongeurs, bien au-delà de la leptospirose.
Selon les éléments communiqués par le ministère, l’unité déploie ses 36 agents sur l’ensemble du territoire : 12 hôpitaux, 2 community hospitals, 12 mediclinics, 18 area health centres et 116 community health centres, auxquels s’ajoutent entrepôts, dépôts, bureaux ministériels et, sur plainte, jusqu’au bureau du Premier ministre. Au port et à l’aéroport, la présence est permanente. Les agents y assurent également la dératisation des navires et la fumigation des conteneurs alimentaires en vrac.
Sur le terrain, la surveillance microbiologique ne se limite pas aux humains. Des spécimens de rongeurs sont régulièrement prélevés et envoyés en laboratoire : 82 en 2024, 54 en 2025, 23 déjà recensés pour 2026. Autant d’indices qui permettent de cartographier la progression des souches en circulation et d’anticiper les risques.
Car la leptospirose ne frappe pas au hasard. Elle suit les rats, l’eau et la négligence. Dès qu’un cas est confirmé, les agents de santé environnementale se rendent sur place pour évaluer les conditions du logement et des lieux de travail : présence de terriers, traces d’urine ou de déjections, gestion des déchets solides et liquides, systèmes de stockage de l’eau. Le voisinage immédiat est dératisé, les commerces alimentaires et entrepôts alentour inspectés. Les marchés, centres commerciaux, réseaux d’égouts et drains pluviaux font l’objet d’inspections renforcées.
La transmission, rappelle le ministère, se fait par contact avec de l’eau, de la boue ou du sol contaminés par l’urine d’animaux infectés, le plus souvent des rats, mais aussi des chiens, bovins ou porcs. Elle entre dans l’organisme par la peau lésée, les yeux, le nez ou la bouche. Les premiers symptômes ressemblent à une grippe sévère : forte fièvre, maux de tête intenses, douleurs musculaires notamment dans les mollets, frissons, nausées, yeux rouges. Dans les cas les plus graves de la maladie de Weil, surviennent ictère, insuffisance rénale, méningite ou hémorragies pulmonaires. Le traitement repose sur des antibiotiques, doxycycline ou pénicilline, dont l’efficacité dépend en grande partie de la précocité de la prise en charge.
C’est précisément ce délai qui inquiète. Plusieurs des six victimes sont arrivées à l’hôpital trop tard pour être sauvées. Les populations les plus exposées restent les travailleurs en extérieur : agriculteurs, égoutiers, vétérinaires, agents d’abattoir, jardiniers, éboueurs. Pour eux, le ministère préconise le port systématique de bottes et de gants, une formation aux premiers symptômes et un signalement rapide de toute exposition.
Leptospirose: Bilan des cas (janvier–11 mai 2026)
Vingt-et-un cas ont été confirmés depuis janvier, dont six ont été fatals. Tous les décès sont de forme sévère et tous les patients présentaient des comorbidités. Parmi les cas les plus marquants : un homme de Camp-deMasque, vivant seul, retrouvé mourant par ses proches, et un patient de Bambous arrivé déjà décédé à l’hôpital, testé trois fois post-mortem.
Pourquoi le taux de mortalité mauricien paraît élevé
Six décès sur 21 cas, soit environ 28 %, un taux qui dépasse le seuil Organisation mondiale de la Santé (OMS) de référence, fixé entre 5 et 15 %. Le ministre Bachoo avance plusieurs explications. D’abord, un biais de détection : Maurice déclare principalement les cas sévères hospitalisés, ce qui gonfle mécaniquement le taux de létalité apparent, là où La Réunion détecte davantage de cas légers. Les définitions de cas varient également selon les pays, entre suspects, probables et confirmés, ce qui modifie le dénominateur du calcul. Le sérovar en circulation joue aussi un rôle déterminant : à Maurice, le dominant est l’«Icterohaemorrhagiae», lié à la maladie de Weil, une forme grave avec ictère, insuffisance rénale et hémorragies. À La Réunion, depuis 2020, c’est le «borgpetersenii», moins virulent, qui prédomine. S’y ajoutent les délais de présentation, plusieurs patients sont arrivés en état critique ou déjà décédés, ainsi que le profil de comorbidités de la population : plus de 20 % de diabétiques, auxquels s’ajoutent maladies rénales chroniques, cardiovasculaires et obésité. Enfin, certaines complications restent particulièrement redoutables : hémorragie pulmonaire, insuffisance rénale, choc et défaillance multi-organes. Un audit clinique de tous les décès a été initié, conduit par un médecin du ministère. Les trois plans opérationnels, chikungunya, leptospirose et Mpox, seront soumis à l’Assemblée nationale.
