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Visite d’Emmanuel Macron à Maurice

La culture et l’éducation, piliers silencieux de la relation franco-mauricienne

22 novembre 2025, 14:00

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La culture et l’éducation, piliers silencieux de la relation franco-mauricienne

■ Le directeur de l’IFM, Quentin Biehler.

De Victor Hugo à Edith Piaf, d’Aya Nakamura à Kylian Mbappé, du vin au fromage, les Mauriciens ont un faible pour la culture française sous toutes ses formes. Avec sa venue à Maurice, le président français, Emmanuel Macron, met en lumière un pan souvent éclipsé par les enjeux politiques, économiques ou stratégiques : la relation culturelle entre la France et Maurice, dense, vivante et en pleine évolution. Dans l’ombre des annonces officielles, la culture apparaît aujourd’hui comme l’un des piliers les plus solides du partenariat bilatéral.

Depuis plusieurs années, Paris et Port-Louis mènent une coopération active dans les secteurs de l’éducation, de la formation et de la recherche. Les liens universitaires se sont renforcés avec la création du réseau des études françaises à Maurice en 2020 et le partenariat Hubert Curien qui facilite la mobilité des chercheurs. À cela s’ajoute le réseau scolaire soutenu par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger : cinq établissements fréquentés par près de 5 000 élèves, dont plus de la moitié sont mauriciens. Au-delà de ces structures, c’est l’élan culturel qui revient au centre, porté notamment par l’Institut français de Maurice (IFM).

Chaque année, des milliers d’élèves mauriciens préparent et passent le Diplôme d’études en langue française (DELF) et le Diplôme approfondi de langue française (DALF) à l’Alliance française, faisant de Maurice l’un des pays d’Afrique et de l’océan Indien où la demande en certifications francophones est la plus forte. Entre modernisation de l’enseignement, multiplication des cours, nouveaux modules de français professionnel et développement des classes bilingues, la relation éducative francophone demeure un pilier.

Des projets culturels structurants pour la scène locale

C’est dans le domaine culturel que cette coopération prend aujourd’hui une nouvelle ampleur. La visite présidentielle joue un rôle symbolique déterminant. Interrogé sur les initiatives les plus marquantes, le directeur de l’IFM, Quentin Biehler, insiste sur un point : le rôle de l’institut, intimement lié à celui de la coopération culturelle française à Maurice. Parmi les projets emblématiques, il cite le programme Fonds équipe France-Création, lancé en 2024. L’initiative a soutenu des acteurs mauriciens dans l’architecture, la photographie, les danses urbaines, le jeu vidéo et l’e-sport.

Au-delà de la performance artistique, le projet interroge les rapports de genre dans l’industrie musicale et renforce la circulation régionale des talents. Autre chantier majeur : la revalorisation du patrimoine bâti mauricien, soutenu conjointement par les gouvernements mauricien et français. Une déclaration d’intention a été signée en avril et la visite présidentielle devrait donner une nouvelle impulsion à cette coopération patrimoniale.

Une coopération plus équilibrée et co-construite

Dans le milieu artistique, certaines voix appellent à des collaborations moins francocentrées. Quentin Biehler dit en comprendre parfaitement la portée. «Nous cherchons à impliquer davantage les artistes mauriciens dès la conception des projets.» Aujourd’hui, la majorité des initiatives naît de demandes locales : propositions d’artistes, projets d’institutions et idées émanant d’associations culturelles. L’IFM se positionne en soutien : mise en réseau, expertise française, financements croisés, résidences artistiques et échanges régionaux. L’objectif : éviter le modèle descendant et privilégier une logique bilatérale où les projets répondent à des enjeux réellement partagés. Cela entraîne des résidences croisées, des tournées régionales et la mobilité d’artistes mauriciens vers d’autres pays francophones.

Des défis bien réels : mobilité, financement, publics

Les coûts de transport entre Maurice et l’Europe sont élevés et compliquent la mobilité des artistes. Pour contourner ces obstacles, l’IFM mise sur des formats plus longs, des résidences et des projets régionaux, et une diversité de financements publics et privés. Afin de toucher au-delà des habitués de l’IFM et se déployer ailleurs que dans Rose-Hill, l’institut se transforme en tierslieu culturel où se mêlent concerts, projections, apprentissages, médiathèque, numérique à La Fabrik et même un café.

D’une part, la visite d’Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité des engagements d’avril, notamment autour du patrimoine. D’autre part, elle met un coup de projecteur sur les industries créatives et numériques, un secteur où Maurice veut s’affirmer. Dès jeudi, des activités dédiées à la création numérique et au e-sport ont été organisées pour les jeunes de l’océan Indien. L’IFM s’associe à MAU esport, le premier club de sport électronique de l’océan Indien et soutient le concours de court-métrage par intelligence artificielle, AI4GOOD.

Pour Quentin Biehler, la portée de cette visite va au-delà du protocole : «La coopération culturelle est un instrument de dialogue entre deux sociétés, deux scènes artistiques, deux jeunesses». Si ce déplacement présidentiel permet de consolider cette vision, réciproque, équilibrée, tournée vers l’avenir, alors la culture pourrait bien devenir l’un des moteurs les plus féconds du partenariat franco-mauricien.

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