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Mamy Ravatomanga toujours en détention

La défense dénonce les incohérences de la FCC

18 août 2026, 20:15

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La défense dénonce les incohérences de la FCC

Après cinq heures de contre-interrogatoire serré ce mardi 18 août, Mᵉ Khushal Lobine a multiplié les zones d'ombre autour du dossier de la Financial Crimes Commission (FCC) contre l'homme d'affaires malgache Mamy Ravatomanga, détenu depuis près de 300 jours. La défense a évoqué une «vendetta politique» derrière les poursuites.

Les débats ont repris ce mardi 18 août devant la Bail and Remand Court dans le cadre de la nouvelle demande de remise en liberté sous caution de Mamy Ravatomanga. Après la première journée d’hier largement consacrée aux arguments de la FCC, la deuxième séance a été dominée par le contre-interrogatoire de son Acting Director of Investigations, Paramhans Aleear, par Me Khushal Lobine.

L’audience, commencée vers 11 heures, s’est poursuivie jusqu’aux alentours de 15 h 45. La défense a cherché à mettre en évidence plusieurs contradictions ou zones d’interrogation dans le dossier présenté par la FCC. La FCC a, elle, maintenu son opposition à la remise en liberté de l’homme d’affaires malgache, tout en ne s’opposant plus à ce que sa nouvelle demande soit entendue.

Un premier échange a porté sur le statut de Mamy Ravatomanga comme «politically-exposed person» (PEP). Mᵉ Lobine a reproché à la FCC de ne pas avoir fait état de ce statut dans son enquête, alors que, selon lui, son client est identifié comme PEP auprès de plusieurs institutions bancaires dont il est client à Maurice. Pour la défense, cette omission est loin d’être anodine dans une enquête qui porte notamment sur des questions financières.

L’avocat est également revenu sur le trafic de bois de rose, qu’il estime avoir été insuffisamment abordé lors de la première journée. Il a soutenu devant la cour que les activités liées au bois de rose reprochées à son client n’étaient pas illégales avant 2015. La question du bois de rose constitue l’un des volets examinés dans le cadre des investigations de la FCC.

Mᵉ Lobine s’est ensuite intéressé aux circonstances entourant l’arrivée de Mamy Ravatomanga à Maurice, à bord d’un jet privé, le 12 octobre 2025. Il a demandé pourquoi son client et son épouse avaient été interrogés alors que plusieurs autres personnes se trouvaient à bord de l’appareil. Parmi les passagers figurait notamment l'ex-Premier ministre de Madagascar, aux côtés de Mamy Ravatomanga, de son épouse et de leurs enfants.

La défense a ainsi cherché à comprendre pourquoi les mesures prises par les autorités avaient particulièrement ciblé Mamy Ravatomanga et son épouse. Sur la situation de cette dernière, la FCC a indiqué qu’elle n’était pas au courant qu’elle n’était pas autorisée à quitter le pays. Me Lobine a répliqué que son passeport avait été saisi. L’enquêteur a alors indiqué que cette mesure relevait du Passport and Immigration Office et non de la FCC.

Autre point soulevé : la durée de la présence économique de Mamy Ravatomanga à Maurice. À une question de Mᵉ Lobine sur la période durant laquelle son client aurait mené des activités commerciales dans le pays, la FCC aurait estimé cette présence à environ sept ans. La défense a contesté cette estimation. Selon Me Lobine, Mamy Ravatomanga était actif dans les affaires à Maurice depuis plus de 30 ans. Cette affirmation rejoint les éléments déjà présentés dans des procédures antérieures, où la défense avait évoqué une présence économique à Maurice remontant à près de trois décennies.

La question de la détention prolongée a ensuite occupé une place importante dans les échanges. Me Lobine a demandé pourquoi la FCC ne s’était pas opposé à la remise en liberté conditionnelle des trois coaccusés alors que Mamy Ravatomanga demeure détenu depuis près de 300 jours.

La FCC a répondu que les situations étaient différentes. La défense a contesté cette distinction, faisant notamment valoir qu’un des coaccusés fait également face à une accusation de blanchiment d’argent portant, selon Me Lobine, sur plusieurs milliards de roupies, tout en bénéficiant de la liberté conditionnelle.

Cet argument s’inscrit dans la stratégie de la défense visant à démontrer que le maintien de Mamy Ravatomanga en détention n’est plus justifié alors que l’enquête se poursuit. En décembre 2025, la Bail and Remand Court avait rejeté une première demande de remise en liberté, estimant notamment que les risques de fuite et d’interférence avec des témoins ou suspects demeuraient élevés.

La durée de l’enquête a d’ailleurs donné lieu à un autre échange important. Interrogée par la défense sur le délai nécessaire pour boucler ses investigations, la poursuite a indiqué que l’enquête pourrait encore prendre entre six mois et un an. Mᵉ Lobine a alors rappelé qu’en février, lors d’une précédente comparution de Mamy Ravatomanga devant la Bail and Remand Court, l’Inquiry Officer de la FCC avait indiqué que l’enquête devait encore durer au maximum trois mois. Pour la défense, l’écart entre cette première échéance et la nouvelle estimation constitue une question centrale dans l’appréciation de la nécessité de maintenir son client en détention.

L’avocat a par ailleurs développé un argument plus politique, évoquant devant la cour ce qu’il qualifie de «vendetta politique» contre Mamy Ravatomanga. Me Lobine a notamment remis en question la crédibilité de deux personnes qu’il a présentées comme étant à l’origine des plaintes ayant conduit aux procédures contre son client : Toofany Dahna et l’actuelle ministre de la Justice de Madagascar, Fanirisoa Ernaivo.

Concernant Toofany Dahna, la défense a également souligné qu’il s’agit d’un ancien employé du groupe SODIAT. Mᵉ Lobine a évoqué devant la cour des antécédents judiciaires qu’il a attribués à celui-ci, affirmant qu’il aurait été condamné à cinq ans de prison. S’agissant de l’actuelle ministre de la Justice malgache, l’avocat a également fait état d’une ancienne sanction disciplinaire, affirmant qu’elle aurait été radiée du barreau pour une faute grave.

À travers ces éléments, la défense cherche à mettre en doute la crédibilité des personnes à l’origine des accusations et à étayer sa thèse d’une motivation politique dans le traitement réservé à son client. Ces affirmations ont été avancées par la défense dans le cadre des débats et devront être distinguées des faits judiciairement établis dans le cadre de la procédure.

Mamy Ravatomanga répond actuellement à une accusation provisoire d’entente délictueuse et à deux accusations provisoires de blanchiment d’argent. La FCC, de son côté, continue de maintenir son objection à sa remise en liberté, invoquant notamment les risques liés à une éventuelle libération dans le contexte d’une enquête à dimension internationale. Lors de la première journée des débats, son représentant avait exposé plusieurs volets de l’enquête ainsi que les risques de fuite, d’interférence avec des témoins et de manipulation des preuves avancés par la FCC.

Après cette deuxième journée de débats, la cour n’a pas encore tranché la demande de Mamy Ravatomanga. Les débats se poursuivront les 26 et 27 août.

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