L’incivisme fait le lit des rongeurs
Si l’État intensifie ses opérations, certains citoyen, continuent d’alimenter le problème. Le 14 mai, la Police de l’environnement a dressé 61 contraventions en une seule journée à travers le pays, dont 27 pour jet de déchets sur la voie publique et deux pour dépôts sauvages . Un camionneur de Bel-Air-Rivière-Sèche a été interpellé alors qu’il se débarrassait de déchets verts sur un terrain vague à Pamplemousses. Un second, domicilié à Vallée-Pitot, a été verbalisé pour déversement illégal de déchets domestiques le long de Cemetery Road, dans la capitale. Ni l’un ni l’autre ne détenait de permis de transport de déchets. Depuis janvier, la Police de l’environnement a déjà enregistré 507 contraventions pour littering et 26 pour dépôts sauvages. «Malgré la prolifération des maladies liées à l’insalubrité, certaines personnes continuent d’agir de façon égoïste, au détriment de la santé de nos enfants, de nos aînés et nos familles», déplore le ministre de l’Environnement Rajesh Bhagwan. Un constat amer : les rats ne prolifèrent pas seuls – ils prospèrent là où l’incivisme s’installe.
Hantavirus : vigilance maintenue
Transmis par les rongeurs infectés via leur urine, leurs déjections ou leur salive, le hantavirus est, selon le ministre Bachoo, une infection rare mais potentiellement grave, sans transmission interhumaine directe. Des cas ont récemment été signalés sur un bateau de croisière dans l’Atlantique. À Maurice, une surveillance épidémiologique active est maintenue, en coordination avec l’OMS et la Commission de l’océan Indien. En cas de suspicion, des échantillons seraient envoyés vers le National Institute for Communicable Diseases en Afrique du Sud et l’Institut Pasteur à Madagascar. Aucun cas n’a été détecté sur l’île à ce stade.
Contrôle et chiffres
Trente-six agents. Du superviseur senior jusqu’aux agents de terrain, la Rodent Control Unit du ministère de la Santé quadrille quotidiennement les hôpitaux, mediclinics, centres de santé, entrepôts, port et aéroport. Leur arsenal : rodenticides, appâts dans les terriers, pièges à glu, et, fait moins connu, la dissection de rats morts dans la zone portuaire pour tester la présence de bacille de la peste.
Les chiffres témoignent d’une montée en puissance. Entre 2024 et 2025, le nombre de rats capturés ou éliminés est passé de 3 060 à 4 157, soit une hausse de 36 %. Dans le même temps, la quantité de poison utilisée a bondi de 250 kg à 406 kg, et les tubes de pièges à glu de 2 964 à 5 139.
Les interventions sur le terrain, elles, ont explosé : 9 751 en 2024, contre 25 492 en 2025. Du côté des collectivités locales, la réponse s’organise en parallèle. Quelque 3 100 terrains vagues ont été nettoyés et près de 2 800 mises en demeure émises. La dératisation a été intensifiée par le ministère ou par voie de sous-traitance. Les marchés sont nettoyés chaque semaine avec l’appui des sapeurs-pompiers, les caniveaux nettoyés régulièrement. Dans certaines zones commerciales, comme à Vacoas-Phoenix, une collecte nocturne des déchets a même été mise en place pour limiter les sources d’attraction des rongeurs.
Pourquoi les rats sont-ils dangereux ?
La leptospirose se transmet via l’urine de rongeurs infectés : contact avec eau, boue ou sol contaminés. Ici, le sérovar dominant («Icterohaemorrhagiae») est le plus virulent, pouvant causer ictère, insuffisance rénale et hémorragies.
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